Publié le 23 Mar 2021 - 20:25
SOULEYMANE BACHIR DIAGNE

‘’Amadou Mahtar Mbow renseigne que la restitution des œuvres d’art africaines…’’

 

À l’occasion de la célébration du centenaire d’Amadou Mahtar Mbow, une conférence a été animée par le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne et le directeur général du musée des Civilisations noires Hamady Bocoum, sur la restitution des biens culturels. Si le sujet est actuel, ils ont noté qu’Amadou Mahtar Mbow a mené le combat en premier.

 

Intellectuel et homme de culture, le premier directeur général noir de l’Unesco, Amadou Mahtar Mbow, a été de tous les grands combats du XXe siècle. Dans le cadre de la célébration de son centenaire, s’est tenu un panel portant sur le rôle qu’il a joué dans la restitution des objets d’art pris pendant la colonisation en Afrique. Le directeur général du musée des Civilisations noires, Hamady Bocoum, a établi le rapport entre le patriarche et cette question qui est d’actualité.

Il a souligné la position précoce, pionnière d’Amadou Mahtar Mbow, qui avait fait un fort plaidoyer. ‘’Depuis que le président français Emmanuel Macron a évoqué ce problème en novembre 2007, beaucoup pensent que c’est une question toute nouvelle. Or, en remontant l’histoire, en explorant la trajectoire d’Amadou Mahtar Mbow à l’Unesco, on se rend compte que la question avait été abordée au plan historique et scientifique qui n’enlève aucun mérite aux choses qui sont en train d’être faites aujourd’hui’’, a précisé celui qui a siégé comme expert au Fonds mondial du patrimoine africain (2010-2014) et au Comité du patrimoine mondial de l’Unesco (2012-2015).

En faisant l’inventaire du cadre normatif de la restitution des objets d’art africains, il relève que la filiation repose sur un certain nombre d’initiatives concrètes, d’actes posés. ‘’Quand Amadou Mahtar Mbow prit les rênes de l’Unesco, il y avait une convention importante qui était en place. Il s’agit de celle pour la sauvegarde du patrimoine mondial, culturel et naturel, communément appelé Convention du patrimoine. Il a eu le grand mérite de rendre vivante cette convention adoptée en 1972. C’est seulement en 1978, à Washington, qu’il y a eu la première proclamation. Et c’est dans le cadre de cette dernière que l’île de Gorée a d’ailleurs été inscrite au Patrimoine mondial. Mais parallèlement à cette première proclamation, M. Mbow avait un projet tout aussi important qui était celui de la restitution des biens’’, a-t-il indiqué. 

D’après M. Bocoum, ce travail avait déjà commencé en 1976, avec un comité d’experts réuni à Venise et qui s’était dit que la convention de 1970 avait une limite, qu’elle n’était pas rétroactive. ‘’Le problème qui est posé par la déclaration de M. Mbow, en 1978, nous invite tous à lire cette convention. Il y a eu des résolutions et la 20e session a adopté ce document, et des modalités avaient été définies’’, dit-il.

Seulement, il regrette le fait que ‘’les conventions et déclarations ne soient pas très bien suivies’’, saluant le réalisme de l’ancien DG de l’Unesco qui fête ses 100 ans. 

Langage des œuvres africaines

Pour sa part, pour appuyer cette thèse, le professeur de philosophie française et des questions philosophiques en Afrique, Souleymane Bachir Diagne, a insisté sur l’esthétique et la spirituelle des œuvres africaines. Il a invoqué le livre de Felwine Sarr et de Bénédicte Savoy.

Selon le philosophe, ces auteurs dont leur rapport qui est commandité par le président Macron et qui aujourd’hui est devenu un important ouvrage intitulé ‘’Restitution du patrimoine africain’’, ‘’ont rappelé l’action du professeur Amadou Mahtar Mbow sur la question du rapatriement des objets d’art arrachés au continent pour se retrouver sevrés des cosmologies qui avaient présidé à leur création dans des musées en Amérique et en Europe’’.

Ainsi, citant Felwine Sarr et Bénédicte Savoy, M. Diagne souligne que l’appel du Pr. Mbow, le 7 juin 1978, pour ‘’le retour à ceux qui l’ont créé, d’un patrimoine culturel irremplaçable’’, ‘’est l’un des plus beaux textes que le XXe siècle a produit’’. Estimant que la beauté d’un texte repose d’abord sur sa vérité, il indique que celle du propos d’Amadou Mahtar Mbow tenait à ceci qu’à l’emportement de la revendication. ‘’Il avait préféré - et c’est sa coutume même - le calme de la méditation, structure une signification du voyage des objets d’art africains depuis les terroirs qui les avaient vus naitre, jusqu’aux musées européens qui les ont accueillis’’, a expliqué le philosophe. 

