Publié le 27 May 2014 - 11:20
ESPACE UNIVERSITAIRE

La politisation du mouvement étudiant en question

 

Les partis politiques ont-ils aujourd'hui les moyens et le dessein d'infiltrer le mouvement étudiant en le mettant à leur service ? La question divise quelque peu les acteurs politiques interrogés par EnQuête, mais tous se rejoignent sur des points : les étudiants, de plus en plus dépolitisés, n'ont plus les capacités d'organisation et de mobilisation dont disposaient leurs devanciers...

 

Considérée comme un temple du savoir, l'université est devenue au fil du temps un lieu de violences perpétuelles, avec ces affrontements classiques entre étudiants et forces de l'ordre. Circulation bloquée, usagers pris en otage, biens publics et privés cassés sans discernement aucun, cours suspendus... Tout y passe. Les responsabilités de cette réalité déplorée par tous sont souvent (à tort ou à raison) imputées à des partis politiques, notamment d'opposition, de manière invariable et selon les alternances au pouvoir. 

«Gros bras miliciens»

Selon le porte-parole du Parti socialiste (PS), Abdoulaye Wilane, ''l'influence qu'exercent les partis politiques dans l'espace universitaire a toujours été une source d'instabilité''. À l'en croire, ''les étudiants, les yeux fermés, se laissent toujours aller dans la ''milicisation'' de l'action politique au niveau de l'université''. Résultat : ''on a plus de gros bras à l'université que de grosses têtes bien faites'', se désole Wilane. ''On est dans le champ de la manipulation. On manipule les étudiants pour régler des problèmes politiques ou politiciens'', soutient le maire de Kaffrine. ''Que ce soit sous Senghor ou sous Abdou Diouf, les étudiants de l'opposition qui étaient pour la plupart des rouges ou des communistes étaient considérés comme les fauteurs de troubles au sein de l'espace universitaire et même au-delà, comme des anarchistes.''

«Peu de transparence en milieu estudiantin»

A rebours, le secrétaire général de la Ligue démocratique est d'avis que les partis politiques n'exercent plus aucune influence sur le milieu universitaire. ''Je ne pense pas que l'influence des partis politiques soit une source d'instabilité dans l'espace universitaire.» Pour Mamadou Ndoye Mendoza, la vérité est que «il n'y a aucune bataille entre les mouvements estudiantins issus des partis et qui essaiment un peu partout au sein du campus universitaire''.

En outre, ''on ne sait même pas aujourd'hui qui dirige le mouvement estudiantin parce qu'il y a très peu de transparence maintenant dans ce milieu'', explique-t-il. Dans le passé, ''on avait une organisation des étudiants dont on connaissait les dirigeants élus par les étudiants, on savait à quel parti ils appartenaient et on mesurait l'influence qu'ils avaient dans l'espace universitaire.

Mais aujourd'hui, on ne connaît même pas les organisations des étudiants. C'est cela le problème''. Témoin de l'évolution du mouvement étudiant, Moctar Sourang, ex-militant du Rassemblement national démocratique (RND), a sa petite idée sur la question : «Vous savez, les étudiants d’aujourd’hui ne sont pas politiques, ils ne sont pas très bien organisés. Il est donc possible qu’il y ait des mouvements et/ou actions incontrôlés», dit-il.

Les partis de gauche...

Membre du G88, Me El Hadj Diouf, leader du Parti des travailleurs du peuple (PTP), témoigne : ''Alors que les grands partis comme le PS et le PDS occupaient le devant de la scène politique, ce sont les partis de gauche comme Ld, Pit, Aj/Pads, Pai, etc. qui ne parvenaient pas à occuper le terrain politique qui exerçaient beaucoup d'influence sur l'espace universitaire.''

Ce que ne conteste pas Mamadou Ndoye Mendoza qui juge possible le fait que des partis politiques instrumentalisent leurs mouvements étudiants en vue de créer des troubles à l'université. Dans la foulée, Abdoulaye Wilane est convaincu, par exemple, que Me Abdoulaye Wade, «en dépit de son âge avancé», continue d'influencer le milieu universitaire. «Depuis son retour au pays, il ne cesse de rencontrer les étudiants, des forces sociales organisées qu'il met en ordre de bataille dans son combat politique ou politicien'', accuse-t-il.

«Il faut une police universitaire»

Moctar Sourang, autre membre de G88, tente d'expliquer la situation actuelle à partir d'un autre contexte. «Ce qui se passe à l’université, ce n’est pas un problème d’infiltration... Le 22 janvier 1987, c’est moi-même qui avais présidé l’assemblée générale devant la direction du Coud. Vous connaissez ce qui était la raison de cette grève : retard dans le paiement des bourses.

Nous avions alors décrété 24 heures non renouvelables et après cela, il y a eu des violences inouïes. Cela n’avait rien à voir avec ce qui se passe aujourd'hui. C’était pire. On a défoncé une centaine de portes de chambres au pavillon A, on a balancé des gens depuis le troisième étage, il y a des personnes qui ont eu des fractures, des traumatismes crâniens, d’autres qui ont perdu leurs dents, etc.» 

Des manipulés, les étudiants ? «A l’époque, on nous disait que c’étaient les politiques qui étaient derrière nous. Mais je vous assure que personne ne nous manipulait y compris le président Wade. Quand il était sorti de prison, il avait demandé qu’on lève le mot d’ordre, on lui avait dit niet, en lui faisant savoir qu’on le soutenait pour des raisons démocratiques.» Solution esquissée : «Le problème, c’est la question des forces de l’ordre. Il faut qu’il y ait une police universitaire (…) quitte à recruter des privés...»

MOMAR DIENG & ASSANE MBAYE

 

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