Publié le 23 Apr 2020 - 21:13
EDUCATION NATIONALE

Quand la pandémie met à nu les inégalités entre les ruraux et les citadins

 

Bien que permettant de résorber une partie du retard dans le calendrier scolaire, certains dispositifs mis en place par le ministère de l’Education nationale risquent de désavantager les élèves en milieu rural.

 

Piquée par le nouveau coronavirus, l’année scolaire 2019-2020 est sérieusement menacée. Plongeant ainsi élèves, enseignants et parents d’élèves dans un horizon incertain. Les autorités, elles, multiplient les initiatives pour essayer de sauver ce qui peut encore l’être. Après les photocopies, les radios et la télévision, c’est l’ère des ‘’classes virtuelles’’, pour pallier l’absence d’interactivité entre élèves et enseignants, due à la désertion des salles de classe. Coordonnateur du Système d’information du ministère de l’Education nationale, Seyni Ndiaye Fall explique : ‘’Nous avons pensé mettre en place des plateformes qui permettent aux élèves et enseignants de dialoguer directement. C’est cela qui justifie ces classes virtuelles évoquées dans cette lettre…’’

Dans ladite lettre prise ce 21 avril et parcourue par ‘’EnQuête’’, le ministre Mamadou Talla dit ceci à ses services : ‘’Dans le cadre de la mise en œuvre de l’initiative ‘Apprendre à la maison’, il est institué un dispositif numérique consistant en la création de classes virtuelles à travers tout le pays, avec l’utilisation de class room et teams…’’

Compte tenu de l’importance de ce dispositif dans l’avenir de notre système éducatif, poursuit la note, il est de la plus haute importance, pour les enseignants et tous les acteurs, d’assurer la pérennité de ces pratiques d’enseignement à distance. A ceux qui s’inquiètent de son applicabilité, le coordonnateur du système d’information explique : ‘’Il faut savoir que plus de 90 % des enseignants ont une adresse éducation. Ils peuvent, avec cette adresse, utiliser ces outils. Ce que nous faisons, c’est de les former en conséquence. Et c’est eux-mêmes qui vont, à leur tour, créer leur classe virtuelle.’’

Toutefois, s’inquiète l’avocat Mouhamadou Bassirou Baldé, cette initiative, quoique salutaire, pourrait être constitutive d’une rupture d’égalité entre les citoyens, garantie par la Constitution. Ce, d’autant plus que les évaluations seront les mêmes pour tout le monde. ‘‘Il est évident, insiste-t-il, que le monde rural ne pourra pas accéder aux classes virtuelles. En plus du problème de connectivité, il y a également de véritables difficultés liées à l’accès à l’électricité. Et sans Internet et sans électricité, on ne saurait parler de classes virtuelles.’’

Un prétexte saisi par la robe noire pour demander aux pouvoirs publics de multiplier les efforts pour permettre à tous les citoyens d’avoir accès à l’énergie qui est une nécessité et non un luxe. Citant le rapport de l’Agence nationale des statistiques et de la démographie (ANSD) 2016, il rappelle que plus de 38 % des ménages sénégalais n’ont pas accès à l’électricité. Ce taux est plus qu’angoissant, précise-t-il, en milieu rural où l’on parlait de plus de 68 % de ménages.

‘’L’avantage de class room…’’

Nonobstant ces limites, Seyni Ndiaye Fall assure que le ministère tâchera à ce que le maximum de Sénégalais puisse en bénéficier. ‘’L’avantage de class room, souligne-t-il, c’est de responsabiliser tous les acteurs, particulièrement les enseignants, les parents et les inspecteurs. Le ministère aide les enseignants à créer leur propre classe. Ainsi, quelqu’un qui est à Fongolémi pourrait créer sa classe virtuelle et organiser ses cours avec ses élèves. Certes, il y a des problèmes de connectivité, mais partout où les gens peuvent se connecter à WhatsApp, on peut utiliser class room. Maintenant, il faudrait l’implication de tout le monde : enseignants, parents et élèves pour que cela puisse être une réussite’’.

Sur le manque d’initiation de certains, il rétorque : personne n’a été formé à WhatsApp, mais tout le monde l’utilise.

Bien avant cette initiative, beaucoup d’autres ont été déroulées par le ministère de l’Education nationale. Il en est ainsi des photocopies (cours et exercices) distribuées aux élèves sur l’étendue du territoire ; des cours dispensés à travers radios et télévisions…

Mais, de l’avis du député Théodore Chérif Monteil, qui avait fait une tribune très critique sur la tutelle, l’important est surtout de tenir un langage de vérité aux Sénégalais. En toutes circonstances. A en croire le parlementaire qui s’exprimait en sa qualité de parent d’élèves, si la situation actuelle persiste, contrairement à ce que défend urbi et orbi le ministre Mamadou Talla, l’année est sérieusement menacée. Sur les dispositifs mis en place pour ‘’sauver l’année scolaire’’, il déclare : ‘’’Apprendre à la maison’, c’est juste une bibliothèque virtuelle avec l’ensemble des cours théoriques. Le ministre devrait savoir que l’apprentissage, c’est un contenu, un rythme et des évaluations. Autrement, chaque élève pourrait se procurer les cours sur Internet et se former lui-même.’’ 

Aussi, renchérit-il, ‘’même si la plateforme numérique fonctionnait, nous serions dans une situation de discrimination, en plus du fait que le numérique ne pourra jamais remplacer l’échange direct entre le maître et l’élève. Le maître n’est pas juste un transmetteur de connaissances ; c’est quelqu’un qui analyse l’humain pour s’adapter à chaque enfant pour ainsi régler les vitesses d’apprentissage qui ne sont pas uniformes.’’

‘’Ce n’est pas l’idéal, mais nous ne pouvons pas restés les bras croisés’’

Très sceptique, le responsable de l’Union citoyenne Bunt Bi préfère croiser les doigts et inviter le ministre à plus de lucidité pour comprendre la gravité de l’heure. Déjà, il se projette dans la reprise physique des cours. ‘’Dans quelles conditions les cours vont-ils (les élèves) reprendre ? Avec quels moyens de protection pour les élèves et les enseignants ? À quel coût ?’’, se demande-t-il. Pour lui, le ministre ferait mieux d’envisager les moyens à mettre en œuvre pour engager cette reprise sans angoisse, au cas où la maladie serait maitrisée, souligne-t-il, outré par des déclarations qu’auraient tenues récemment Mamadou Talla dans le ‘’Grand Jury’’ de la RFM.

Pour leur part, les services de Talla, malgré les critiques, continuent de s’activer pour sauver les meubles. ‘’Face à la crise, indique M. Fall, le ministère est obligé de diversifier ses offres éducatives. Chaque système a ses limites. Mais, il a fallu offrir toutes ces opportunités aux élèves pour une continuité pédagogique. Ce n’est pas l’idéal, mais nous ne pouvons pas restés les bras croisés. Nous essayons d’accompagner les élèves’’. Encore que, reconnait-il, même là, l’Etat n’est pas sûr de pouvoir sauver l’année. Car, pour ce qui est des évaluations, il faudra forcément retourner en classe. ‘’Nous n’avons pas de dispositifs pour pouvoir administrer des épreuves aux élèves. Mais au moins, on leur permet de réviser, de faire des acquisitions durant la pandémie’’, lance le coordonnateur du Système d’information du ministère de l’Education.

MOR AMAR

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