Publié le 29 Mar 2014 - 01:32
EGYPTE

La peine de mort expliquée en quelques points

 

Dans son rapport annuel sur la peine de mort dans le monde, Amnesty International (AI) a pu établir le nombre de condamnations à la peine capitale, mais n'a pas été en mesure d'établir le nombre de sentences effectivement exécutées. Ces chiffres ne sont pas publiés par les autorités égyptiennes. « Ils sont d'autant plus difficiles à obtenir du fait de l'instabilité de la situation et des changements continuels de gouvernement », précise Anne Denis, responsable de la commission sur l'abolition de la peine de mort chez AI.

 

L’Égypte applique-t-elle la peine de mort ?

Les tribunaux égyptiens ont prononcé au moins 109 sentences capitales en 2013 ; 91 en 2012 et 123 en 2011, selon Amnesty international. La dernière exécution connue de l'organisation a eu lieu en octobre 2011. Il s'agissait de la pendaison d'un homme condamné pour avoir tué six coptes et un policier lors d'une fusillade en janvier 2010. « L’Égypte condamne à mort depuis de très nombreuses années. C'est une tendance déjà pré-révolutionnaire et le pays continue à le faire. L'opinion publique est favorable à la peine de mort », commente Mme Chemin.

L’Égypte et ses voisins régionaux

Pour l'année 2013, l’Égypte figure en tête du nombre de sentences à la peine capitale prononcées dans les pays de la région Moyen-Orient/Afrique du Nord, selon AI : Algérie (au moins 40), Arabie saoudite (au moins 6), Autorité palestinienne (au moins 14 ; 13 à Gaza ; 1 en Cisjordanie), Egypte (au moins 109), Émirats arabes unis (au moins 16), Irak (au moins 35), Iran (au moins 91), Jordanie (au moins 7), Koweït (au moins 6), Liban (au moins 7), Libye (au moins 18), Maroc et Sahara occidental (10), Qatar (6), Tunisie (au moins 5) et Yémen (au moins 3).

Dans quel contexte la peine capitale a-t-elle été prononcée ?

« Au cours de la dernière année, la peine capitale a été prononcée en Egypte dans le cadre de manifestations violentes, de réactions aux décisions politiques, ayant conduit à des meurtres », indique Mme Chemin.

L'organisation alerte sur le non-respect de procédures équitables dans nombre des procès ayant conduit à des condamnations à mort. Le 9 mars 2013, un tribunal pénal du Caire a ainsi prononcé 21 condamnations à mort dans le cadre de l'affaire des violences liées à une rencontre de football à Port Saïd en 2012, qui s'étaient soldées par la mort de 74 personnes. L'enquête menée par Amnesty International sur les faits survenus et le procès qui a suivi ont montré que certaines personnes avaient avoué sous la torture ou après avoir subi des mauvais traitements.

« Les procès sont loin d'être équitables en Egypte. Il y a notamment le problème spécifique des procès inéquitables de civils devant les tribunaux militaires », poursuit la responsable d'Amnesty International. Amnesty International est opposée aux procès de civils devant des tribunaux militaires, qui sont foncièrement iniques et violent un certain nombre de garanties d'équité.

En 2012, au moins 17 des 123 personnes condamnées à mort ont été jugées devant un tribunal militaire, et deux l'ont été en 2013. L’assemblée constituante a approuvé le 1er décembre une nouvelle Constitution pour remplacer celle adoptée sous le gouvernement de Mohamed Morsi en 2012. Le texte, entre autres dispositions, autorise toujours le jugement de civils par des tribunaux militaires.

L’Égypte pourrait-elle modifier l'application de la peine capitale ?

Amnesty International a eu connaissance d'avant-projets rédigés par les autorités au pouvoir en Égypte, prévoyant l'adoption de nouvelles dispositions de lutte contre le terrorisme, qui étendraient le champ d'application de la peine de mort.

Ces avant-projets prévoient l'imposition de la peine capitale pour un large éventail d'infractions, notamment pour la constitution d'une « organisation terroriste », la participation à des « actes terroristes » entraînant la mort ou le fait d'être à la tête d'une « bande » qui s'en prend aux forces de sécurité. En décembre 2013, les autorités ont officiellement déclaré « organisation terroriste » le mouvement des Frères musulmans.

D'après l'ONU, la peine de mort ne peut être appliquée que lorsqu'il s'agit des crimes les plus graves, ce qui n'est pas le cas de l'appartenance à un groupe politique illégal ou la participation à des manifestations.

Lemonde.fr

 

 

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