Publié le 1 Oct 2026 - 13:12
SAINT LOUIS : TRANSITION ÉNERGÉTIQUE JUSTE (JET)

Faire de l'électricité un véritable levier de production

 

Avec 82 % d'accès à l'électricité, mais toujours une forte dépendance au bois et aux combustibles traditionnels, la région Nord veut transformer son potentiel énergétique en emplois, en production et en valeur ajoutée. Ainsi, le ministère de l'Énergie mise sur le solaire et les usages productifs pour accélérer le développement du Nord.

 

Le Sénégal veut changer de modèle énergétique. Depuis 2012, l'État pousse les renouvelables et revendique aujourd'hui environ 27 % de leur intégration dans le mix électrique national. Cap désormais sur 40 % à l'horizon 2030, conformément à l'accord de partenariat pour une transition énergétique juste conclu en 2023. Mais derrière les objectifs nationaux se joue une bataille beaucoup plus concrète : celle de l'accès à une énergie fiable, abordable et utile aux populations. À Saint-Louis, le défi prend une dimension particulière. Avec plus d'un million d'habitants, la région cumule potentiel agricole, pastoral, halieutique, touristique et industriel. Autant de secteurs dont le développement bute sur une même exigence : l'énergie.

Dans la vallée du fleuve Sénégal, l'irrigation, le pompage, la transformation du riz, la conservation des produits horticoles et le stockage dépendent directement de la disponibilité énergétique. Pour Yaye Catherine Diop, le solaire peut notamment alimenter les systèmes de pompage et les unités productives rurales. Même équation dans l'élevage. La région compte plus de 650 000 bovins et 2,1 millions de petits ruminants, selon les données citées par l'ANSD.

Accès à l'eau, conservation du lait, transformation des produits d'élevage : l'énergie peut faire basculer ces activités de la simple subsistance vers davantage de valeur ajoutée. La pêche, l'aquaculture et la transformation ne sont pas en reste. Chaîne du froid, stockage, débarquement et conservation exigent une alimentation électrique régulière. Les femmes transformatrices, les mareyeurs et les petits producteurs sont ainsi directement concernés.

82 % d'accès, mais encore des fractures

Le paradoxe est saisissant. Alors que le taux d'accès à l'électricité atteint environ 82 %, l'ANSD indique que l'électricité constitue le principal mode d'éclairage pour 62,5 % des ménages, contre 21,5 % pour la lampe torche et 6,4 % pour le solaire. Pour la cuisson, le bois domine encore avec 54,1 %, devant le gaz (29,6 %) et le charbon (15,4 %). Pour le ministère, l'électrification ne saurait donc se résumer au branchement des ménages. Une localité électrifiée doit aussi pouvoir produire, transformer, conserver, irriguer, entreprendre et créer des emplois.

La stratégie défendue repose ainsi sur plusieurs fronts : électrification universelle, solaire décentralisé, efficacité énergétique, usages productifs de l'électricité et création d'emplois verts pour les jeunes et les femmes. La territorialisation est présentée comme la clé de voûte de cette démarche. Pour la directrice de la Transition énergétique, la rencontre de Saint-Louis doit permettre de confronter les orientations nationales aux réalités locales et de faire remonter des propositions opérationnelles.

Le ministère prévoit d'ailleurs de poursuivre cette concertation dans les 14 régions du Sénégal, avec d'autres forums et actions de sensibilisation, avec l'accompagnement de la coopération allemande GIZ à travers le Programme énergie durable. Face à la presse, Yaye Catherine Diop a rappelé que la transition énergétique ne doit pas seulement éclairer les territoires. Elle doit les faire produire, transformer, entreprendre et créer des emplois. C'est à cette condition que les 40 % de renouvelables visés en 2030 pourront dépasser le simple indicateur national pour devenir une réalité économique et sociale dans les régions.

IBRAHIMA BOCAR SENE SAINT-LOUIS

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