Publié le 3 Jul 2026 - 14:25
RÉFORME TERRITORIALE AU SÉNÉGAL

Diomaye Faye pose les bases de l’Acte IV et rassure les élus locaux

 

Le président de la République a ouvert ce jeudi 2 juillet 2026, au CICAD de Diamniadio, une rencontre nationale cruciale sur l'Acte IV de la décentralisation et les pôles territoriaux. Devant des exécutifs locaux venus exprimer de fortes attentes financières et statutaires, le chef de l'État a présenté une refondation axée sur la mutualisation, tout en garantissant qu'aucun ordre administratif existant ne sera supprimé.

 

Une rencontre nationale avec les exécutifs territoriaux, placée sous le thème « Le Consensus des territoires autour des réformes des pôles-territoires et de l’Acte IV de la Décentralisation », s’est ouverte ce jeudi 2 juillet 2026, au Centre international de conférence Abdou Diouf (CICAD), à Diamniadio, sous la présidence du président de la République, Bassirou Diomaye Faye. Ce rendez-vous majeur, qui s’inscrit dans un contexte préfectoral et le prolongement du dialogue constant que le Chef de l’État a tenu avec l’ensemble des élus locaux au cours de ses déplacements dans les territoires, a permis de poser les jalons d'une transformation systémique.

En présence du Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Lô, Bassirou Diomaye Faye est largement revenu sur les enjeux de la réforme, tenant avant tout à désamorcer les inquiétudes des élus locaux.

Réveiller la compétitivité sans empiler les structures

D'emblée, le chef de l'État a tenu à clarifier la nature des nouveaux pôles territoriaux, affirmant avec force qu'ils ne constituent pas un échelon bureaucratique supplémentaire. « Le Sénégal s’est engagé dans une dynamique irréversible d’un changement systémique qui touche nos politiques de développement mais aussi nos valeurs et nos actions quotidiennes. C’est cette dynamique qui fonde et qui justifie la création des pôles territoriaux. Il s’agit au fond de réveiller la compétitivité économique de chaque territoire, à partir de ses potentialités réelles en l’adossant à des programmes structurants et à des outils cohérents avec nos instruments de planification », a expliqué le Chef de l’État.

Pour le président Faye, cette mutation ne peut réussir sans une implication directe de la base : « Vous savez que la transformation que nous appelons de nos vœux ne se décrète pas depuis Dakar. Elle se construit avec vous, dans votre terroir, au plus près des réalités, au plus près des urgences, au plus près des espérances de nos concitoyens. »

Tout en reconnaissant les avancées des réformes précédentes, le successeur de Macky Sall a dressé un bilan de la gouvernance locale actuelle. « Notre pays a connu plusieurs actes de décentralisation. Chacun a marqué une étape, chacun a permis des avancées réelles et il serait injuste de ne pas le reconnaître. Mais la fidélité à cette histoire commande aussi la lucidité. Les compétences sont demeurées fragmentées, les ressources souvent insuffisantes et trop de nos concitoyens ont gardé le sentiment d’un État resté à distance de leurs préoccupations et de leurs aspirations », a soutenu le président de la République.

Les quatre piliers de la refondation territoriale

Loin d'être un simple ajustement technique, le nouvel Acte IV ambitionne d'être le véritable carburant du développement économique national. « L’Acte IV que nous engageons aujourd’hui n’est pas une réforme administrative de plus. C’est un acte fondateur et c’est un acte de confiance. Il procède d’un choix clair : faire de nos territoires des véritables moteurs de la transformation nationale. À ce titre, nous allons donner aux collectivités territoriales les moyens effectifs d’exercer leurs compétences, en renforçant durablement leurs capacités financières, humaines et techniques, dans le respect de l’éthique et de la bonne gouvernance », a précisé Bassirou Diomaye Faye.

Pour porter cette vision, le Chef de l’État a décliné quatre orientations majeures. La première vise à moderniser notre organisation territoriale, à renforcer la proximité de l’action publique et à clarifier les responsabilités des différents acteurs pour une action publique plus lisible, plus cohérente et plus efficace.

La deuxième orientation fait de la performance, de l’équité territoriale et du renforcement de l’ingénierie territoriale les principes directeurs de notre action, afin d'améliorer l’accompagnement des collectivités territoriales, de valoriser les initiatives locales et de mieux mesurer les résultats obtenus.

