Le pari de PluriElles

Africulturelle et l’ASBL Djaily Mbock a lancé, samedidernière au siège de la Délégation Wallonie-Bruxelles, l’étape sénégalaise du projet PluriElles, femmes de la sous-région. Cette initiative vise la valorisation de femmes inspirantes du Sénégal.
Rendre aux femmes d’ici et de la diaspora les pages qui sont les leurs dans l’histoire : voilà un autre défi que s’est lancé Africulturelle et l’ASBL Djaily Mbock. Avec le soutien de la Délégation Wallonie-Bruxelles, les deux structures soulignentque le rôle joué par les femmes sénégalaises ne peut plus être occulté. « PluriElles, Femmes de la sous-région, ce n’est pas un projet de plus. C’est un projet trop longtemps attendu. Trop longtemps, les femmes ont fait avancer nos sociétés sans toujours apparaître dans les livres, les images ou les récits officiels. Aujourd’hui, on a décidé de changer ça, calmement, sérieusement, mais avec conviction », soulignait samedi dernier, la directrice générale d’Africulturelle, Oumy Régina Sambou. C’était à l’occasion du lancement du projet à Dakar en présence de Marie-Pierre Nyatanyi de l’ASBL Djaily Mbock.
Dans son récit, cette avocate de la cause féminine souligne que le changement de paradigme doit d’abord venir des femmes. Elle estime que si chacune apporte sa pierre, elles pourraient édifier un récit moins masculinisé. « Ce que nous lançons ici, au Sénégal, c’est une aventure collective. Et non, on ne vous demande pas de toutes devenir autrices, réalisatrices ou podcasteuses dès demain matin. On vous demande simplement de soutenir, de relayer, de parler de PluriElles, et surtout de croire à la force des récits », lance-t-elle.
Lors du lancement, des femmes qui avaient déjà pris les devants ont tenu à partager leurs expériences sur la question. Ainsi, la productrice du podcast Conversations féminines, Zoubida Fall a expliqué comment est née cette initiative. « Conversations féminines, parce qu’il fallait dire stop à cette invisibilisation orchestrée du rôle des femmes dans la société d’une manière générale. Je considère cela comme une contribution modeste, mais une chose est sûre : on ne réussit rien en étant seul. Aujourd’hui, Conversations féminines va au-delà des frontières sénégalaises en donnant la parole à toute femme africaine inspirante », a-t-elle partagé.
Dans le même ordre d’idées, la journaliste et enseignante au Cesti, Diabou Bessane évoque son expérience, qui l’a poussée à parler de ces femmes sénégalaises qui ont réellement pesé dans la bataille pour l’accession à l’indépendance. « Il faut d’abord souligner qu’il y a un effacement de cette histoire, alors que ces femmes ont posé des actes décisifs sur le chemin de notre souveraineté. Valdiodio, Senghor, Dia, oui, mais il ne fallait pas occulter ces grandes dames qui sont loin d’avoir eu uniquement des rôles secondaires. C’est en voulant rétablir le récit que j’ai fait Les Mamans des Indépendances », a-t-elle expliqué.
Sur le volet concernant la diaspora féminine, l’ancienne ministre Ndioro Ndiaye a passé au crible l’impact de la femme au sein même de la famille. Mais avant tout, elle estime que la soi-disant féminisation de la migration n’a rien de nouveau et qu’il s’agit d’un phénomène normal. « Aujourd’hui, si l’on prend le phénomène migratoire, d’aucuns disent qu’il prend une couleur féminine. Certes, les femmes voyagent plus aujourd’hui, mais elles ont toujours été là. Il faudrait aussi voir cela comme une valeur ajoutée », a-t-elle soutenu. Elle s’explique : « Pour une femme immigrée, l’objectif premier, c’est l’impact qu’elle peut avoir au sein même de la famille : l’éducation des enfants, leur santé, leur alimentation, etc. L’investissement des femmes de la diaspora est d’abord taillé sur mesure pour la famille. C’est tout le contraire des hommes, qui investissent dans des choses un peu plus visibles : voitures, maisons, etc. »
MAMADOU DIOP






