Publié le 2 Apr 2015 - 18:28
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Quand Mékhé huile le marché 

 

Depuis 2012, le raffinage et la vente de l’huile végétale à base d’arachide, dans la commune de Ngaye Mékhé, crée beaucoup d’emplois dans ladite localité. Mieux, ces activités ont considérablement amélioré les revenus de nombre de femmes qui, souvent réunies autour de GIE,  s’y adonnent au quotidien. Zoom sur de braves femmes qui arrivent à ravitailler de nombreux ménages, avec cette denrée de première nécessité tant prisée. Et l’espoir de renaître avec l’huile végétale.       

 

Neuf heures du matin, ce lundi 30 mars. Le soleil se dévoile, déjà accablant, exténuant. Nous sommes dans la lointaine localité de Ngaye Mékhé, au cœur du Cayor. Une contrée perdue dans les mystères du département de Tivaouane, où les gens, pour la plupart de la communauté «ceddo», ont comme philosophie de braver la mort plutôt que de brader leur honneur. De vaillantes dames qui ont compris que seul le travail paie et que la réussite est au bout de l’effort. Le lundi est choisi comme jour de marché hebdomadaire. Dans ce lieu de commerce, on y trouve du tout : des miches de pain entières ou débitées, du sucre, des pâtisseries locales, des tissus de tout genre, des sandales made in ‘’Ndalou Ngaye’’.

Sur les lieux se dressent les abris de fortune des vendeuses et revendeuses de nourriture. Proprement mises, elles interpellent, avec la manière, les clients qu’elles appellent devant leurs étals très fournis, bourrés d’une variété de mets délicieux. Un peu à l’écart, dans un recoin du marché, Fatou Diop a installé son comptoir. Restée assise sur un petit banc en bois, les jambes légèrement écartées, notre bonne dame surveille les va-et-vient des passants, au milieu d’une foule compacte et enthousiaste. Un peu à sa droite s’entassent de nombreuses bouteilles d’huile végétale vides. Et devant elle, une bouteille pleine, remplie du liquide plus que précieux. A sa gauche, un grand bol en aluminium contenant une eau noirâtre à la surface de laquelle flotte un pot, à côté d’une cuillère trempée dedans. Fatou ne vend pas à la criée. Placidement, elle attend les clients, dans une bonne ambiance de palabre avec d’autres amies commerçantes.

‘’Ce sont les clients qui ont besoin de nous qui viennent vers nous et non le contraire, parce qu’on fabrique de la qualité’’, bégaie-t-elle. Quand un client se présente, elle se lève, fait son offre avec satisfaction et regagne sa place. Sa voisine s’appelle Bercy Ndiaye. Confortablement assise sur une chaise, les jambes croisées, elle explique, dans un langage clair et limpide, le processus de transformation des graines d’arachide en huile végétale.

Eliminer l’aflatoxine de l’huile

A en croire l’animatrice évoluant à l’union des regroupements paysanne de Mékhé (Ugpm), le choix de la matière première est l’une des exigences de la ligne de production. Elle explique comment  la matière première doit être de qualité, pour que le produit transformé soit, partant, de qualité. Elle doit être bien choisie. Il s’agit de s’assurer que les graines ne sont pas trouées, ni immatures ou moisies. Ensuite, ajoute-t-elle, ‘’vient le triage qui permet d’éliminer tous les produits indésirables, pour s’assurer de la qualité du produit fini. Les corps étrangers, les graines immatures, les moisies, ainsi que celles qui sont attaquées par les insectes et rongeurs, comme l’Aspergillus flavus, le champignon qui produit l’aflatoxine, sont systématiquement écartés’’, indique-t-elle. Elle souligne que le respect des règles d’hygiène leur a permis de garantir l’innocuité des produits et allongé leur durée de conservation. La troisième étape de la transformation tourne autour du dépelliculage. Une telle opération permet de séparer les pellicules qui laissent des tâches sur la pâte et les germes qui donnent un goût amer au produit.

Aussi, une seconde opération de décantation est faite, pour débarrasser l’huile des impuretés. Enfin, ‘’la réduction de la teneur en aflatoxine et des impuretés est faite par un système de filtrage, à travers l’utilisation d’un micro unité de filtrage mise au point par l’institut de technologie alimentaire (ITA)’’. Et de poursuivre : ‘’L’utilisation de l’argile (attapulgite) permet de réduire les aflatoxines et rendre l’huile plus claire. Nous mettons 200g de ce produit sur 20 litres d’huile. Nous le mélangeons, puis nous le mettons dans la machine avant de le laisser reposer pendant trois tours d’horloge. Intervient, par la suite, la procédure d’extraction’’.

Ces bonnes dames d’ajouter qu’avec cette unité, les revenus des femmes de la localité ont considérablement augmenté, voire doublé. Elles expliquent : ‘’Autrefois, quand les femmes prenaient leur produit pour aller le vendre à la capitale, Dakar, certains malveillants se permettaient de dire que l’huile en question donnait le cancer à cause de l’aflatoxine qu’il contenait. Les agents du service d’hygiène nous harcelaient tout le temps. Ils confisquaient nos bidons d’huile pour, ensuite, les détruire. Aujourd’hui, Dieu merci, cet état de fait n’est qu’un mauvais souvenir. Parce que nous sommes maintenant reconnues sur le marché. Les acheteurs nous viennent de presque toutes les localités pour s’approvisionner’’.

Un chiffre d’affaire de 7,5 millions

Le chiffre d’affaire de nos vaillantes femmes de Ngaye Mékhé est aujourd’hui revu à la hausse. Ces dernières, aujourd’hui, vendent mieux leur huile qu’autrefois. ‘’Il nous arrivait que l’huile reste des semaines sans être vendue, mais avec le raffinage, ça marche comme sur des roulettes’’, informe Fatou Diop, une grande transformatrice. Elle explique : ‘’Chaque lundi, les femmes écoulent environ quatre à cinq bidons de 20 litres par transformatrice. Et ici, nous sommes à peu près 75 femmes transformatrices. Le bidon de 20 litres nous revient à 20 milles francs’’. Aujourd’hui, ces courageuses femmes parviennent même, parallèlement, à exercer beaucoup d’autres activités, avec leurs revenus tirés de la vente de l’huile végétale. ‘’Nous faisons, entre autres, de l’élevage, pour vous signifier que les recettes sont assez bonnes’’, souligne l’une d’elles.

NDEYE FATOU NIANG THIES

 

 

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