Publié le 4 Jul 2026 - 10:42
‘’JE SUIS UN OCÉAN NOIR’’

Dakar accueille une exposition qui fait dialoguer mémoire, art et résilience

 

À la Galerie Le Manège de l'Institut français, une traversée artistique et spirituelle relie l'Afrique, le Brésil et les diasporas noires autour de l'océan comme mémoire vivante.

 

La Galerie Le Manège de l'Institut français de Dakar a ouvert ses portes à la presse, ce jeudi 2 juillet, pour une visite guidée de l'exposition internationale « Mbambulaan Gu Ñuul Laa / Je suis un océan noir / Eu sou um oceano negro », une proposition artistique ambitieuse qui explore les mémoires de l'Atlantique, les héritages de la diaspora noire et les liens profonds entre l'eau, les corps et les histoires.

Portée par un commissariat réunissant Beya Gille Gacha, Salimata Diop, initiatrices du projet, et Ken Aïcha Sy, commissaire de cette étape dakaroise, l'exposition transforme la galerie en un espace de dialogue, de contemplation et de réflexion. Pensée comme un territoire de circulation entre continents, langues et imaginaires, elle rassemble les œuvres de Shai Andrade, Chris Tigra, Bienvenue Fotso, Amy Célestina Ndione, Saly D, Asta Niang, Marième Ngom, Anique Jordan, Poundo Gomis, Johanna Makabi, Anta Germaine Gaye et Yaay Hawa Fall.

À travers installations, vidéos, sculptures, performances, photographies, textes et créations collaboratives, les artistes interrogent les questions de mémoire, de transmission, de réparation, de spiritualité et de résilience. Ici, l'océan n'est plus une frontière séparant les peuples, mais une immense archive vivante, porteuse des douleurs de l'histoire, des résistances, des renaissances et des espoirs.

Après une première étape à Salvador de Bahia, au Brésil, cette nouvelle édition prend une dimension particulière à Dakar. Nourrie par une résidence artistique sur l'île de Ngor, elle dialogue directement avec l'Atlantique sénégalais, dont les vagues portent encore les récits des départs forcés, des disparitions, mais aussi des retrouvailles et des renaissances culturelles. Pour les co-commissaires Salimata Diop et Ken Aïcha Sy, cette exposition invite à considérer « l'océan noir » comme une mémoire active.

Être un océan noir, expliquent-elles, c'est revendiquer une identité fluide, reconnaître la mémoire de l'eau, gardienne des histoires des peuples noirs, et célébrer la résilience de communautés qui, malgré les violences de la déportation, ont su préserver leurs cultures et reconstruire leurs existences.

L'initiatrice du projet, Beya Gille Gacha, est revenue sur la naissance de cette aventure artistique. Tout est parti d'une résidence à Salvador de Bahia, où une expérience intime de soin et de reconnexion à soi, marquée symboliquement par la visite quotidienne d'une tortue, lui inspire l'idée de réunir des femmes artistes noires autour d'un projet collectif. Avec Salimata Diop, elle imagine alors un laboratoire artistique fondé sur les résidences de création, les espaces de guérison, les solidarités féminines et la connexion à l'invisible.

Selon elle, les expositions ne sont pas de simples lieux d'accrochage d'œuvres, mais de véritables « temples » où la création retrouve sa dimension sacrée. L'eau devient ainsi le fil conducteur du projet, symbole de mémoire, de transmission et de renaissance. « Nous sommes tous des océans », affirme-t-elle, rappelant que l'être humain est lui-même constitué majoritairement d'eau et que cette matière conserve les traces des histoires individuelles et collectives.

Le choix de Dakar s'est imposé naturellement après Salvador. Plus qu'une étape, la capitale sénégalaise représente un lieu de résonance historique où les mémoires africaines rencontrent celles des diasporas. Les œuvres présentées dialoguent avec le territoire, les habitants et l'océan Atlantique, offrant une lecture sensible des mondes noirs, non comme des périphéries de l'histoire, mais comme des espaces majeurs de création, de pensée et de transformation. Avec « Mbambulaan Gu Ñuul Laa/ Je suis un océan noir/ Eu sou um oceano negro », la Galerie Le Manège propose bien plus qu'une exposition.

Elle offre une expérience immersive où l'art devient un langage de réparation, de transmission et de réconciliation avec les mémoires. Une invitation à écouter ce que l'océan continue de raconter, entre silence, profondeur et espérance.

FATOU BA

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