Publié le 2 Jun 2026 - 12:09
PERSPECTIVES ÉCONOMIQUES EN AFRIQUE 2026

Malgré les tensions mondiales, l’Afrique attendue à 4,2 % de croissance en 2026

 

Malgré un contexte international marqué par la montée des tensions géopolitiques, le durcissement des conditions financières et les perturbations persistantes des chaînes d’approvisionnement, l’Afrique devrait maintenir sa dynamique économique. Dans son rapport Perspectives économiques en Afrique 2026, la Banque africaine de développement table sur une croissance de 4,2 % cette année, tout en alertant sur les fragilités structurelles et l’ampleur du déficit de financement du continent.

 

Malgré un environnement international marqué par la montée des tensions géopolitiques et les perturbations persistantes des chaînes d’approvisionnement, l’économie africaine devrait maintenir son rythme de progression. Le continent est attendu à une croissance de 4,2 % en 2026, après 4,4 % en 2025, avant un rebond projeté à 4,4 % en 2027. C’est l’une des principales conclusions du rapport Perspectives économiques en Afrique 2026, publié par le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) en marge de ses Assemblées annuelles tenues à Brazzaville. Selon l’institution panafricaine, cette dynamique témoigne de la résilience des économies africaines face au durcissement des conditions financières internationales, à l’instabilité géopolitique et aux tensions persistantes sur l’offre mondiale.

La BAD souligne que les performances enregistrées en 2025 ont été soutenues par une meilleure gestion macroéconomique, une campagne agricole favorable, le maintien de prix élevés sur certaines matières premières ainsi que la poursuite de réformes structurelles dans plusieurs pays. Dans l’ensemble, l’Afrique demeure l’une des régions du monde à la croissance la plus rapide. Vingt-deux économies africaines ont affiché ou devraient afficher des taux supérieurs à 5 %. Placée sous le thème « Mobiliser des ressources à grande échelle pour financer le développement de l’Afrique dans un monde fragmenté », cette édition met l’accent sur l’urgence de renforcer les capacités de financement du continent pour soutenir une croissance plus inclusive et plus durable.

Des dynamiques régionales contrastées

Les perspectives diffèrent toutefois selon les régions. L’Afrique de l’Est devrait conserver son rang de moteur économique du continent, malgré un léger ralentissement. Sa croissance passerait de 6,6 % en 2025 à 5,9 % en 2026, sous l’effet notamment de la hausse des coûts énergétiques et des perturbations liées aux tensions au Moyen-Orient. Un rebond à 6,4 % est attendu en 2027. En Afrique de l’Ouest, la dynamique devrait rester relativement stable, avec une croissance estimée à 4,7 % en 2026, contre 4,8 % en 2025. La région continuerait de bénéficier d’une production agricole soutenue et de la poursuite des investissements dans les infrastructures.

L’Afrique du Nord devrait enregistrer un ralentissement à 4 % en 2026, contre 4,4 % un an plus tôt, sur fond de baisse de la demande touristique en provenance du Golfe et des répercussions des perturbations mondiales.

L’Afrique centrale figure parmi les rares sous-régions en progression, avec une croissance attendue à 3,8 % contre 3,6 % en 2025, portée par le maintien des prix élevés du pétrole. En Afrique australe, en revanche, la croissance devrait rester modérée, passant de 2,3 % à 2,1 %, affectée par le recul des productions minières et agricoles ainsi que par la pression sur les coûts énergétiques. La Banque africaine de développement appelle toutefois à la prudence. L’inflation devrait rester élevée sur le continent, estimée à 10,4 % en 2026. Une situation qui continue de peser sur les équilibres macroéconomiques. L’institution pointe également les effets potentiels des tensions géopolitiques prolongées, de la volatilité des marchés financiers et de la pression sur les taux de change, autant de facteurs susceptibles d’aggraver les vulnérabilités budgétaires et l’endettement.

Le cœur du rapport porte sur la question du financement du développement. Selon la BAD, l’Afrique fait face à un déficit annuel supérieur à 1 300 milliards de dollars pour atteindre les Objectifs de développement durable. Mais pour la Banque, le problème dépasse la seule question du manque de ressources : il concerne également la capacité du continent à mobiliser et déployer efficacement les capitaux disponibles.

Avec des réformes ciblées, l’Afrique pourrait débloquer jusqu’à 1 430 milliards de dollars par an grâce à une meilleure mobilisation fiscale, une amélioration de l’efficacité des investissements publics, la lutte contre la corruption et les flux financiers illicites, le développement des partenariats public-privé ou encore une meilleure valorisation du capital naturel.

Le rapport souligne notamment que les investisseurs institutionnels africains, fonds de pension, compagnies d’assurance et fonds souverains, gèrent près de 4 000 milliards de dollars d’actifs. Pourtant, moins de 2,7 % de ces montants sont investis dans les infrastructures et les secteurs productifs du continent. Pour la BAD, le défi des prochaines années sera donc double : préserver la résilience économique face aux chocs extérieurs tout en renforçant durablement les capacités internes de financement afin d’accélérer la transformation économique du continent.

CHEIKH THIAM

Section: 
AFRIQUE - TENSIONS GÉOPOLITIQUES ET PERTURBATIONS DE L’OFFRE MONDIALE Une croissance économique de 4,2 % attendue en 2026
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