Publié le 31 Aug 2012 - 20:06
EXÉCUTIONS EN GAMBIE

Jammeh va-t-il rendre les corps des Sénégalais ?

 

Alors que la vie des compatriotes Saliou Niang Omar Aïdara est suspendue au bon vouloir du dictateur gambien Yaya Jammeh, se pose la question du rapatriement des corps de Tabara Samba et Djibril Sow déjà exécutés par la justice gambienne. Jammeh serait peu enclin à rendre les corps.

 

Aujourd'hui, tout porte à croire que les dépouilles Tabara Samba et Djibril Sow ne reverront jamais le Sénégal. Selon, nos interlocuteurs, ''ces deux corps constituent des preuves matérielles des exactions du dictateur gambien qui est sous le collimateur de la justice internationale''. En effet, explique-t-on, ''étant donné que les exécutions n'ont pas été faites dans les règles de l'art, il est peu probable que Jammeh accepte de rendre les corps aux autorités sénégalaises''.

 

Une justice ''mercerarisée''

 

D'ailleurs nos interlocuteurs attirent notre attention, sur les curiosités de la justice gambienne ''mercenarisée''. ''Tous les hauts magistraux de la Gambie sont des étrangers'', nous révèle-t-on. La Cour suprême, la Cour d'appel, le Parquet général, la Haute cour de justice, de même que les tribunaux régionaux et départementaux sont dirigés, soit par des Nigérians, soit par des Ghanéens ou encore par des Sierra-Leonais. Quid des Gambiens ? ''Ils sont chassés de la magistrature et se sont réfugiés au niveau du barreau'', souffle-t-on. Me Demba Ciré Bathily parle de ''mercenaires juristes'' qui n'ont aucun lien affectif avec le peuple gambien''. Pire, l'avocat sénégalais explique qu'il s'agit de magistrats qui ''n'auraient même pas pu être juges dans leurs pays''. Le représentant de Amnesty international Sénégal parle d'une ''justice de dévotion''.

 

Jammeh : ''Bilahi, Walahi, wa Talahi, je vais tuer les condamnés''

 

Qui va arrêter Yaya Jammeh ? La question mérite d'être élucidée eu égard aux informations en provenance de la Gambie qui font état de la détermination du président Yaya Jammeh à aller au bout de sa logique meurtrière. Dans un élément sonore posté par le site gambien freedomnewspaper.com. La scène se passe le lendemain de la fête de la Korité, le despote gambien, recevant des imams et des membres du clergé catholique, jure sur le Coran qu’il exécutera les prisonniers condamnés à mort. ''Bilahi, Walahi, wa Talahi, déclare-t-il dans l'élément sonore, je vais tuer les condamnés à mort qui peuplent les prisons gambiennes. Que je boive du vin et consomme de la viande de porc, si je ne m'acquitte pas de ce serment !'' En effet, dans son délire, le despote explique aux religieux qu'il leur avait enjoint, ''en 2008'', de contribuer à la baisse de la criminalité dans le pays, à travers leurs prêches et leurs sermons. Ainsi, constatant leur échec, il se charge de régler le problème, en exécutant les prisonniers qui peuplent les prisons gambiennes.

 

Aujourd'hui, cette preuve de la folie meurtrière du roitelet gambien jette la lumière sur le traitement insultant qui a été réservé à l'émissaire du gouvernement sénégalais, en l'occurrence le ministre de l'Économie et des Finances, en terre gambienne. Venu lundi s'entretenir avec le président gambien de la situation des prisonniers sénégalais condamnés à mort, le ministre sénégalais n'a jamais pu parler à Jammeh. Amadou Kane a été reçu par la vice-présidente qui lui a lui servi un laïus conventionné sur les relations séculaires entre les deux pays, alors que le soir même de l'entretien, l'État gambien annonçait l'exécution des deux Sénégalais.

 

Une purge ?

 

Si on se réfère aux informations en provenance de Gambie, selon lesquelles ''seuls quatre ou cinq prisonniers sont des condamnés de droit commun et que les autres condamnés sont des prisonniers politiques'', combinées à la ''folie'' qui s'est emparée du dictateur gambien depuis la prédiction d'un coup d'État en Gambie prêtée à Selbe Ndom, rien ne devrait arrêter la fièvre destructrice qui s'est emparée de Yaya Jammeh. Englué dans une logique de préservation de son trône, Yaya Jammeh paraît plus que jamais déterminé à mener une purge qui ne saurait souffrir aucune concession. Tellement il semble faire peu de cas des ''gesticulations des officiels sénégalais'' et des pressions de la communauté internationale. Sur l'autel de la préservation de son pouvoir, les frêle existences de Saliou Niang et d'Omar Aïdara ne sauraient constituer un obstacle. D'ailleurs, selon les informations reçues par Enquête, à ce jour, 26 des 47 prisonniers ont été exécutés entre dimanche et mardi dernier. Les condamnés restants, dont les Sénégalais, seront exécutés lundi prochain.

 

Gaston COLY

 

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