La Coalition Diomaye Président fait bloc contre le “détournement” de la révision constitutionnelle

Face à ce qu'elle qualifie de manœuvre parlementaire orchestrée par les députés de Pastef, la Coalition Diomaye Président est montée au créneau lors d'une conférence de presse, ce dimanche. Dénonçant une entreprise de vengeance politique et une fraude républicaine, les leaders de la coalition présidentielle appellent à un arbitrage populaire par voie de référendum pour préserver l'équilibre historique des institutions sénégalaises.
La stabilité démocratique du Sénégal, érigée en modèle depuis 1960 grâce à un régime présidentiel équilibré, traverse une zone de turbulences inédite. Réunie en conférence de presse, la Coalition Diomaye Président a vivement fustigé les modifications apportées par l'Assemblée nationale au projet de révision constitutionnelle initialement proposé par le chef de l'État, Bassirou Diomaye Faye.
Pour la superviseure générale de la coalition, Aminata Touré, le texte soumis aux députés a fait l'objet d'un véritable dévoiement destiné à affaiblir les prérogatives présidentielles au profit exclusif du pouvoir législatif. Elle qualifie cette démarche de pouvoirisme et de recherche effrénée de pouvoir, au détriment des urgences économiques et sociales qui assaillent le quotidien des Sénégalais.
Selon l'ancienne Première ministre, la rupture initialement promise par le président de la République, fondée sur les conclusions des Assises nationales et des dialogues récents, a été totalement dénaturée à la suite du limogeage de l'ancien Premier ministre, Ousmane Sonko, le 22 mai dernier. Aminata Touré affirme sans détours que la révision constitutionnelle est devenue un instrument de représailles utilisé par une majorité parlementaire à la dévotion de son président pour régler des comptes politiques.
Face à cette situation, elle martèle le refus catégorique de sa mouvance face à cette tentative de réduire le président à un simple exécutant du Parlement et exige le retrait immédiat des amendements politiciens, rappelant avec force que 135 députés ne représentent pas le peuple sénégalais et que la charte fondamentale n'appartient ni à un clan, ni à un parti.
La dénonciation d'une manipulation politique
Emboîtant le pas à la superviseure générale, Me Abdoulaye Tine s'est montré particulièrement incisif à l'égard du processus engagé au sein de l'hémicycle. L'avocat et leader politique accuse ouvertement les initiateurs des amendements de vouloir briser le consensus démocratique sans aucune concertation préalable avec les forces vives de la nation.
Pointant du doigt la confusion qui règne actuellement dans l'espace public, il a insisté sur l'impératif de clarté envers les citoyens. « Il faut faire face au peuple et lui tenir un langage de vérité sur la situation. Aujourd'hui, il y a beaucoup de manipulations dans la société », a-t-il déclaré avec force.
Pour le professionnel du droit, cette situation marque une rupture flagrante avec l'esprit des luttes démocratiques menées par le passé, notamment au sein des plateformes citoyennes unies contre les dérives des régimes précédents. Me Abdoulaye Tine a tenu à rappeler la légitimité et la continuité de cet engagement pour la transparence des institutions. « Nous étions ensemble dans le F24, engagés dans la même lutte contre les manipulations. Nous n'avons pas oublié ce combat et nous continuons à travailler dans ce même esprit républicain », a-t-il souligné pour marquer sa cohérence politique.
Une dérive idéologique qualifiée de fraude républicaine
L'analyse de la robe noire dépasse la simple critique technique pour toucher au cœur de l'idéologie qui sous-tend ces transformations parlementaires. Selon lui, le texte final ne reflète plus du tout les aspirations démocratiques de départ, mais s'apparente plutôt à une tentative d'imposer un agenda partisan par la force du nombre. « On ne joue pas avec la Constitution. Où est la rupture qui nous avait été promise ? Ce qui est en train de se faire aujourd'hui ressemble davantage à une révision idéologique qu'à une véritable révision constitutionnelle », a-t-il affirmé.
Il estime que les débats actuels masquent des desseins beaucoup plus profonds et préjudiciables pour l'avenir de l'État de droit, ajoutant que « les amendements sont l'arbre qui cache la forêt. Le texte qui est aujourd'hui présenté est devenu totalement méconnaissable par rapport à sa version initiale ».
Cette refonte radicale du texte initial est perçue par l'acteur politique comme un contournement inacceptable des règles du jeu démocratique. Refusant de cautionner ce qu'il considère comme un coup de force institutionnel, il dénonce une stratégie purement politicienne axée sur la confiscation de l'autorité publique. « C'est une fraude sous couvert d'une révision constitutionnelle. Ce qu'ils recherchent, c'est davantage de pouvoir, rien de plus », a-t-il tranché, tout en rappelant que le président de la République dispose déjà par la Constitution de prérogatives claires qu'il lui appartient d'exercer souverainement.
