Publié le 13 Oct 2018 - 01:15
ISOLER UN PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

Qui ? Comment ? Pourquoi ? 

 

Je me rappelle avec aisance de la lumière dans les yeux de mon grand-père maternel quand il lisait les réponses à ses lettres adressées au Président Abdou Diouf. J'étais tout petit mais je sentais toute la fierté qu'il avait de recevoir réponse à ses lettres. 

Il les écrivait en tant que citoyen pour donner son avis sur des questions qui interpellaient sa plume et qui l’intéressaient au plus haut point en tant qu’opérateur économique.

Je raconte cette histoire pour dire tout le bonheur que peut avoir un citoyen à lire son Président. Ils sont nombreux ceux qui écrivent ou qui ont une fois écrit à un Président de la République de leur pays.

Combien sont t’ils à avoir reçu des réponses ? Sûr qu'ils ne sont pas nombreux.

Rassurez-vous chers compatriotes ! Le Président ne reçoit pas tout le temps vos courriers. Ils n'arrivent pas tous sur sa table. 

Qui les ouvre, les lit et les range ? Qui ?

On aimerait tous bien le savoir. Soyez certains que de Senghor à Macky en passant par Diouf et Wade cette pratique a toujours existé. Sinon, comment comprendre que Diouf en 2000 avant sa chute nous avoue qu'il n'était même pas au courant que le café et le lait étaient vendus en sachet. Il avait fini d'être isolé et ce qui est sûr, c'est que dans une des lettres enlevées du circuit par cette main invisible, il y'a bien eu celle d'un citoyen qui a bien voulu lui exposer la situation économique dans le pays. Imaginez bien s'il avait reçu cette lettre.

Autour d'un Président se forme toujours un groupe rompu à la tâche et qui est composés de gens forts dans le jeu du « hala ma ndiir badio ...hana hana dofi diaar ». Ils finissent par former un écran de fumée entre le Président et la réalité du terrain, surtout celle politique.

Chaque grand responsable a autour du chef son pion qui l'informe et qui bloque toute information allant à son encontre.

Quand le Président reçoit une personne qui pourrait faire ombrage à ce responsable une fois qu’il entre dans les bonnes grâces du patron, l’informateur lui envoie un texto vite fait pour le mettre au courant. Il reçoit un message du genre « Grand, defal ndank deh, le Président a reçu tel responsable de ta localité ».

Les courriers écrits par les frustrés du parti du Président n'arrivent jamais sous ses yeux. Ils ont finis par être déchirés par cette main invisible à l'origine de toutes les frustrations. 

Des fois, beaucoup de gens se trompent pensant qu'un Chef d'État est au courant de toutes leurs frustrations alors que nenni, il a fini d'être isolé.

Combien de sénégalais ont quitté leur parti après avoir cherché en vain à voir leur Secrétaire Général National ? Ils font légion allant même jusqu'à croire que leur frère de parti est en train de les snober. Pour leur information, qu’ils sachent que ce dernier n'a jamais reçu le message qu’ils ont à maintes reprises essayé de faire passer par d'autres responsables qu’ils croient proches de lui alors qu’en réalité il n'en est rien.

Ces responsables peuvent vous jurer  voir le Président tout le temps ou même prendre le thé avec lui alors qu'en réalité cela fait plusieurs années qu'ils ne l'ont même pas rencontré. « Dagnouy mbiip rek ! » S'ils arrivent à l’apercevoir c'est dans des manifestations publiques.

Ces gens sont tellement dangereux que beaucoup de filles tombent dans leur panneau juste parce qu’elles veulent rencontrer le Chef de l’Etat. On leur ment jusqu’à les mettre dans le lit avant de mettre leur numéro dans la liste noire. C’est pathétique !

C’est ce qui pousse beaucoup de militants à s’organiser et à exiger comme seul interlocuteur le Président de la République. Ils ont fini de comprendre que leurs nombreux messages à ce dernier ne sont jamais arrivés à lui.

A la question du Président sur la situation politique de leur localité, certains grands responsables répondent tout le temps « ça va, tout se passe bien Président. Je gère ». Et c'est là, qu'ils ont fini de lui cacher que dans leur propre fief ils sont contestés et que le mécontentement est tellement grand que beaucoup de militants sont partis voir ailleurs. Ils ne lui diront pas la réalité sur le terrain pour participer à l'isoler.

Au demeurant, un ami marocain m'a une fois dit je le cite " En Afrique, nos Présidents devraient avoir tous l'habitude de faire des visites inopinées dans les structures étatiques pour constater le niveau de frustration et d’injustice dans lequel beaucoup de gens travaillent."

Ceci pour dire qu'à tous les niveaux, on cherchera à isoler un Président de la République tant que les résultats ne sont pas au rendez-vous et qu'ils ne peuvent pas les maquiller.

Que dire maintenant de ces nombreuses lettres remises en main propre à un Chef de l'État en déplacement et qu'on ne lui retourne plus une fois rentré.

Ne pas isoler un Président c'est le maintenir en contact avec la réalité pour laquelle il est élu. C'est lui rendre un grand service que de laisser arriver à lui les nombreuses lettres que lui adressent ses concitoyens. Peut-être qu'il ne pourra pas toutes les lire ou y répondre mais quelqu'un pourrait bien s'en charger avec la plus grande rigueur.

Je sais qu'à partir de 2009 déjà, ils ont été nombreux ces sénégalaises et sénégalais à attirer l'attention de Wade sur la situation du pays, sur celle de la Jeunesse et sur le vent de révolte qui avait déjà commencé à souffler. Malheureusement, il n'a jamais reçu ces courriers. Il avait fini d'être isolé et c'est pourquoi il a été presque le seul à être surpris par les évènements du 23 Juin 2011. Et pourtant bon nombre de gens savaient et lui ont écrit.

Ne pas accepter d'être isolé doit être le premier combat d'un Chef d'Etat, responsable de parti politique. 

Toutes celles et ceux qui concourent à le couper de l'information juste ne le font que pour leur propre intérêt, pas pour le sien propre.

Alors là pas du tout !

Souleymane Ly

Spécialiste en communication

Julesly10@yahoo.fr

 

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