Publié le 4 May 2021 - 16:32
PVVIH PERDUES DE VUE

Les cas de Tamba, Diourbel, Kédougou et Sédhiou inquiètent

 

Les perdus de vue en matière de prise en charge du VIH inquiètent principalement à Tamba, à Diourbel, à Kédougou et à Sédhiou. Des spécialistes préconisent de rendre gratuit le ticket de consultation médicale. Une enquête du Conseil national de lutte contre le sida (CNLS) pour la détermination en 2020 des taux de rétention des personnes vivant avec le VIH et d’autres indicateurs liés à la prise en charge au Sénégal, publiée en avril 2021, en fait cas.

 

En 2020, 5 225 nouveaux patients VIH+ ont été enregistrés, parmi lesquels il y a eu 92,65 % de type VIH-1, 60,07 % de sexe féminin et 94,68 % âgés de 15 ans ou plus. Les 25,27 % de ces patients ont été dépistés à un stade tardif de l’infection (stade 3 ou 4 de la classification de l’OMS). Parmi ces nouveaux patients, 10,18 % sont co-infectés VIH/hépatite B, révèle une enquête pour la détermination, en 2020, des taux de rétention des personnes vivant avec le VIH et d’autres indicateurs liés à la prise en charge au Sénégal du Comité national de lutte contre le sida (CNLS) publiée le 28 avril dernier. Parmi ces patients testés positifs au VIH, on note beaucoup de perdus de vue.

A Tambacounda, cela concerne 11 % des PVVIH ; à Diourbel 10,2 % ; à Kédougou 9,5% ; à Sédhiou 8 % ; à Ziguinchor 7,6 % et à Kolda 7,2 %.

Sur l’augmentation de ce nombre de perdus de vue, le CNLS l’explique par le fait que ‘’la pandémie de Covid-19 contribuerait à l’augmentation des taux de perdus de vue dans ces régions’’. Interpellé sur la question, le coordonnateur régional de la prise en charge des PVVIH (personnes vivant avec le VIH) dans la région de Diourbel, le docteur Amadou Kane, déplore ce taux élevé de perdus de vue. ‘’A côté de la cause majeure de restriction des déplacements connus en 2020, il y a des raisons classiques. Il s’agit principalement du nombre important des patients devant les bureaux de consultations qui peuvent constituer une source de démotivation, voire d’abandon de la prise en charge. Mais aussi, il y a la hantise liée à cette maladie ; certains avaient peur, voire étaient réticents à se rendre au niveau des structures de santé. Il y a aussi le manque de moyens financiers, parce que les rendez-vous étant mensuels et payants (il faut s’acquitter des frais de consultation qui varient selon les structures)’’, a-t-il dit.  

La région de Diourbel, qui compte 1 329 patients vivant avec le VIH, a connu des problèmes de rupture des ARV. Le rapport du CNLS note que ‘’des ruptures de stocks d’ARV étaient plus observées dans les hôpitaux (34,3 %) que les centres de santé (25,8 %). Selon les régions, il y avait plus de ruptures à Diourbel (71,4 %), à Matam (66,7 %) et à Tambacounda (54,5 %)’’. Au niveau de la région de Diourbel, les ruptures de stock des ARV ont été notées dans trois centres de santé, parmi les quatre qui y existent. Dans les trois hôpitaux de la région, deux ont connu des ruptures. Pour l’année 2020, le rapport révèle que 30 464 PVVIH étaient régulièrement suivies au Sénégal dont 30 431 sous TARV (traitement antirétroviral). Parmi elles, 68,7 % étaient de sexe féminin et 95,2 % étaient âgés de 15 ans ou plus. S’agissant de cette dernière tranche d’âge, le Docteur Kane conseille aux décideurs ‘’d’opter pour une prise en charge différenciée qui consiste à faire coïncider leurs rendez-vous avec les vacances scolaires. Ce qui leur éviterait de perdre des cours’’.

Comment faire pour que les PVVIH ne soient plus stigmatisées. Le docteur Amadou Kane mise sur une communication adaptée aux termes, afin d’arriver à faire évoluer les mentalités, les perceptions sur le VIH et par rapport à la vision qu’on a des PVVIH, afin qu’elles soient acceptées dans le milieu où elles vivent. Si cet obstacle était levé, toutes les PVVIH ne s’en porteraient que mieux.

D’après les résultats de l’enquête du CNLS, sur les 5 225 nouveaux patients enregistrés en 2020, Dakar est la région qui a le plus notifié, avec 1 422 cas (27,2 %) suivie des régions de Kolda (834 cas, soit 16,0 %) et de Ziguinchor (594 cas, soit 11,4 %).  De même, parmi les 5 121 patients nouvellement mis sous TARV en 2020, ce sont les trois régions suscitées qui ont plus notifié : Dakar (1 366 patients, soit 26,7 %), Kolda (830 patients, soit 16,2 %) et Ziguinchor (570 patients, soit 11,1 %).

A noter que de 2013 à 2020, d’après le rapport, ‘’le nombre de nouveaux patients VIH+ enregistrés évolue en dents-de-scie et a peu varié, passant de 5 161 à 5 225. L’écart entre le nombre de nouveaux patients enregistrés et celui des mis sous traitement ARV s’est considérablement réduit, entre 2013 et 2016. Parmi les PVVIH régulièrement suivies au Sénégal en 2020, la plupart se retrouvent dans 5 régions : Dakar (32,03 %), Ziguinchor (11,11 %), Kolda (09,56 %), Thiès (09,16 %) et Kaolack (06,22 %). Les autres régions ont moins de 5 % de la file active et Kédougou est la plus faible avec 1,18 %. Parmi les 2 782 enfants infectés par le VIH au Sénégal en 2020, 58 % connaissent leur statut VIH. Parmi les enfants qui connaissent leur statut, 90 % étaient sous traitement antirétroviral. Enfin, 59 % des enfants sous TARV avaient une suppression de la charge virale.

Boucar Aliou Diallo

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