Publié le 2 Apr 2020 - 17:16
DEMANDE DE LIBÉRATION D’HISSENE HABRE

Les victimes rejettent la demande de l’ONU

 

L’Association des victimes des crimes du régime d’Hissène Habré est contre sa demande de libération. Selon elle, la détention de l’ancien président tchadien n’a rien à voir avec la situation de risque de contamination au sein des prisons décrite par l’Onu.

 

L’Association des victimes de crimes du régime d’Hissène Habré (AVCRHH) pense que la crise sanitaire que traverse le monde, avec la pandémie du coronavirus, ne doit pas servir d’excuse à la libération anticipée d’Hissène Habré. Dans un communiqué reçu hier à ‘’EnQuête’’, les victimes déclarent que l’ancien dictateur ‘’est protégé du virus’’. Dans la note, elles dénoncent le fait que, ‘’depuis sa condamnation, ses soutiens réclament sa libération pour des motifs fallacieux, comme de fausses rumeurs de maladie. Et la pandémie de Covid-19 a entraîné de nouveaux appels pour sa libération, notamment suite à une déclaration récente de l’Onu’’.

Elles font référence à la dernière sortir du haut-commissaire des Nations Unies aux Droits de l’homme, Michelle Bachelet. Le 25 mars dernier, elle appelait ‘’les gouvernements à prendre des mesures d’urgence pour protéger la santé des personnes en détention. Elle demande notamment que des prisonniers soient libérés pour réduire le nombre de détenus, afin de réduire les risques de contagion’’. Madame Bachelet défend que ‘’dans de nombreux pays, les centres de détention sont surpeuplés et représentent même un danger, dans certains cas. Les gens sont souvent détenus dans de mauvaises conditions d’hygiène et les services de santé sont insuffisants, voire inexistants. L’éloignement physique et l’isolement sont pratiquement impossibles, dans de telles conditions’’.

Les conditions citées ici ne sont pas celles dans lesquelles vit Hissène Habré. ‘’Hissène Habré est détenu seul dans une cellule avec, comme il se doit, de bonnes conditions d’hygiène et a accès au système de santé. Il n’est pas en contact avec d’autres détenus et ne risque donc pas d’être contaminé à cause de la promiscuité qui existe dans beaucoup de prisons. Il semble donc suffisamment protégé du virus’’, soulignent-elles. Et indiquent que l’article 26.3 du statut des Chambres africaines extraordinaires prévoit expressément que l’Etat de l’exécution des peines, ici le Sénégal, est ‘’lié par la durée de la peine’’ prononcée par les chambres, c’est-à-dire la réclusion à vie.

‘’Il faut démontrer que l’état de santé est incompatible avec le maintien en détention’’

Par ailleurs, les victimes rappellent que le Comité des Nations Unies contre la torture a rappelé au Sénégal, au mois de décembre 2019, au sujet d’Hissène Habré, que ‘’la libération prématurée des auteurs de crimes internationaux les plus graves n’est pas conforme aux obligations découlant de la Convention contre la torture’’. Les victimes reprennent, à ce propos, la déclaration du rapporteur du Comité contre la torture, Sébastien Touzé, au micro de RFI, le 7 janvier 2020, qui disait qu’il faut ‘’démontrer que l’état de santé est incompatible avec le maintien en détention pour que Hissène Habré puisse être libéré de manière anticipée’’.

Pour eux, les récentes grâces présidentielles accordées par Macky Sall n’ont pas concerné les auteurs de viols et autres crimes graves, qui doivent demeurer sévèrement punis. ‘’Hissène Habré a notamment été condamné pour crimes contre l’humanité, torture, esclavage forcé et pratique massive d’exécutions sommaires, soit des crimes qui nécessitent une sanction exemplaire’’, rappelle-t-on. Non sans mentionner que sa présence en prison est donc toujours justifiée, d’autant plus qu’il continue de refuser d’indemniser ses victimes.

‘’Ces dernières, dont beaucoup vivent dans la précarité et n’ont pas accès aux soins médicaux, rappellent que les Chambres africaines extraordinaires ont condamné Habré à verser plus de 80 milliards de francs CFA à celles et ceux qu’il a fait torturer, violer et disparaître. En trois ans, il n’a toujours pas versé un seul centime’’.

Cependant, elles tiennent à assurer à leurs frères et sœurs sénégalais de ‘’leur solidarité, alors que le Sénégal, comme le Tchad, fait face à la pandémie du coronavirus’’.

AIDA DIENE

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