Publié le 11 May 2023 - 23:05
LENDEMAINS D’AFFRONTEMENTS À NGOR

Accalmie et colère

 

Officiellement, une jeune fille a perdu la vie lors des affrontements de ce mardi entre populations de Ngor et gendarmes. Contrairement à ce que tente de faire croire le gouvernement, des témoins accusent la gendarmerie d'être responsable de la mort de cette fille. Même si, le calme semble revenu, suite à la rencontre entre le président Macky Sall et les notables du village.

 

Au lendemain de la sanglante journée du mardi dernier, Ngor porte encore les stigmates des affrontements ayant opposé manifestants et gendarmes : résidus de pneus brûlés, pierres jonchant le sol, panneaux renversés sur la route. Ce mercredi, le temps d'une accalmie, les populations vaquent à leurs préoccupations. Un appel au calme a été lancé par le président Macky Sall qui a reçu une délégation de notables du village dans la soirée du lundi. Cela a-t-il eu un effet ?

Ce qui est sûr, c'est que Ngor est en train de faire son deuil. Et la population, dans sa globalité, ne décolère pas. Une fille de 15 ans est morte durant la manifestation de ce mardi. La deuxième perte de vie, depuis le début de ce conflit foncier, après le décès d'une vieille dame survenu à cause des gaz lacrymogènes introduits chez elle. Un enfant de 15 ans ! Dans quelles circonstances est-elle morte ?

Le ministre de l'Intérieur s'est empressé de fournir un communiqué sur ce drame. D'après lui, la victime a eu une blessure à la tête. Une blessure qu'aurait causée l’hélice d’une pirogue. ''Elle a été ramenée sur la plage par les vagues et aurait été mortellement touchée dans l'eau, probablement par l'hélice d'une pirogue'', soutient Antoine Félix Diome. ‘’L’opinion publique sera informée, dès que de plus amples informations seront à la disposition des autorités compétentes'', ajoute-t-il. Mais l’opinion a déjà son avis.

''Elle a été tabassée, blessée au niveau de la tête, avant de mourir''

La plage de Ngor où s'est produit l'événement tragique est moins bondée que d'habitude, ce mercredi. On peut facilement compter ceux qui profitent de la brise et/ou se baignent dans l'eau douce. Derrière un célèbre hôtel de la place, un petit groupe de jeunes, assis sur le sable fin, face à une mer bleue jamais agitée, palabrent. Ils étaient témoins de l'événement. Tout se serait passé sous leurs yeux.

L'un d'eux, sous l'anonymat, confie : ''Les gendarmes ont rallié la page en entrant à travers deux portes, coinçant les jeunes. Ces derniers, pour sauver leur peau, n'ont pas trouvé mieux que de rentrer dans l'eau, puisque la plupart savent nager. Mais une fois dans la mer, les gendarmes se sont mis en face et ont commencé à tirer des gaz lacrymogènes et des balles réelles.''

Un peu plus loin de ce groupe de jeunes, à l'ombre d’une grande case, se trouve un groupe de personnes d'un âge adulte. D'après eux aussi, la fille a été tuée, devant les manifestants, par les hommes de tenue.

En débardeur, la cinquantaine révolue, un homme de grande taille, à la petite barbe blanche couvrant seulement le menton et les pommettes, peste : ''La fille est originaire de Guinée. Sa famille s'est récemment installée à Ngor. Elle ne savait pas nager. Donc, elle ne pouvait pas aller loin pour échapper aux gendarmes. Il n'y a pas d'hélice dans une zone où les vagues finissent leur course.'’

''Elle a été appréhendée par les gendarmes, tabassée, blessée au niveau de la tête, avant de mourir devant les populations impuissantes. Le corps a été mis dans un sac de riz vide, trainé le long de la plage, pour aller être déposé dans un hôtel de la place. Il y est resté plus de 5 heures, avant d’être amené à la morgue'', peste un jeune homme.

Sur la toile, à travers des vidéos, l'on voit des gendarmes pourchasser et tabasser des manifestants, tirer des balles présentées comme réelles, etc.

''Ils entrent jusque dans les chambres des gens pour y jeter des lacrymogènes. Ils ont utilisé des couteaux et ont poignardé des gens. Voilà qu'il y a maintenant deux morts'', regrette un jeune Ngorois trouvé sur la plage. ''Les gendarmes doivent savoir qu'ils sont des Sénégalais et que c'est pour veiller sur leurs concitoyens qu'ils portent leur tenue. (Mais) maintenant, ils ne veillent pas sur les Sénégalais. Ils sont préoccupés à protéger les biens des étrangers’’, poursuit-il.

50/50

''Les jeunes sont très en colère contre le maire de Ngor. Ce mercredi matin, ils voulaient manifester leur colère à la mairie, mais des sages les ont dissuadés'', confie une jeune femme trouvée près du jardin ORT-Sen Ngor Almadies.  Sur cette allée, les gendarmes sont toujours postés pour anticiper une éventuelle reprise des manifestations.

''Lors de la rencontre avec le président, il n'a pas dénoncé les violences exercées sur les populations et il n'a pas exigé la libération des manifestants maintenus en prison'', poursuit-elle.

Finalement, sur le terrain de 6 000 m2, objet de litige, l'État compte donner la moitié à la gendarmerie et le reste à la population ngoroise. Et sur un autre terrain, l’État promet d'y construire un lycée. Beaucoup de jeunes ne sont pas d'accord avec ce partage (50/50).

Mais pour le délégué de quartier et selon certains observateurs, c'est un bon deal. ''C'était la revendication principale. Un lycée moderne, c'est 5 000 m2. Le parking fait 6 000 m2. Si on divise ça par deux, ça fait 3 000 m2'', renseigne le délégué de quartier Badara Ndiaye.

Donc, un autre site abritera le lycée. ‘’On va expliquer (aux jeunes) les avantages qu'il y a eu'', dit-il. Néanmoins, si c'est le calme à Ngor et à Ouakam, à Yoff, par contre les souteneurs ont repris les manifestations, hier soir.

BABACAR SY SEYE

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