La troisième orientation touche à ce qui fonde la crédibilité même de toute politique de décentralisation, à savoir : les moyens. Enfin, la quatrième orientation vise à promouvoir la coopération entre les territoires, la mutualisation des ressources, la transparence dans la gestion publique locale et la bonne gouvernance.

Face aux craintes de chevauchement des pouvoirs, le président s'est voulu catégorique : « Les pôles territoriaux ne sont pas une structure administrative de plus. Ils dessinent une voie équilibrée et pragmatique, pleinement conforme à notre cadre légal. Ils ne constituent pas un nouvel échelon de collectivité et ils ne suppriment aucun ordre existant. Ils les articulent et les renforcent. Ils n'impactent pas vos compétences, ils interviennent là où l’action isolée atteint ses limites et où la mutualisation devient nécessité. »

Selon lui, ces pôles constituent des leviers essentiels de coordination et de développement territorial destinés à accompagner la planification intégrée, les investissements structurants, la promotion économique et la mobilisation des financements. « Donc loin de se substituer aux exécutifs territoriaux, ils vous donnent les moyens d’agir ensemble, avec davantage d’efficacité », a rassuré le chef de l'État.

Le plaidoyer offensif des élus locaux

Malgré ces assurances, les représentants des collectivités territoriales ont profité de cette tribune pour soumettre un cahier de doléances précis, axé sur le statut de l’élu local, le financement et l’autonomie des départements. « Une décentralisation forte ne peut être portée que par des élus locaux reconnus, respectés et dotés des moyens nécessaires à l’accomplissement de leurs missions », a ainsi martelé le président de l’Association des maires du Sénégal, Oumar Ba.

Ce dernier a invité les pouvoirs publics à doter les élus d’une couverture sociale et sanitaire, d’un régime de retraite territoriale, d’une protection juridique, ainsi que de voitures de fonction et d'insignes honorifiques. Les maires ont également marqué leur opposition ferme à toute suppression ou fusion de communes, tout en adhérant à une correction concertée des limites municipales, et ont réclamé une simplification des procédures de lotissement des terres.

Le ton s'est fait tout aussi pressant du côté des départements, qui réclament une rupture nette avec les insuffisances de la dernière décennie. « Nous n’en sommes plus à l’heure des diagnostics. Nous en sommes aux décisions », a tranché le porte-parole de l’Association des départements du Sénégal, Ahmed Youssouf Bengeloune.

Dressant un constat sévère, il a rappelé l'écart persistant entre les ambitions constitutionnelles et la réalité du terrain : « Les collectivités territoriales ont des compétences transférées, mais des ressources faibles. Elles ont des responsabilités, mais rarement les moyens de les exercer pleinement. Elles ont des élus mobilisés, mais des administrations sous-équipées. »

Pour M. Bengeloune, les territoires requièrent des changements profonds et structurels plutôt que de simples ajustements. Il a notamment exigé que le fonds de dotation de la décentralisation et le fonds d’équipement soient mis à temps à la disposition des départements et des mairies : « Ces fonds doivent être transférés [aux bénéficiaires] au plus tard le 31 mars de chaque année », a-t-il rappelé, dénonçant des versements trop souvent tardifs.

Une exigence financière immédiate

Ce plaidoyer pour l'autonomie financière a reçu le soutien immédiat de Mamadou Oury Diallo, président de l’Union des associations d’élus locaux du Sénégal : « Sans les ressources financières, nous ne pouvons absolument rien faire », a-t-il objecté, réclamant de fait une augmentation de la TVA reversée aux collectivités territoriales ainsi qu'un versement direct de ces ressources aux mairies et aux départements.

La rencontre s'est achevée sur une demande globale de création d'un comité de relecture des textes qui encadrent l'Acte IV, scellant un pacte de confiance exigeant entre le sommet de l'État et la base territoriale. « Nous vous faisons confiance. Nous vous demandons respectueusement, humblement mais fermement de faire davantage confiance aux territoires », a conclu Ahmed Youssouf Bengeloune à l'endroit du président de la République. Le ton est désormais donné pour la suite des réformes.

Maintenant, cette rencontre a eu une dimension politique. Un ballon de sonde aura été jeté de part et d'autre, un “marchandage en filigrane”. Ainsi, à quelques mois des élections municipales et dans ce contexte de crise ouverte, cet événement permettra peut-être à la Coalition présidentielle de débaucher quelques maires, qui sait ?

MAMADOU DIOP

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