Et selon lui, cette signification montre que ce voyage n’est pas un simple déplacement, mais une métamorphose et une recréation de soi, par les objets qui furent arrachés au continent. ‘’Lorsqu’ainsi le directeur général qu’il était déclarait que ‘certaines œuvres partagent depuis trop longtemps et trop intimement l’histoire de leur terre d’emprunt pour qu’on puisse nuer les symboles qui les y attachent et couper toutes les racines qu’elles y ont prises’, il insiste, par ses paroles, sur un aspect important qui est que les œuvres d’art africains sont vivantes : ‘Elles sont continument capables de régénération.’ En d’autres termes, leur arrachement, ne s’est traduit par un assèchement du sens que leur conférait leur inscription dans leurs territoires originels. Au contraire, poursuit Souleymane Bachir Diagne, ‘’elles se sont avérées des forces de vie et d’une énergie créatrice dans leur nouveau cadre où elles ont poussé des racines’’.

Ainsi, il estime que l’art contemporain doit beaucoup aux masques africains. Souleymane Diagne a donné l’exemple des ‘’Demoiselles d’Avignon’’, réalisée à Paris par Pablo Picasso. Une œuvre qui est considérée comme l'un des tableaux les plus importants de l'histoire de la peinture, en raison de la rupture stylistique et conceptuelle qu'il propose. ‘‘Art, cette métaphore des techniques de racines. Les œuvres africaines ont su se traduire dans les langages qui ont renouvelé en profondeur les arts contemporains’’, disait Pablo Picasso.

‘’Ces œuvres (africaines) ont enrichi le monde et l’élan spirituel qui a précédé à leur naissance. Et voilà pourquoi le professeur Amadou Mahtar Mbow, dans cette méditation, dans le même plaidoyer de celui du 7 juin 1978, a déclaré, en parlant des peuples qui ont été des victimes du pillage de leur patrimoine, qu’ils savent que la destination de l’art est universelle’’, explique M. Diagne. Et d’ajouter : ‘’La puissance de la spiritualisation qui transforme la matière en œuvre d’art demeure la visée d’un universel de traduction. Elle sait toujours parler à d’autres aussi dans leur langue.’’

Autrement dit, ces œuvres ont trouvé en elles-mêmes la force de vie qui leur permettait de parler la langue de Picasso, par exemple.  Ce dernier avait, en effet, effacé les visages des ‘’Demoiselles d’Avignon’’ pour finalement les remplacer par des masques africains.  Pour Souleymane Bachir Diagne, l’œuvre de ce peintre européen a su exprimer ce langage-là.   ‘’Et voilà pourquoi les mots du Pr. Amadou Mahtar Mbow nous renseigne aujourd’hui que la restitution n’est pas un simple déplacement dans l’espace qui annulerait un premier déplacement forcé et qui n’est pas du tout contraire au partage’’, dit-il.

BABAR SY SEYE

Section: 
RAPPORT DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DES NATIONS UNIES SUR L’ÉTUDE DE L’AVENIR DE TOUTES LES FORMES D’OPÉRATIONS DE PAIX Quelle lecture pour l’Afrique ?
TENSIONS À LA RTS : L’intersyndicale dépose un préavis de grève et menace de boycotter les JOJ
143e GAMOU DE NDIASSANE : La famille Kounta et l’État en croisade pour la paix et la cohésion nationale
Recel présumé de compteurs et de câbles en cuivre
Agression et viol collectif à Yeumbeul
Conflit au ministère des mines
DÉCLARATION DE POLITIQUE GÉNÉRALE : Le 8 septembre désormais retenu
SAINT-LOUIS : 50e MAGAL DES 2 RAKKAS : Le comité d’organisation renforce la sécurité
FONDS D’APPUI ET DE DÉVELOPPEMENT DE LA PRESSE : Le FADP accélère le traitement des dossiers
ÉDUCATION INCLUSIVE : “Faire l’École Plus” mise sur les médias pour briser les préjugés
ASSAINISSEMENT À NDIASSANE : Cheikh Tidiane Dièye annonce le lancement d’un réseau collectif
Khalife des Khadres
HARCÈLEMENT SEXUEL ET ACTES CONTRE NATURE : Deux personnes interpellées
Village Olympique
Douane
LES JOJ DAKAR 2026 : La culture et le tourisme à l’honneur
MENACES CONTRE BABACAR FALL : Le Cored appelle au calme
AVEC 4,5 MILLIONS DE PERSONNES APATRIDES OU DE NATIONALITÉ INDÉTERMINÉE Le HCR appelle à mettre fin à cette forme durable d’exclusion
DÉTOURNEMENT DE PLUS D’UN MILLIARD DE FRANCS CFA : Un comptable déféré au parquet financier
LUTTE CONTRE LES GROUPES CRIMINELS ORGANISÉS : Le coup de filet d’Interpol dans 22 pays