Publié le 14 Sep 2026 - 16:28
CAISSE DES DEPOTS ET CONSIGNATIONS

L’appel à candidature met à l’épreuve la promesse de rupture de Diomaye Faye

 

La Présidence de la République a lancé un appel à candidature pour le recrutement du prochain Directeur général de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC). Présentée comme une nouvelle étape dans la généralisation progressive du recrutement au mérite, la procédure s’inscrit dans un engagement formulé par Bassirou Diomaye Faye alors candidat à la présidentielle de 2024.

 

Suite à la nomination de Cheikh Tidiane Sarr à l’Autorité de Régulation des Télécommunications et des Postes (ARTP) par appel à candidature, celui pour la direction générale de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) est officiellement lancé. Dans un avis publié par la Présidence de la République, le gouvernement recherche un Directeur général appelé à assurer la direction exécutive de cette institution chargée notamment de mobiliser des ressources publiques et privées et de contribuer au financement de projets structurants.

L’appel est ouvert à tous les Sénégalais et se réclame explicitement des principes de transparence, d’égalité des chances et de mérite. Au-delà du recrutement d’un dirigeant pour une institution financière stratégique, cette procédure revêt une dimension politique et institutionnelle particulière. Elle constitue en effet une concrétisation d’un engagement inscrit dans le programme « Diomaye Président », porté par Bassirou Diomaye Faye lors de l’élection présidentielle de mars 2024.

Dans la partie consacrée au « Renouveau institutionnel et engagement africain », et plus précisément au volet relatif à la réforme de l’administration publique, le programme électoral annonçait une modification du mode de recrutement dans la haute administration. Le document prévoyait de rendre « le concours et l’appel à candidature systématique pour tout recrutement dans la fonction publique », dans le cadre de la modernisation de l’administration et de la recherche d’une meilleure qualité du service public.

La CDC, un poste à fortes responsabilités…

Mais l’engagement le plus directement lié aux nominations aux postes de responsabilité était formulé dans la rubrique « L’élaboration des standards et l’application des normes de qualité dans tous les secteurs ». Le programme promettait alors de consacrer l’appel à candidature pour certains emplois de la haute fonction publique et du secteur parapublic, tout en réservant le recours au concours aux recrutements civils et militaires concernés. L’objectif affiché était de garantir l’égalité des chances entre les citoyens.

L’appel lancé aujourd’hui pour la CDC prend ainsi place dans une réforme qui ne constitue pas une innovation improvisée de la Présidence. Elle figurait dans le contrat politique présenté aux électeurs en 2024.

L’avis publié par la Présidence ne se limite pas à rechercher un gestionnaire. Le futur Directeur général devra assurer la direction opérationnelle de la CDC, coordonner ses structures et filiales, suivre les outils de pilotage de la performance et garantir une gestion rigoureuse et transparente de ses ressources. Il devra également veiller au respect de l’éthique, de la déontologie et à la prévention des conflits d’intérêts.

Le poste exige un niveau élevé de qualification et d’expérience. Le candidat doit notamment être titulaire d’un diplôme de niveau Bac+5 au minimum, justifier de 15 années d’expérience professionnelle, dont au moins cinq à des fonctions de direction ou de management, et disposer d’une expérience significative en matière de levée de fonds. Une pratique avérée du dialogue avec les parties prenantes est également demandée.

Le recrutement par méritocratie…

Les exigences portent aussi sur la maîtrise de la gestion publique, les mécanismes de gestion de projets et les enjeux de la finance internationale. Le profil recherché doit en outre faire preuve de leadership, de capacité d’arbitrage, d’intégrité, de loyauté institutionnelle et d’une forte aptitude à la communication et à la gestion de crise.

