L’intersyndicale dépose un préavis de grève et menace de boycotter les JOJ

Face à ce qu'ils qualifient de « coup de force » de la direction générale, les syndicats de la RTS ont franchi un nouveau cap, mardi 1er septembre. Ils dénoncent notamment la suspension de l'accord d'entreprise, l'absence de dialogue social et le manque d'investissements. Si leurs revendications ne sont pas satisfaites, ils menacent d'aller jusqu'à la grève et, éventuellement, de boycotter la couverture des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ).
La tension monte d'un cran à la Radiodiffusion télévision sénégalaise (RTS). Réunis au sein de l'intersyndicale regroupant notamment le SYNPICS et le SYNPAP, les travailleurs ont officiellement déposé, ce mardi, un préavis de grève auprès de la Direction générale du Travail, au Point E. Un geste présenté comme inédit dans l'histoire de la RTS. « C'est une première à la RTS que les travailleurs soient poussés à bout au point de déposer un préavis de grève. C'est historique », a déclaré le secrétaire général de la section SYNPICS de la RTS et porte-parole de l'intersyndicale pour l'occasion, Youssouf Kaba.
Au cœur du bras de fer : l'accord d'entreprise de la RTS, dont la suspension par la direction générale est vivement contestée par les syndicats. Selon ces derniers, cette décision a été prise unilatéralement et sans concertation avec les partenaires sociaux. « Le directeur général a suspendu de manière illégale et abusive, sans fondement juridique, l'accord d'entreprise », a accusé Youssouf Kaba, estimant que la direction refuse depuis plusieurs mois d'ouvrir un véritable dialogue avec les représentants des travailleurs.
Deux ans de bras de fer
Pour l'intersyndicale, le problème ne date pas d'hier. Les syndicats affirment se battre depuis près de deux ans pour obtenir le rétablissement de l'accord d'entreprise et dénoncent l'absence de discussions avec la direction. « Depuis qu'il est à la RTS, pas une seule fois il n'a appelé au dialogue, pas une seule fois il n'a accepté de s'asseoir autour d'une table avec nous pour parler des problèmes de la RTS », a soutenu le porte-parole syndical.
Les travailleurs affirment par ailleurs avoir saisi les plus hautes autorités sur cette question. Youssouf Kaba soutient notamment que le président de la République aurait donné des instructions en faveur du règlement du différend. Une démarche qui, selon lui, n'aurait pas permis de débloquer la situation. « Depuis des mois, il refuse de nous rencontrer, il refuse systématiquement de parler de l'accord d'entreprise », a-t-il encore dénoncé.
Au-delà de ce texte, l'intersyndicale dresse un tableau particulièrement sombre de la situation sociale et matérielle de la RTS. Elle évoque notamment l'arrêt de la restauration, la suspension d'un contrat de prestation, mais aussi un déficit d'investissements dans les équipements et dans la formation ou le renforcement du capital humain. Ces travailleurs de la chaîne nationale s'en prennent également à la politique de recrutement de la direction, qu'ils jugent contradictoire avec les difficultés financières régulièrement évoquées au sein de l'entreprise publique.
Les stations régionales dans le viseur
La situation des stations régionales constitue un autre point de préoccupation. Pour l'intersyndicale, ces antennes territoriales seraient progressivement abandonnées. « Toutes les stations régionales sont en train de mourir de leur belle mort parce qu'il n'a investi absolument rien du tout », a affirmé Youssouf Kaba, citant notamment le cas de Matam.
Il accuse également la direction d'avoir « dépouillé » certaines stations de leurs ressources matérielles et humaines. Ces accusations traduisent, selon les syndicats, une crise qui dépasse désormais la seule question de l'accord d'entreprise. Derrière le conflit social, c'est donc aussi la question de l'avenir de l'outil audiovisuel public qui est posée.
Les JOJ comme prochain point de tension
Et l'intersyndicale ne compte visiblement pas s'arrêter au dépôt du préavis. Si aucun compromis n'est trouvé à l'issue de la procédure, elle annonce un durcissement progressif de son mouvement. La couverture des Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026, qui doivent se tenir dans quelques semaines, pourrait ainsi se retrouver au cœur du bras de fer.
« Si rien n'est fait, les JOJ, c'est dans 60 jours certainement, et nous serons obligés de boycotter les JOJ. Ça fait partie de nos plans », a prévenu le porte-parole de l'intersyndicale.
Une menace lourde de conséquences pour la RTS, appelée à jouer un rôle majeur dans la couverture de cet événement sportif international organisé au Sénégal. Pour les syndicats, il ne s'agit toutefois plus d'une simple bataille revendicative. « Là, c'est une question de survie », a martelé Youssouf Kaba.
Avec le dépôt de ce préavis, la balle est désormais dans le camp de la direction et des autorités chargées de la médiation sociale. La RTS, elle, entre dans une zone de turbulences dont l'issue dépendra largement de la capacité des différentes parties à renouer le dialogue.
MAMADOU DIOP






