Publié le 24 Jun 2024 - 18:34
REPRISE DU TRAVAIL APRÈS LES GRANDES FÊTES AU SÉNÉGAL

L’éthique du travail malmenée

 

Au Sénégal, l’éthique du travail est mise à rude épreuve, après les fêtes, avec des difficultés notables dans la reprise des activités et une incapacité fréquente des employés à retourner au travail. La Tabaski, célébrée le lundi 17 juin, continue de laisser des traces dans les entreprises.

 

À Dakar, la capitale du Sénégal, un calme inhabituel se fait ressentir dans les rues, ce vendredi matin. Peu de bus et de taxis en service ; la circulation est timide. De l’avenue Bourguiba au pont de l’École normale supérieure, une dizaine d’entreprises n’ont pas rouvert. Pourtant, il semble que nous soyons à plus de trois jours après la fête de la Tabaski. Le jour férié était le lundi 17 juin, pourquoi alors certaines entreprises restent-elles fermées ?

Un immeuble abritant plusieurs entreprises fait exception. Au premier étage, seuls le directeur général et le vigile sont présents. Cette entreprise de voyage, Optima Voyage, est plongée dans un silence inquiétant. Selon le DG Moussa Sall, le personnel a demandé une permission, car ils n’ont que cette occasion pour rendre visite à la famille. "Il y a des employés qui habitent loin. On leur donne presque une semaine, parce qu'ils travaillent du lundi au samedi et n’ont que cet événement pour voir leurs familles".

La gestion de la période post-Tabaski pose également des défis éthiques. En effet, le Code du travail n’autorise pas de jours de congé supplémentaires, après le jour férié officiel, mais la réalité sociale impose souvent une certaine flexibilité.

D’après Moussa, "c’est vrai que le règlement ne l’accepte pas. Donc, si aujourd’hui c'est férié, le moment venu, on doit reprendre le travail". Il poursuit : "On dit que le travail, c’est le travail, mais la situation sociale peut nous surprendre." Les employés, en particulier les femmes, se retrouvent souvent épuisées par les préparatifs et les célébrations, rendant la reprise du travail extrêmement difficile’’, nous confie-t-il.

Dans un multiservice un peu plus loin, Rita Mbengue et sa collègue Jeanne Diwele, la vingtaine révolue, sont assises derrière leur comptoir. Rita, qui estime que le travail passe avant tout, est à son poste depuis le mercredi. "Je suis là depuis mercredi et c’est parce qu’on a reçu un mail qui notifiait que le boulot reprenait mercredi matin. Sinon, mardi à 8 h 30, je comptais venir au boulot".

Quelque peu déçue, elle se plaint du manque de clients pendant ces journées de travail post-Tabaski. "On a repris à 8 h 30 et quand je suis arrivée, la ville était comme morte. En fait, tous les voisins étaient fermés et il n’y avait personne". Un véritable manque de professionnalisme qui mériterait des sanctions, selon elle. "On doit mettre en place des mises à pied ou couper une partie de ton salaire, comme ça d’autres prendront leur engagement plus au sérieux".

Jeanne Diwele, quant à elle, n’est pas aussi convaincue. Elle ne s’est présentée que le jeudi à cause des problèmes de transport en cette période de fête. "J’étais hors de Dakar et quand j’ai voulu rentrer le mardi, il y avait un gros problème de voitures. Je ne suis rentrée que le mercredi pour reprendre le travail jeudi". Elle précise qu’elle a informé son employeur de son absence et que ce dernier a été compréhensif. "Il y a des personnes qui passent même jusqu’à deux semaines chez elles avant de reprendre le travail, mais moi je n’ai profité que de deux jours".

Au sein de l’entreprise Chargel, l’ambiance est au rendez-vous. Les employés sont présents, la salle est lumineuse et la reprise est effective. Une dichotomie par rapport aux entreprises précédentes. Selon l’assistante de direction Chantal, la trentaine, le travail a repris dès le mardi grâce à une stratégie : "Nous avons bien repris le travail. Juste que le mardi, toute l’entreprise était en télétravail et le mercredi nous étions tous en présentiel."

Prolonger son séjour à cause de la Tabaski est une excuse inadmissible pour ne pas venir travailler, selon Chantal : "Quand on fête Noël, on vient bien le 26 décembre. La Tabaski est une fête comme les autres et ce qui serait logique, c’est de prendre son travail au sérieux. L’excuse de la fête ne prend pas." Avec un air sérieux, elle ajoute : "Il y en a pour qui le travail est acquis et il y en a pour qui c’est vraiment important, car c’est un engagement qu’on prend lorsqu’on signe un contrat de travail. En tant qu’employé, on est censé être à son poste."

Elle suggère qu’une journée de récupération pourrait être instaurée pour permettre aux employés de reprendre de façon plus dynamique. "On peut instituer une ou deux journées de récupération supplémentaires après la fête, pour que les employés puissent se reposer pleinement avant de reprendre le travail".

Ainsi, la fête de la Tabaski est un moment crucial pour de nombreux employés, mais la reprise du travail pose des défis significatifs. En reconnaissant ces difficultés et en adoptant des mesures appropriées, les employeurs pourraient faciliter cette transition et maintenir un environnement de travail productif et harmonieux.

THECIA P. NYOMBA EKOMIE (STAGIAIRE)

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