Publié le 25 Jun 2025 - 20:25
GESTION OPTIMALE DES INVESTISSEMENTS AGRICOLES AU SÉNÉGAL

L'IFPRI propose une alternative

 

Une nouvelle étude publiée dans le ‘’Journal of Cleaner Production’’ présente une approche novatrice de l’intensification agricole durable aux implications prometteuses pour la sécurité alimentaire et la conservation des terres au Sénégal. Menée par des chercheurs de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI), l’étude examine comment les décisions des agriculteurs en matière d’utilisation des terres peuvent être guidées par les risques et les rendements relatifs des différentes cultures, à l’instar de la gestion des investissements financiers.

 

Au cours des deux dernières décennies, l’expansion des terres cultivées s’est accélérée dans les pays en développement, contribuant à la déforestation et à la perte de biodiversité. Malgré les gains de productivité, de nombreux pays continuent d’étendre leurs terres cultivées pour répondre à une demande croissante.

En prenant le Sénégal comme exemple, les auteurs montrent que l’extension des terres cultivées vers des cultures à forte valeur ajoutée, comme les fruits et légumes, pourrait réduire le besoin de nouvelles conversions de terres jusqu’à 68 %, d’ici 2030.

L’analyse révèle que l’allocation actuelle des terres cultivées au Sénégal, largement axée sur des cultures vivrières à faible risque et à faible rendement, est en deçà de la ‘’frontière efficiente’’, un critère de référence pour une allocation optimale des investissements agricoles. L’étude montre également que cette réorientation pourrait aider le Sénégal à augmenter son PIB, à réduire la pauvreté et à améliorer la diversité alimentaire, tout en minimisant les émissions et la consommation d’eau.

‘’Nos résultats montrent qu’un investissement plus judicieux et plus diversifié dans les terres cultivées peut produire de meilleurs résultats nationaux sans recourir à des intrants agricoles supplémentaires ni à de nouvelles technologies’’, a déclaré Angga Pradesha, auteure principale, chercheuse principale à l’IFPRI et doctorante à l’université Humboldt de Berlin. ‘’Il s’agit d’une alternative pratique aux stratégies traditionnelles de conservation des terres plutôt que de partage des terres, car elle vise à réaliser des économies de terres à long terme grâce à une meilleure utilisation des ressources existantes’’.

‘’Cette étude se distingue par l’intégration de la théorie du portefeuille à la modélisation d’équilibre général calculable, une approche qui nous permet d’évaluer les arbitrages en matière d’investissement dans l’agriculture tout en intégrant la dynamique réelle du marché’’, a déclaré Khalid Siddig, co-auteur, chercheur principal et responsable du Programme d’appui à la stratégie pour le Soudan à l’IFPRI. ‘’Cette combinaison offre aux décideurs politiques un outil puissant pour évaluer l’impact des différentes allocations de terres cultivées, non seulement sur les agriculteurs, mais aussi sur l’économie et l’environnement dans leur ensemble’’.

L’étude encourage les décideurs politiques à adopter une perspective plus large, à l’échelle de l’économie, lors de la planification des investissements agricoles, en prenant en compte le risque, le rendement et les interconnexions entre les secteurs. Des soutiens ciblés, tels que le développement des infrastructures, l’amélioration de l’accès au crédit et d’autres mesures de réduction des risques, pourraient aider les agriculteurs, en particulier les petits exploitants, à devenir moins réticents au risque et plus disposés à adopter des portefeuilles de cultures plus risqués, mais potentiellement plus rentables.

‘’Bien que cette étude se concentre sur le Sénégal, le cadre que nous avons développé peut être adapté à d’autres pays confrontés à des pressions similaires liées à l’expansion des terres cultivées et à la demande alimentaire’’, a déclaré James Thurlow, coauteur et directeur de l’Unité de prospective et de modélisation des politiques à l’IFPRI. ‘’Cette méthodologie offre aux gouvernements un moyen pratique d’explorer comment des décisions plus judicieuses en matière d’utilisation des terres, fondées sur les risques et les rendements des cultures, peuvent progressivement améliorer la sécurité alimentaire et la durabilité à grande échelle’’.

F. BAKARY CAMARA

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