Dans une note d’information datée du 12 septembre 2026, le Bureau Organisation et Méthodes (BOM) replace cette initiative dans une politique plus large de transparence dans la gestion publique. Le document rappelle que la Constitution consacre le principe de transparence dans la conduite des affaires publiques et que le Code de transparence dans la gestion des finances publiques prévoit des procédures destinées à garantir, pour certains emplois, les compétences techniques, les aptitudes professionnelles et les garanties déontologiques des candidats.

Le BOM reconnaît toutefois que ces dispositions ont, par le passé, souffert d’une application insuffisante. Il présente donc la politique actuelle comme une volonté de rendre progressivement effective cette exigence de transparence.

La note rappelle surtout que le Président de la République, malgré son pouvoir discrétionnaire de nomination pour les emplois qui ne sont pas réglementés par des textes spécifiques, a pris l’engagement de soumettre progressivement certains emplois publics importants à une procédure d’appel à candidature.

Une généralisation annoncée…

La CDC ne serait donc qu’une étape dans un processus plus vaste. Le BOM cite notamment, parmi les procédures déjà engagées ou réalisées, le recrutement de responsables et de membres d’organes tels que l’OFNAC et l’ARTP, ainsi que plusieurs nominations de recteurs d’universités publiques.

La note annonce par ailleurs la poursuite de cette politique avec l’appel à candidature pour les membres du Collège du Conseil national de régulation des médias (CNRM) et la généralisation progressive de la procédure aux organes de gouvernance des autorités administratives indépendantes ainsi qu’à d’autres emplois importants du secteur public et parapublic.

Cette dynamique doit cependant être distinguée d’un autre engagement du programme présidentiel concernant l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC). Dans le programme « Diomaye Président » à la page 12, la désignation du président de l’OFNAC par appel à candidature faisait l’objet d’un engagement spécifique, inscrit dans le volet consacré à la reddition des comptes et au renforcement des corps de contrôle.

L’appel à candidature pour certains emplois de la haute fonction publique et du secteur parapublic relève, lui, d’un engagement plus général portant sur la réforme du recrutement et de la nomination dans l’administration. Cette distinction est importante. Le premier renvoie à une institution et à un mode de désignation précisément identifié, tandis que le second dessine une nouvelle doctrine de recrutement de certains postes publics.

Après la réussite pour l’ARTP, la CDC nouveau test de crédibilité…

L’enjeu dépasse donc le seul choix du prochain patron de la CDC. En 2024, Bassirou Diomaye Faye avait fait de la transformation de la gouvernance publique et de la modernisation de l’administration l’un des axes de son projet politique. L’appel à candidature constitue aujourd’hui l’un des mécanismes par lesquels cette promesse entend se traduire dans la pratique.

La portée de la réforme dépendra toutefois moins de l’existence d’appels ponctuels que de leur régularité, de leur périmètre et de la transparence de la sélection finale. Car l’appel à candidature ne vaut pas, à lui seul, garantie de rupture. La véritable rupture se mesurera au terme de la procédure : à la capacité de sélectionner effectivement le candidat sur la base de ses compétences, de son expérience et de son projet, indépendamment de ses appartenances politiques ou de ses réseaux.

Pour la CDC, l’exigence est d’autant plus forte que le poste nécessite un profil particulièrement expérimenté. Quinze années d’expérience professionnelle, cinq années de management ou de direction et une expérience en levée de fonds figurent expressément parmi les critères annoncés. Le dossier devra être transmis exclusivement par voie numérique, au plus tard le 26 septembre 2026 à 12 heures GMT. La sélection se déroulera en deux étapes : une présélection sur dossier, puis un entretien devant le comité de recrutement.

De la promesse électorale à la procédure administrative, l’appel à candidature pour la CDC marque ainsi une nouvelle étape dans la mise en œuvre de l’engagement de Bassirou Diomaye Faye en faveur d’un recrutement davantage fondé sur le mérite. Reste désormais à observer si cette procédure, et celles qui suivront, permettront effectivement de transformer durablement la culture de nomination dans la haute administration sénégalaise.

Khaly SARR

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