Publié le 21 Aug 2026 - 14:39
SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE

Agriterra veut changer d’échelle avec les coopératives agricoles

 

Après une première année d’accompagnement de cinq coopératives de la zone des Niayes, Agriterra veut élargir son dispositif. L’organisation entend porter progressivement son intervention à dix coopératives, puis à une vingtaine à l’horizon 2030, avec un accent particulier sur la gouvernance, la commercialisation, le financement et la conservation des produits.

 

À Thiès, Agriterra a présenté, ce jeudi, les résultats de la première phase de son programme d’appui aux coopératives agricoles de la zone des Niayes et lancé une deuxième phase destinée à élargir cet accompagnement. La rencontre a réuni plusieurs acteurs du secteur, dont des représentants du ministère du Développement rural, de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, de l’ambassade des Pays-Bas au Sénégal et des partenaires techniques.

Représentant le ministère, El Hadji Modou Guèye Seck, Directeur du Financement et des Partenariats, s’est félicité des résultats présentés à l’issue de cette première phase. La convention de partenariat signée en septembre 2025 entre le ministère et Agriterra avait permis d’accompagner cinq coopératives de la zone des Niayes.

« Les résultats qui nous ont été présentés montrent que l’impact auprès des bénéficiaires est très salutaire », a-t-il déclaré, estimant que les témoignages des coopératives constituent une illustration de la pertinence de l’accompagnement.

Pour le représentant du ministère, cette dynamique s’inscrit dans les orientations nationales en faveur des Coopératives Agricoles Communautaires (CAC), appelées à jouer un rôle dans la transformation du secteur agropastoral. Il a également salué le travail mené par Agriterra sur « l’ingénierie sociale », qu’il considère comme un volet important pour construire des coopératives solides et professionnelles.

Coordonner les financements

Au-delà de l’accompagnement des coopératives, les échanges ont mis en évidence une difficulté plus large : la coordination des interventions des différents partenaires techniques et financiers.

El Hadji Modou Guèye Seck a reconnu une certaine fragmentation des interventions, certains partenaires pouvant agir dans leur propre périmètre sans disposer d’une vision suffisamment coordonnée des actions menées par les autres acteurs.

Pour y remédier, le ministère travaille à la mise en place d’un mécanisme de financement unique destiné à centraliser les financements en faveur du secteur agrosylvopastoral et halieutique.

L’objectif est de favoriser des interventions plus coordonnées et complémentaires et d’éviter les chevauchements ainsi que la concentration des appuis sur les mêmes bénéficiaires. Cette réforme s’inscrit dans le cadre de la révision de la Loi d’Orientation Agro-Sylvo-Pastorale et Halieutique. Des travaux préparatoires sur les textes d’application sont déjà engagés, selon le représentant du ministère.

Professionnaliser les coopératives

Pour Abdoulaye Ly, représentant du directeur d’Agriterra au Sénégal, la rencontre marque à la fois un bilan et une nouvelle étape.

« Nous sommes là pour faire une halte, un cap sur ce que nous avons déjà réalisé jusque-là et aussi pour nous projeter sur l’avenir », a-t-il expliqué.

Après une année d’accompagnement, Agriterra dit avoir tiré plusieurs enseignements sur les besoins des coopératives sénégalaises, notamment en matière de gouvernance, de structuration des marchés, de gestion des investissements et d’accès au financement.

L’approche défendue par l’organisation repose sur un principe : les organisations de producteurs doivent être dirigées et développées par les producteurs eux-mêmes. Agriterra privilégie ainsi un accompagnement de proximité et un conseil adapté aux besoins de chaque coopérative.

L’ambition est de permettre aux organisations de devenir progressivement plus professionnelles et économiquement viables, tout en améliorant les services proposés à leurs membres.

« Nous voulons faire en sorte que les coopératives puissent être professionnelles, économiquement viables, qu’elles puissent vraiment fournir de meilleurs services à leurs membres et donc rendre service à leurs communautés », a indiqué Abdoulaye Ly.

La deuxième phase doit permettre d’élargir progressivement le dispositif à dix coopératives. À plus long terme, Agriterra prévoit d’atteindre une vingtaine de coopératives à l’horizon 2030. Plusieurs axes sont envisagés, notamment la gestion des récoltes, les investissements, la commercialisation et la conservation des produits agricoles.

Le défi du stockage dans les Niayes

Dans la zone des Niayes, où la production horticole est confrontée à la périssabilité des produits et aux difficultés d’accès à des débouchés rémunérateurs, le stockage et la conservation apparaissent comme des enjeux importants.

Des infrastructures adaptées, notamment des magasins de stockage associés à des solutions énergétiques comme le solaire, pourraient contribuer à réduire les pertes post-récolte et à renforcer la capacité des producteurs à négocier leurs ventes.

Pour Agriterra, toutefois, l’investissement matériel ne peut être dissocié de la capacité des coopératives à assurer sa gestion dans la durée.

« Il faut s'assurer qu'en amont nous avons la capacité de gérer ces investissements de manière durable », a insisté Abdoulaye Ly.

La viabilité économique et la gouvernance apparaissent ainsi comme des conditions essentielles pour accompagner les investissements et permettre aux coopératives de renforcer durablement les services proposés à leurs membres.

Les attentes des coopératives

Les représentants des coopératives bénéficiaires ont, eux aussi, salué les résultats de la première phase. Selon leurs témoignages, l’accompagnement d’Agriterra a permis des améliorations dans plusieurs domaines, notamment la gestion administrative, la commercialisation, l’organisation interne et les conditions de fonctionnement.

Ils ont également appelé le ministère de l’Agriculture à renforcer l’accompagnement des partenaires intervenant dans ce domaine et à faciliter leur accès à un cadre institutionnel favorable.

Les échanges ont enfin fait ressortir une difficulté rencontrée par les acteurs de terrain : l’identification des différentes directions, agences et mécanismes de financement intervenant dans le secteur agricole. Selon eux, cette situation complique l’accès des coopératives aux dispositifs d’appui existants.

Ndeye Diallo (Thiès)

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