Échec des négociations, le mot d’ordre maintenu

À quelques heures d'une grève générale de 24 heures qui s'annonce très suivie, le gouvernement a tenté, en vain, de convaincre le Front syndical pour la défense du travail (FSDT) de surseoir à son mot d'ordre. Au terme d'une ultime réunion de crise, le ministre de la Fonction publique, Mamadou Lamine Dianté, a défendu la position de l'État, contestant aussi bien la légalité de la grève que les chiffres avancés par les syndicats sur les licenciements dans le secteur public.
Le bras de fer est désormais engagé. Sauf revirement de dernière minute, le Sénégal connaîtra ce vendredi une grève générale de 24 heures à l'appel du Front syndical pour la défense du travail (FSDT). Malgré une ultime tentative de médiation menée jeudi par le ministre de la Fonction publique, du Travail et de la Réforme du service public, Mamadou Lamine Dianté, les deux parties se sont séparées sans parvenir à un accord. Cette rencontre de la dernière chance visait pourtant à désamorcer une crise sociale qui couve depuis plusieurs semaines. Face à une plateforme revendicative de vingt-huit points, le gouvernement assure avoir apporté des réponses sur chacun des sujets soulevés par les organisations syndicales.
« Les vingt-huit points de revendication ont été examinés et des réponses ont été apportées à chacun d'eux », a déclaré le ministre à l'issue des échanges, avant de réaffirmer la disponibilité du gouvernement à poursuivre les discussions. L'Exécutif regrette toutefois que les syndicats aient choisi de maintenir leur mot d'ordre. « Nous ne demandons pas un renoncement à la grève, mais simplement son report afin de laisser une chance au dialogue. La confrontation n'a jamais été une solution durable », a plaidé Mamadou Lamine Dianté.
Le gouvernement conteste la légalité du mouvement
Au-delà du désaccord sur les revendications, le gouvernement remet en cause la régularité même de la procédure engagée par le Front syndical. Pour le ministre, le mouvement ne respecte ni les dispositions du Code du travail ni celles régissant la Fonction publique. Selon lui, aucun préavis conforme aux exigences légales n'a été déposé. « La légalité de cette grève est fortement contestable. La procédure prévue par la loi n'a pas été respectée, aussi bien dans le secteur public que dans le secteur privé », a-t-il soutenu. Le ministre estime que cette situation prive les travailleurs des garanties juridiques attachées à l'exercice du droit de grève et pourrait les exposer à d'éventuelles sanctions. « Dire la vérité aux travailleurs est aussi une responsabilité. Une grève organisée en dehors du cadre légal n'offre aucune protection aux agents qui y participent », a-t-il insisté.
Dans la foulée, il a tenu à rappeler que « le Code du travail n'est pas le Code du travailleur », estimant que l'action syndicale doit s'inscrire dans le respect des procédures prévues par la loi. Il a également souligné que certaines réformes contestées par les syndicats ont déjà franchi l'étape du Conseil des ministres et ne peuvent plus être remises en cause par une simple négociation administrative. L'un des principaux points de crispation reste la question des licenciements dans plusieurs entreprises et établissements publics. Depuis plusieurs semaines, le FSDT dénonce une vague de « dégraissage » qu'il évalue à près de 3 000 travailleurs. Le gouvernement rejette catégoriquement ce chiffre.
Pour étayer sa position, Mamadou Lamine Dianté affirme avoir convoqué les responsables des différentes structures concernées afin de disposer de données consolidées. Selon les chiffres communiqués par le ministère, 351 travailleurs ont effectivement été concernés par des ruptures de contrat. « Contrairement aux chiffres avancés dans l'opinion, ce sont exactement 351 travailleurs qui ont été impactés. Dans la majorité des cas, il s'agit de contrats arrivés à expiration et qui n'ont pas été renouvelés », a précisé le ministre. Une lecture que contestent les organisations syndicales, qui estiment que les non-renouvellements de contrats participent eux aussi de la politique de réduction des effectifs dénoncée depuis plusieurs mois.
Le ministre a ensuite détaillé la situation dans plusieurs entreprises publiques. Au Port autonome de Dakar, il évoque une décrispation progressive. Sur les agents concernés, 75 ont déjà été réintégrés, tandis que 15 autres devraient retrouver leur poste dans les prochains jours. À Dakar Dem Dikk, le gouvernement distingue les motifs des licenciements. Selon lui, les 41 départs enregistrés concernent 33 abandons de poste et huit cas de malversations.
Au Grand-Théâtre national, un contentieux social a conduit la structure à verser près de 250 millions de francs CFA à d'anciens employés. Trois d'entre eux pourraient toutefois être réintégrés, leurs dossiers étant actuellement à l'étude. Le Fongip demeure l'un des dossiers les plus sensibles. Les neuf agents licenciés contestent le motif d'abandon de poste retenu contre eux, tandis que le différend reste entier entre les deux parties. Enfin, au ministère des Mines, les 44 agents concernés ne seront pas réintégrés dans l'immédiat, les conditions nécessaires n'étant pas encore réunies, selon le gouvernement.
Malgré ces explications, le Front syndical n'a pas infléchi sa position. La coalition continue de réclamer la réintégration des travailleurs licenciés, le respect des accords de stabilité sociale conclus avec l'État, l'ouverture d'un véritable dialogue social, l'abandon des réformes jugées unilatérales des Codes du travail et de la sécurité sociale, ainsi qu'une revalorisation des salaires pour faire face à la hausse du coût de la vie. À quelques heures de la grève, les positions apparaissent plus éloignées que jamais. Le gouvernement mise sur la poursuite du dialogue, tandis que les syndicats veulent transformer cette journée de mobilisation en démonstration de force. L'ampleur du mouvement donnera une première indication sur le rapport de force entre l'État et le Front syndical dans un contexte social particulièrement tendu.
MAMADOU DIOP






