Publié le 25 Nov 2015 - 22:14
TROIS QUESTIONS A MOUSSA SENE ABSA (CINEASTE)

"On n'a pas rendu à Aminata Fall la monnaie de sa pièce" 

 

Cela fait 13 ans  que la cantatrice Aminata Fall est partie à jamais. Que pouvez-vous nous dire sur elle ?

Aminata Garmi Fall était une grande dame. Elle a commencé dans les années 40. Elle a grandi à Saint-Louis. C'est après qu'elle est venue s’installer à Dakar. Par la suite, elle s'est mariée, elle a eu des enfants. Elle a débuté sa carrière au Théâtre national. C'était une femme bourrée de talent. Elle savait chanter et danser et jouer de la comédie. Aminata a marqué le théâtre Sorano. À un moment donné,  elle a été au festival mondial des arts nègres. À Saint-Louis, elle travaillait dans le  groupe "Mbaa" parce qu'elle avait déjà une fibre musicale.

L'artiste avait cette manie de reprendre toutes les chansons qu'elle entendait. Elle avait un don de répétition. Parler d'Aminata Fall, c'est parler de ce Sénégal-là et de ses grands moments de création. Elle a apporté de belles choses à la musique sénégalaise même si elle n'avait pas beaucoup de produits. Elle n’a fait qu'un seul disque "Kang Foré" mais beaucoup de musiciens se sont inspirés d'elle. Elle chantait dans le style du jazz et du blues. Personnellement, je pense que c'est une grande perte et on ne lui a pas rendu la monnaie de sa pièce parce qu'elle méritait que quelque chose porte son nom dans sa ville natale de Saint-Louis. Au moins, qu'il y ait une chose qui nous rappelle son passage sur cette terre.  

Donc, vous avez des regrets pour elle? 

Je pense qu'elle mérite plus que des hommages. Mais le Sénégal a la mémoire courte. Il  y a des gens comme Djibril (ndlr Djibril Diop Mambety),  Ousmane Sembène qui ont quitté cette terre en y laissant de beaux calques et qu’à leur mort, jusqu'à présent, rien n’a été fait en ce qui concerne leur mémoire. Donc, ce qui se passe là avec Aminata n’est pas quelque chose de nouveau je peux dire. Tout le monde parle de lui rendre hommage en tant que mère mais pour moi, elle n'était pas une mère, c'était une amie. Je pense que tous les Sénégalais devraient, de temps en temps, penser à elle. Et la meilleure façon de penser à quelqu'un, c'est de donner son nom à un lieu, un espace, une rue…afin de l’immortaliser.

Qu’est-ce qui explique, selon vous, le fait que le Sénégal ne soit presque jamais reconnaissant envers ses ambassadeurs de la culture ?

Je pense que la chose la plus évidente dans ce domaine, c'est que les Sénégalais consomment ce qu'on leur vend, c'est-à-dire de la musique insipide, de la danse vulgaire, de la lutte. Tout le monde fait la même chose mais on ne s'en rend pas compte. Ce qui est vraiment triste. Il faut avoir des références mais le Sénégalais n'en a pas. Ce qui est grave. Les références des artistes d'aujourd'hui, si on les cherche vraiment, on ne les trouvera pas malheureusement. On ne nous parle pas de ces anticonformistes qui font avancer la société. 

Aïda Kane

 

Section: 
“INDEPENDANCE TEY” Le cinéma comme mémoire vive d’un Sénégal en lutte
Tourisme
SAINT-LOUIS : 34e ÉDITION DU FESTIVAL INTERNATIONAL DE JAZZ : Une édition pour renforcer les liens culturels et artistiques entre les pays africains
Festival international littérature
MAISON DES ESCLAVES DE GORÉE : La Fondation Tano Kora scelle le lien mémoriel entre la Côte d’Ivoire et le Sénégal
AVANT-PREMIÈRE “GERMAINE ACOGNY L'ESSENCE DE LA DANSE” : Le souffle d’une vie en mouvement
FORUM DE PRODUCTION - SAINT-LOUIS DOCS Une nouvelle génération de cinéastes africains prend la parole
CLÔTURE SAINT-LOUIS DOCS 2026 : Entre émotions, triomphes et regards vers l’avenir du documentaire africain
SAINT-LOUIS DOCS 2026 : Au cœur du processus de sélection
SAINT-LOUIS DOCS 2026 : Le rôle du critique revisité face aux enjeux du documentaire
SAINT-LOUIS DOCS 2026 Le documentaire Les Voyageurs ouvre le festival sur fond de réalités migratoires
JANT BEATS FESTIVAL 2026 : Dakar s’apprête à vibrer au rythme de la culture
VERNISSAGE DE L’EXPOSITION OUSMANE SOW INTEMPOREL : Ousmane Sow revient à la maison
SAINT-LOUIS : ITINÉRAIRES ARTISTIQUES : La 12e édition tournée vers un écosystème hybride
34ᵉ FESTIVAL INTERNATIONAL DE JAZZ DE SAINT-LOUIS : L’édition 2026 axée sur la continuité et le renouvellement
REGGAE AWARDS SENEGAL 2026 : Le reggae sénégalais s’offre une vitrine
FESTIVAL CULTUREL DE NDIAGANIAO : Célébrer la diversité de la population sérère ainsi que d’autres ethnies invitées
MASA 2026 : Khadija Ndiaye, l’œil qui raconte l’Afrique
AVANT - PREMIÈRE DE RAFET A DAKAR Khadidiatou Sow ouvre le débat sur l’acceptation de soi
Éditions saaraba distinguées