Publié le 22 Dec 2016 - 13:27
CONDAMNE POUR TRAFIC DE CHANVRE INDIEN

Le tradipraticien cultivait du ‘’Yamba’’  dans sa maison 

 

La Chambre criminelle de Kolda a condamné hier le cultivateur Moutarou Mballo à 10 ans de travaux  forcés pour trafic de chanvre indien. Avant-hier, c’est le tradipraticien, Ahmadou Dramé qui a écopé de sept ans de travaux forcés pour les mêmes faits. Tous les deux cultivaient du chanvre indien dans leur maison.

 

Pour sa seconde journée d’audience, la Chambre criminelle du Tribunal de grande instance de Kolda s’est penchée mardi sur le cas d’Ahmadou Dramé, condamné finalement à sept ans de travaux forcés pour trafic de chanvre indien. Tradipraticien de son état, l’accusé cultivait du chanvre indien dans son domicile, avant son arrestation survenue courant 2015. Devant la barre, il a évoqué des arguments thérapeutiques. Car il a laissé entendre qu’il utilisait ‘’l’herbe qui tue’’ pour soigner les personnes souffrant d’hémorroïdes. Il a précisé qu’il s’est adonné à la culture du chanvre indien pour faciliter la tâche à ses patients. ‘’Je demandais aux patients d’apporter les feuilles vivantes s’ils voulaient être traités. Mais j’avais constaté que la plupart d’entre eux éprouvaient d’énormes difficultés à s’en procurer. Même s’ils en trouvaient, la majorité des malades apportaient des feuilles sèches, or je ne pouvais pas les soigner avec’’, a expliqué le traditrapitien. Avant de poursuivre : ‘’Finalement, pour les aider, je me suis livré à la culture du chanvre indien dans l’arrière-cour de ma maison.’’

Cependant, pour limiter sa responsabilité pénale, Ahmadou Dramé a allégué avoir semé cinq plants. Sur interpellation du président, il a fait savoir qu’il utilisait le nom de ‘’Djoudjou’’ pour désigner le chanvre indien. ‘’Pourtant, Djoudjou, signifie en langue mandingue la case des hommes. Est-ce que ce n’était pas une manière pour vous de tromper la vigilance des gens afin de pouvoir vous adonner à votre trafic ?’’ lui a lancé le juge. L’accusé a répondu par la négative puis s’est lancé dans des explications. ‘’Le chanvre indien a été créé par Dieu. Et cette plante est destinée uniquement aux soins des hémorroïdes, de la lèpre et du diabète’’, a allégué le guérisseur. Pour convaincre de sa bonne foi, il a fait savoir qu’il ne fume pas et ne vendait pas le chanvre indien. Mais, a-t-il ajouté, ‘’j’utilisais les feuilles pour uniquement soigner les patients. D’ailleurs, je n’obligeais jamais un client à me payer. Ils me donnaient gracieusement de l’argent quand ils étaient guéris. Ceux qui n’ont pas de moyens financiers m’apportaient des poulets, des coqs ou parfois, il ne payait pas‘’.

Quels que soient les arguments d’Ahmadou Dramé, le substitut Abdoulaye Diouf estime que les faits de culture sont établis. Car, l’accusé a reconnu s’être procuré des graines de chanvre indien ; qu’il a ensuite semé et entretenu les plantes jusqu’au moment de leur découverte par des gendarmes. Il a requis 10 ans arguant que la peine se justifie pour pouvoir lutter contre le trafic et pour éviter de faire de Kolda une zone de culture de la drogue. La défense a plaidé l’acquittement sous le prétexte que les plantes étaient destinés aux soins des patients et non à la consommation personnelle, encore moins à des fins commerciales. Son appel n’a pas été entendu car son client reste en prison et il doit payer une amende de 2 000 000 F CFA.

Des Plants de ‘’Yamba’’  pour assurer la dépense quotidienne

Cependant, Ahmadou Dramé est plus chanceux que le cultivateur Moutarou Mballo qui a été jugé hier. Car ce dernier a écopé certes de la même amende mais il doit purger une peine de 10 ans de travaux forcés. Cultivateur de profession, l’accusé a été arrêté le 23 février 2011 au village de Maléya, département de Vélingara. Âgé de 16 ans, à l’époque, les gendarmes avaient fait une descente à son domicile. Et avaient découvert 11 plants de chanvre indien dans l’arrière-cour de la concession. Interpellé sur les faits, le jeune Moutarou Mballo a reconnu avoir cultivé ces plants à des fins commerciales afin de subvenir à ses besoins et ceux de sa famille. Devant le juge d’instruction et hier, devant la barre, il a soutenu que la drogue était destinée à sa consommation personnelle.

Mais de l’avis du Procureur Yoro Moussa Diallo, Moutarou Mballo a voulu tromper la religion des magistrats afin d’échapper à une sanction pénale. Il a requis 10 ans de travaux forcés. Toutefois, la défense considère qu’il n’y a pas de trafic car les 11 ‘’petits’’ plants ne pèsent pas 50 grammes. Il s’y ajoute que leur client n’a pas été trouvé en train de s’adonner à la vente du chanvre indien. Après délibéré, Moutarou Mballo a été reconnu coupable des faits qui lui sont reprochés.

EMMANUEL BOUBA YANGA

 

Section: 
CORED : L’intelligence artificielle à l’épreuve de l’éthique journalistique
MENACES DE GREVE GENERALE - LE FSDT A MBOUR Mody Guiro hausse le ton face à l'État
Des comprimés de tapentadol saisis dans un bus à Koungheul
IA ET CYBERMENACES : Les États africains face à l’urgence d’une riposte continentale
Affaire Modou Ngom
PARUTION - « A LETTER TO MY YOUNGER SELF » Dix-sept femmes africaines écrivent à celles qu’elles étaient
RENTRÉE SCOLAIRE 2026-2027 À NOTTO DIOBASS : Vingt-trois millions pour les fournitures, des besoins en papier persistent
CONSEIL DES MINISTRES : Diomaye Faye en croisade contre les inondations
RENTRÉE SCOLAIRE 2026-2027 : Les cours reprennent, les inondations retardent encore certaines écoles
LUTTE CONTRE LES VBG : Quand le Sénégal s'inspire du modèle Béninois
EXÉCUTÉS À GIGNY EN 1940 Yali Fall et Souleymane Ly, la mémoire retrouvée
ACCUSATIONS SUR LE FINANCEMENT DES SALAIRES : Sen TV porte plainte contre Cheikh Bara Ndiaye
VIOLENCES CONTRE LES FEMMES ÂGÉES : Des abus encore largement invisibles
Droits de l’homme
DAKAR DEM DIKK : Les syndicats menacent de paralyser le réseau pendant trois jours
AFFAIRE MBAYANG DIOP : Dix ans après, la société civile plaide pour la grâce royale
TRAFIC DE FAUX BILLETS DAKAR, MBOUR, THIÈS ET LOUGA : Le grand coup de la gendarmerie
ÉDUCATION - RSE : LES ICS au chevet des écoles de Tivaouane et Méouane
LA SITUATION DU CHÔMAGE AU SÉNÉGAL : Le marché de l’emploi sous tension au deuxième trimestre 2026
Journée mondiale de la vue