L'illégitimité de la procédure et l'arbitrage final du peuple
Sur le terrain du droit pur, Me Abdoulaye Tine conteste vigoureusement la validité de la démarche adoptée par l'Assemblée nationale. Il estime que les vices de procédure et le manque de consensus auraient dû bloquer l'examen du texte dès l'ouverture des sessions parlementaires. « Pour moi, cette révision est irrecevable. Cette question aurait dû être soulevée d'office à l'Assemblée nationale », a-t-il estimé.
Face à la volonté de la majorité législative de passer outre ces objections juridiques, l'avocat brandit la menace d'une sanction populaire inéluctable. « Ils veulent faire un forcing avec leur majorité. Mais au final, c'est le peuple qui aura le dernier mot », a-t-il averti.
Devant ce bras de fer institutionnel qui paralyse l'action publique, la Coalition Diomaye Président s'en remet désormais à la vigilance citoyenne et à la perspective d'un référendum pour trancher définitivement le litige. Persuadé que les Sénégalais n'accepteront pas une modification unilatérale de leur modèle républicain, Me Abdoulaye Tine affiche sa confiance quant à l'issue de cette crise. « Le peuple sénégalais saura se prononcer en temps voulu et dira non à toute réforme qui ne répond pas scrupuleusement à l'intérêt général », a-t-il conclu, scellant ainsi l'appel à la résistance institutionnelle lancé par sa coalition.
Abdourahmane Diouf pilonne Ousmane Sonko et l’accuse de « trahison »
Lors de cette conférence de presse, le ministre Abdourahmane Diouf a vivement attaqué le président de l'Assemblée nationale, Ousmane Sonko. Entre accusations de manipulation et rappels historiques, le ministre a réaffirmé l'autorité du chef de l'État face aux velléités de réformes institutionnelles. Ainsi, haussant le ton face aux débats houleux entourant la révision constitutionnelle, le ministre Abdourahmane Diouf a tenu à envoyer un message de fermeté absolue.
Selon lui, la stabilité du pays reste non négociable sous le magistère actuel. Il a ainsi rappelé avec force que personne ne pourra installer l’instabilité au Sénégal tant que Bassirou Diomaye Faye sera à la tête du pays. Le ministre a insisté sur le fait que le chef de l’État avait, dès 2024, donné des garanties quant à la préservation de la stabilité des institutions et de la paix sociale.
Revenant sur les coulisses de la dernière présidentielle, Abdourahmane Diouf a dressé un parallèle cinglant entre le positionnement passé d'Ousmane Sonko et ses actes actuels.
Il a rappelé la séquence électorale de 2024, affirmant que le leader de l'ex-PASTEF était, à l’époque, favorable à un report de la présidentielle, avant de finalement soutenir la candidature de Bassirou Diomaye Faye durant la campagne. Une époque qui semble aujourd'hui révolue. Selon le ministre, le président de l’Assemblée nationale s’éloigne désormais de cette dynamique de cohésion. Abdourahmane Diouf est allé jusqu’à l’accuser ouvertement d’avoir « trahi » le chef de l’État et de se livrer à une « manipulation politique » dans le cadre des réformes institutionnelles actuellement en discussion.
Pour appuyer sa critique, Abdourahmane Diouf a également rappelé que les précédents présidents, bien que disposant eux aussi d’une majorité parlementaire, n’avaient pas utilisé cette position de force pour modifier la Constitution dans le sens aujourd’hui proposé. À ses yeux, si cela avait été fait auparavant, les acteurs politiques actuels n’auraient tout simplement pas pu défendre les réformes qu’ils portent désormais.
Le ministre s’est montré particulièrement agressif et sans filtre face au président de la deuxième institution du pays. Évoquant le passé militant de ce dernier, il lui a rappelé qu’il s’était présenté par le passé comme le « gardien de la révolution », une posture qu’il juge désormais totalement incompatible avec les responsabilités qui sont aujourd’hui les siennes à la tête de l’Assemblée nationale.
Clôturant son offensive par une formule imagée et cinglante, Abdourahmane Diouf a lâché : « Nous n’avons rien à faire d’un guide de perlimpinpin… » Une déclaration choc qui acte une fracture profonde au sein de la mouvance au pouvoir.
MAMADOU DIOP






