Publié le 15 Apr 2026 - 18:03
AVANT - PREMIÈRE DE RAFET A DAKAR

Khadidiatou Sow ouvre le débat sur l’acceptation de soi

 

Au Musée des Civilisations noires, l’avant-première du film de Khadidiatou Sow ouvre un débat poignant sur l’acceptation de soi et le poids des normes sociales

 

Le Musée des Civilisations noires a accueilli une soirée cinématographique d’une intensité rare, à l’occasion de l’avant-première du film « Rafet », réalisé par Khadidiatou Sow. À l’initiative de Galagos et Wawkumba Films, la projection a réuni professionnels du cinéma, journalistes et public averti autour d’une œuvre à forte portée sociale. Le choix du musée comme cadre de cette avant-première s’inscrit dans une logique évidente. Espace dédié à la mémoire et à la valorisation des identités africaines, il prolonge le questionnement porté par le film. Dans son allocution, le directeur de l’institution, M. Ly, a souligné cette convergence entre art et patrimoine, évoquant une œuvre qui interroge profondément le rapport au corps et à l’image de soi. Dès l’ouverture, « Rafet » s’impose ainsi comme bien plus qu’un objet cinématographique : un miroir tendu à la société.

Tourné dans le quartier lébou de Ngor, à Dakar, le film suit le parcours d’une fillette de 12 ans contrainte de dissimuler son visage derrière un masque pour échapper aux moqueries. Une image saisissante, symbole d’un rejet intériorisé. Mais loin de s’enfermer dans la victimisation, le récit emprunte une voie plus subtile. À travers une narration en miroir, l’héroïne amorce un cheminement vers l’acceptation de soi. Le masque devient alors un passage de l’effacement à la révélation. Pour la réalisatrice, il s’agit avant tout de « donner une voix aux fragilités », en explorant ces zones intimes où se croisent honte et résilience.

Formée à l’École des Beaux-Arts de Dakar et aux Ateliers Varan à Paris, Khadidiatou Sow développe une approche transdisciplinaire où cinéma et arts plastiques dialoguent en permanence. Dans « Rafet », chaque plan est construit comme une composition picturale : textures, couleurs et cadrages participent d’une narration immersive. Cette signature esthétique s’inscrit dans la continuité de ses œuvres antérieures, notamment Une place dans l’avion, distingué au Fespaco, ainsi que plusieurs courts métrages remarqués sur la scène internationale. Venu représenter le Directeur de la Cinématographie, Mounir Barro a insisté sur la portée du film, saluant une œuvre qui questionne en profondeur les normes sociales et les représentations. Il a également rappelé l’importance du court métrage dans la structuration d’un écosystème cinématographique africain dynamique. Cette lecture s’inscrit dans un contexte plus large : celui d’un cinéma africain en mutation, conscient de son rôle dans les transformations sociales.

La keynote du cinéaste Moussa Sène Absa a marqué l’assistance. Dans une intervention à la fois poétique et analytique, il a replacé le regard au centre de la création cinématographique, interrogeant les modèles esthétiques imposés et leurs effets sur la perception de soi. Dans le prolongement de la projection, un panel réunissant psychologue, journaliste, entrepreneure culturelle et comédien a permis d’approfondir ces questions. Les échanges ont exploré les mécanismes de construction de l’estime de soi, l’influence des normes sociales et le rôle du cinéma comme levier de transformation.

La soirée s’est poursuivie avec le vernissage de l’exposition « Rafet », offrant une plongée dans l’univers plastique de la réalisatrice. À travers des œuvres réalisées entre 2018 et 2024, le public découvre une esthétique marquée par des visages fragmentés, des corps en tension et des regards suspendus, en écho direct au film. Depuis ses débuts, Khadidiatou Sow s’inscrit dans une démarche artistique résolument engagée. De ses premières expériences techniques à la création de sa structure Galagos Productions, elle explore les marges et donne une visibilité à ceux que l’on voit peu. Avant même sa présentation à Dakar, « Rafet » s’est déjà illustré à l’international, avec une sélection au Lucca Film Festival en Italie et une présence en compétition officielle aux Journées Cinématographiques de Carthage. Le film est également attendu au Festival Films Femmes Afrique 2026.

Par sa force esthétique et son propos, « Rafet » s’impose comme une œuvre essentielle. À contre-courant des représentations normatives, il invite à reconsidérer le regard porté sur soi et sur les autres. Cette avant-première au Musée des Civilisations noires témoigne de la vitalité d’un cinéma sénégalais engagé, capable de susciter la réflexion et d’ouvrir le débat. Avec « Rafet », Khadidiatou Sow ne se contente pas de raconter une histoire. Elle propose une expérience. Un face-à-face. Un miroir dans lequel chacun est invité à se reconnaître.

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