Publié le 7 Oct 2016 - 18:51
PROPOSITION DE COUPLAGE DES ELECTIONS

Djibo Leyti Ka seul contre tous

 

Agité par le Secrétaire général de l’Union pour le renouveau démocratique, Djibo Ka, le couplage des élections n’agrée ni l’opposition ni la majorité présidentielle.

 

Malgré toutes leurs divergences, l’opposition et la mouvance présidentielle parlent enfin le même langage. Ils sont tous contre l’idée de couplage des élections agitée avant-hier par le Secrétaire général de l’Union pour le renouveau démocratique (URD). Djibo Leyti Ka, dans une déclaration largement publiée, propose le couplage de toutes les élections à partir de 2019. Cette proposition, selon le chargé des élections de l’Alliance pour la République (APR), n’est pas du tout faisable. ‘’On ne peut pas coupler des élections qui ne sont pas de même nature. Déjà, c’est tellement compliqué d’organiser des élections locales à plus forte raison les coupler avec d’autres types d’élection. Ce n’est pas possible d’organiser en même temps une élection présidentielle, des élections législatives et des élections locales. C’est une confusion de genres et c’est fastidieux à organiser’’, a d’emblée rétorqué Benoît Sambou contacté hier par EnQuête.

‘’Le couplage des élections, un recul démocratique’’

Selon le responsable ‘’apériste’’, ‘’techniquement, ce n’est pas faisable,  et politiquement rien ne le justifie’’. Mais pour l’expert électoral, Ndiaga Sylla, par ailleurs ancien vice-président de l’Alliance Jëf Jël, un couplage des élections est techniquement faisable. Mais ce serait un recul démocratique. ‘’A l’état actuel, aucune disposition du code électoral n’interdit le couplage des élections’’, estime le frangin de l’actuel maire de Thiès, Talla Sylla. Il fonde ainsi ses propos sur la suppression à partir de 2005, de la disposition qui interdisait à partir de 1992 de coupler la présidentielle avec les législatives. Cette disposition qui découlait de la loi organique régissant l’organisation de la présidentielle depuis le code électoral consensuel de 1992 disait expressément qu’en aucun cas, l’élection du président de la République et celle des députés ne devaient avoir lieu le même jour. Selon Ndiaga Sylla, ‘’c’est à partir de 2005 qu’on a modifié le code électoral parce qu’entre-temps, il y a eu la décision de reporter les élections législatives de 2006’’. Le régime à l’époque ayant estimé que cette disposition n’était plus pertinente, l’a tout simplement supprimé du code électoral.

‘’Le respect du calendrier républicain, un impératif’’

Pays de tradition électorale, le Sénégal a pendant un bon moment de son histoire démocratique procédé au couplage de la présidentielle et des législatives. Mais selon le chargé des élections de la Ligue démocratique, cela a toujours entraîné des contestations de l’opposition à l’époque incarnée par Abdoulaye Wade et le Parti démocratique sénégalais (PDS). ‘’Jusqu’en 1992, il y avait couplage de la présidentielle et des élections législatives. Mais c’est avec le Code Kéba Mbaye, qu’on a mis fin au couplage. Parce qu’à l’époque, c’était une contestation permanente des élections par l’opposition’’, se remémore Ousmane Badiane.

Selon le responsable ‘’Jallarbiste’’, ‘’les raisons qui avaient amené l’opposition à faire cette revendication sont justifiées parce que cela créait une confusion dès lors que le processus électoral n’était pas transparent’’. ‘’Il n’y avait pas beaucoup de visibilité et à l’époque, le parti qui était au pouvoir utilisait cela de façon pas du tout transparente’’, souligne le camarade de Mamadou Ndoye ‘’Mendoza’’. ‘’Le couplage ne donne pas une bonne lisibilité des scrutins. Même si sur le plan économique, cela permet de faire des économies, un bouleversement du calendrier électoral créerait un désordre’’, ajoute Ousmane Badiane. Il pense ainsi que la suppression du couplage des élections est un acquis démocratique qu’il faut conserver. ‘’Ce qui importe aujourd’hui, c’est de respecter le calendrier républicain. Au niveau de la LD, c’est ce que nous proposons. Si on veut avoir une compétition saine, démocratique et régulière, il faut quand même tenir les élections à date échue pour que les gens aient le temps de se préparer’’, soutient-il.

‘’La proposition de Djibo Ka, un ballon de sonde’’

Revenant à la charge, Benoît Sambou prévient sur les conséquences que pourrait entraîner un couplage des élections dans le jeu démocratique. Pour l’ancien ministre de l’Agriculture dans le premier gouvernement de la deuxième alternance, un couplage des élections supposerait, soit un prolongement du mandat des députés avec toutes les conséquences que cela apporterait, soit une anticipation de l’élection présidentielle. Dans tous les cas, il soutient qu’il y aurait vice de forme et violation de la constitution. ‘’Cela ne peut pas se justifier. Soit on réduit les mandats des élus locaux, soit on prolonge le mandat du président de la République. On ne peut pas l’accepter parce que le niveau de démocratie de notre pays ne le permet pas’’, fulmine-t-il. Même son de cloche chez le porte-parole adjoint du Parti socialiste (PS).

Ainsi, de l’avis de Me Moussa Bocar Thiam,  ‘’Il faut que les gens arrêtent au Sénégal de faire des propositions qui risquent d’allonger ou de réduire la durée des mandats. Ça, c’est dépassé, ça n’arrivera plus au Sénégal. Il n’y a aucun intérêt à coupler les élections, il n’y a aucun argument financier qui tienne’’.

Ballon de sonde

 Derrière la proposition de Djibo Leyti Ka, l’opposition décèle en effet un ballon de sonde lancé depuis le palais de la République. Selon Maguette Sy, membre du Comité directeur du PDS, ‘’vu le niveau d’avancement de notre démocratie, il est désolant de voir des hommes d’Etat de la trempe de Djibo Leyti Ka proposer une telle démarche’’. Le libéral de poursuivre : ‘’J’ai comme l’impression que c’est devenu maintenant une nouvelle religion. Tous les gens qui ont rejoint Macky Sall sont devenus les apprentis du diable. Ce sont eux qui lancent les ballons de sonde à la place des militants de l’APR quand il s’agit d’opération diabolique’’. Tout compte fait, le plénipotentiaire du PDS aux récents travaux de revue du code estime que ‘’c’est décevant que Djibo Ka, un ancien ministre de l’Intérieur doublé d’un homme d’Etat et d’un chef de parti politique, puisse faire des propositions aussi arriérées qui datent de l’antiquité démocratique’’.

ASSANE MBAYE

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