Publié le 23 Apr 2016 - 18:51
ANNEE BLANCHE EVITEE EN 2012, 2015 ET 2016

L’Ecole publique, une éternelle rescapée

 

La sortie du ministre de l’Education nationale, Serigne Mbaye, ressemble étrangement à celle de l’année passée et au même moment. Cette même affirmation a été faite en 2012 par Ibrahima Sall, l’ancien patron de l’Education. D’une année à l’autre, mêmes déclarations, étayées par les mêmes arguments. Au lieu de chercher à avoir une année normale, les autorités attendent toujours que l’Ecole publique soit au bord du précipice pour réagir.

 

‘’Je puis vous dire qu’il n’y aura pas d’année blanche ou invalide. Le quantum horaire sera atteint et les examens scolaires seront organisés à date échue. (…) Le temps perdu dans les grèves diffère d’un établissement à un autre (…). Le maximum de grèves que nous avons constaté varie entre 5 jours et 12 jours et cela ne concerne pas tous les enseignants’’. Ces propos du ministre de l’Education nationale, tenus avant-hier, ont un goût du déjà entendu. Et c’est effectivement le cas. L’année dernière, presque jour pour jour, Serigne Mbaye Thiam avait les mêmes mots à la bouche pour rassurer les parents.

Le jeudi 23 avril 2015, à l’occasion du passage du gouvernement à l’Assemblée nationale, la tutelle disait ceci : ‘’Je voudrais rassurer les parents et les populations. Ces grèves ont certes un impact sur les enseignements, mais ce matin, de 10 heures à 13 heures, j’ai tenu une réunion d’évaluation avec les 16 inspecteurs d’académie du Sénégal pour voir l’impact de la grève en termes d’heures perdues et sur les classes d’examen. Mais aujourd’hui il n’y a pas de risque d’année blanche et les classes d’examen ont été relativement épargnées’’.

Le patron de l’Education justifiait cette affirmation par le fait que la grève a été plus suivie dans les zones rurales qu’en milieu urbain. D’une année à l’autre, mêmes déclarations, étayées par les mêmes arguments. A savoir qu’il n’y a pas de risque d’une année perdue et que cela s’explique par les disparités et le faible impact sur les enseignements/apprentissages. Cette similitude des propos d’hier du ministre de ceux d’il y a 12 mois est la preuve par quatre que l’école sénégalaise est une éternelle rescapée.

D’ailleurs, la coïncidence est plus frappante avec les dates. La déclaration de 2015 a eu lieu le jeudi 23 avril. Celle de 2016 a été faite le jeudi (encore) 21 avril. Soit deux jours de près pour que ce soit la même date, le même mois et le même jour de la semaine. Ainsi donc, au lieu de chercher à avoir une année normale, les autorités attendent toujours que la situation soit critique, que l’école publique soit au bord du gouffre pour agir. A partir de ce moment, toutes les solutions de colmatage sont bonnes. L’essentiel est qu’il n’y ait pas d’année blanche.

Et c’est exactement ce qui a été fait en 2012. Là aussi, il est important de voir combien la sortie d’Ibrahima Sall, premier ministre de l’Education sous le régime de Macky, ressemble à celle de son successeur. A cette époque, la classe politique avait affiché une indifférence quasi-générale, préoccupée uniquement par la présidentielle de février/mars. Les enseignants qui avaient refusé de se plier au contexte ont observé une longue grève. L’année était presque perdue. Le gouvernement a fini par faire des propositions de sortie de crise de 5 mois.

Voici ce que disait Ibrahima Sall : ‘’Il n’y aura pas d’année blanche ; pas de bachotage, ni de bâclage des cours ; la validité des diplômes ne souffrira d’aucune contestation. Les intérêts des enfants seront sauvegardés, aucune partie ne sera lésée’’, disait le ministre Sall au détour d’une conférence de presse. Curieusement, les arguments avancés aujourd’hui par Serigne Mbaye Thiam pour défendre sa thèse sont exactement ceux qu’avait utilisés son prédécesseur au département. ‘’L’analyse exhaustive de la situation faite à partir des données remontées par les inspecteurs d’académie montre une disparité sur le niveau de perturbation des enseignements/apprentissages’’, se justifiait-il. 

4 semaines pour rattraper 5 mois

Pourtant, en dépit de cette déclaration, Ibrahima Sall a pris la décision de prolonger l’année et de modifier complètement le calendrier. L’année s’est arrêtée en fin juillet et le mois d’août a été retenu pour les vacances. Les examens ont eu lieu en deux sessions au choix, août et novembre. ‘’Le mois de septembre sera un mois de consolidation, de renforcement des enseignements/apprentissages pour les établissements réellement perturbés. La rentrée scolaire 2012/2013 est maintenue à date échue’’. Autrement dit, les élèves devaient retourner en classe pour le mois de septembre pour rattraper le temps perdu.

A l’époque, nous avons fait le tour de beaucoup d’établissements publics touchés par la grève. Pas un seul n’avait respecté la directive du ministre. Dans certains établissements, les élèves ne se sont même pas présentés. Dans d’autres, les responsables n’ont pas jugé nécessaire d’organiser les cours. Ailleurs, la situation ne s’y prêtait même pas. Il suffisait de voir l’école Falilou Kane de Pikine avec ses classes inondées pour savoir que cet établissement-là ne pouvait abriter des cours au mois de septembre. L’année scolaire 2012/2013 a été donc effectivement bâclée. Cette année encore, Serigne Mbaye Thiam soutient que le total des perturbations ne dépasse pas 12 jours. Une question se pose dès lors, s’il n’y a que 5 à 12 jours de grèves effectives, pourquoi le ministre évoque-t-il l’idée d’une année blanche ou invalide ?

BABACAR WILLANE

 

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