Publié le 25 Feb 2021 - 02:39
MACKY SALL SUR L’AFFAIRE OUSMANE SONKO

‘’J’ai suffisamment de choses à faire que de comploter…’’ 

 

Sa réaction était guettée dans l’affaire Ousmane Sonko. Elle est finalement arrivée, par le canal de RFI. Hier, le président Macky Sall a rejeté en bloc les accusations de complot dans cette affaire.  

 

Le chef de l’Etat s’est, enfin, prononcé, hier, sur l’affaire de viols et de menaces de mort qui incrimine son opposant Ousmane Sonko. Dans un entretien sur Radio France international (RFI), le président Macky Sall a rejeté toute implication dans ce dossier considéré comme politique par le leader du Pastef, ses partisans et une partie de l’opinion.

Interrogé puis relancé sur la question, le chef de l’Etat a soutenu qu’il a d’autres priorités que de monter des cabales. ‘’Le président n’y est pour rien. Je crois que j’ai suffisamment de choses à faire que de comploter pour des choses aussi basses’’, a-t-il répondu. Même si, dans un premier temps, il avait refusé de se prononcer sur la question.

Relevant qu’il ne s’était jusqu’ici pas prononcé sur le sujet, pas même dans la presse nationale, il avait indiqué : ‘’Vous voyez le mal que j’aurais à parler dans votre antenne de ce sujet. Encore une fois, c’est une affaire regrettable. Je ne sais pas ce qu’il en est dans le fond. Je ne peux pas souhaiter à mon pire adversaire une telle situation. Maintenant, il y a une accusation, il y a des procédures. Vraiment, il ne faut pas qu’on mêle le président a des choses qui ne le regardent pas.’’  

Transparence dans la vaccination

Le chef de l’Etat s’est aussi prononcé sur la campagne de vaccination entamée hier au Sénégal. A ce sujet, il a rappelé que depuis la découverte des vaccins, le Sénégal s’est évertué, dans le concert des nations, à travailler avec l’Initiative Covax. Mais, seulement, constate-t-il, au moment où les pays développés ont commencé la vaccination, l’initiative n’avait pas encore pu mobiliser les vaccins. ‘’Evidemment, en tant que président de la République, je ne peux pas attendre simplement que ces premiers vaccins Covax nous parviennent. J’ai, en même temps, développé des initiatives au plan bilatéral avec tous les pays producteurs de vaccins ou avec des groupes pharmaceutiques. C’est ainsi que je me suis adressé à la Chine et, finalement, nous avons pu acquérir ces doses avec Sinopharm, grâce aussi au soutien du président Xi Jinping, fait savoir le chef de l’Etat.

Macky Sall renseigne, en outre, qu’il s’est adressé à la Russie, notamment le président Poutine, afin d’obtenir des doses du vaccin Spoutnik V. Ce, rassure Macky Sall, en plus des initiatives lancées vers Johnson & Johnson Pfizer. D’après le chef de l’Etat, des discussions sont également entamées avec le président Emmanuel Macron, car, explique-t-il, l’Afrique attend de ses partenaires traditionnelles, en particulier les pays du G7, que les vaccins soient partagés.  

Concernant les rumeurs néfastes qui créent une psychose autour de la vaccination, le chef de l’Etat précise que ce n’est pas uniquement un mal africain, mais plutôt mondial. ‘’Vous savez, le vaccin a un principe qui veut qu’on inocule quelque chose qui provoque un peu la maladie et qui permet au corps de produire des anticorps, donc, de résister de sorte que, quand la maladie vient, le corps est déjà immunisé et peut faire face. C’est un principe qui ne date pas d’aujourd’hui. Et quel est le risque, quand on se vaccine ? Le plus gros risque, c’est que le vaccin ne soit pas efficace. A la limite, on se prémunit. D’ailleurs, les pays qui ont fait les plus grands bonds, comme Israël, ont montré qu’avec le taux de vaccination élevé, on arrive à immuniser la population et on arrive à réduire les risques d’infections’’, relève Macky Sall.

Il ajoute avoir instruit le ministre de la Santé d’opérer avec une transparence absolue sur le processus de vaccination. 

Terrorisme en Afrique 

Sur la question du terrorisme en Afrique, le chef de l’Etat est d’avis qu’il faut faire face aux djihadistes, quand il n’y a pas de paix à maintenir. Macky Sall se désole d’ailleurs que tout ce qui est négatif soit attribué à l’Afrique. ‘’Nous avons des problèmes d’équipement, parfois des problèmes d’entrainement. Mais quand on voit de près ce qu’il y a… Il y a 15-20 ans, aucune économie africaine ne pouvait investir sur l’armée : c’étaient les fameuses politiques d’ajustements structurels, c’est-à-dire que l’armée n’était pas une priorité jusqu’à présent d’ailleurs. Donc, ce sont les conséquences. Aujourd’hui, nous avons besoin de renforcer la capacité de nos armées. Il nous faut de la solidarité’’, souligne le chef de l’Etat.

Car il considère que le combat ne doit pas uniquement être mené par les pays du G5 Sahel, encore moins par l’envoi uniquement des troupes françaises. Macky Sall se réjouit, toutefois, de ce que d’autres pays européens commencent à s’engager, puisque, rappelle-t-il, la conscience est faite que la sécurité de l’Afrique, c’est aussi la sécurité de l’Europe et la sécurité mondiale.

‘’La bataille n’est plus celle des gladiateurs. Il faut aussi de la coopération, de l’intelligence, du renseignement. Nous ne sommes pas épargnés. Leur objectif est d’atteindre l’océan Atlantique, que ce soit le Sénégal ou les autres pays côtiers qui sont le dernier rempart. Il faut qu’on se prépare à rentrer dans la bataille’’, avertit le président de la République.  

HABIBATOU TRAORE (AVEC RFI) 

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SORTIE DE MACKY SALL SUR LES ACCUSATIONS DE COMPLOT POLITIQUE

Ousmane Sonko persiste et signe

Pour la première fois, le président de la République a évoqué, dans un média, l’affaire de mœurs qui secoue le Sénégal depuis plusieurs semaines. Occasion saisie par le leader de Pastef d’enfoncer celui qui l’a identifié comme son pire adversaire. 

Depuis sa convocation par la Section de recherches, Ousmane Sonko s’était retranché derrière un silence mûrement calculé. Ce jour-là, face aux journalistes, le leader de Pastef/Les patriotes, accusé de viols répétitifs et de menaces de mort par une jeune masseuse, donnait ses raisons de refuser de déférer à la convocation de la gendarmerie (son immunité parlementaire). Il expliquait également qu’il n’en dirait pas plus, pour ne pas mettre ses adversaires, identifiés comme des conspirationnistes à son encontre, sur les pistes de sa ligne de défense. Il s’en était tenu à ces positions, jusqu’à ce que son ‘’alter ego’’ se mêle officiellement, à son corps défendant, de cette histoire.

Au micro de RFI, le président de la République, Macky Sall, interrogé sur les accusations d’Ousmane Sonko d’être aux manettes d’un complot le visant, a répondu : ‘’Encore une fois, c’est une affaire regrettable. Je ne sais pas ce qu’il en est, dans le fond. Je ne peux pas souhaiter, même à mon pire adversaire, une telle situation. Maintenant, il y a une accusation, il y a des procédures, il ne faut pas qu’on mêle le président de choses qui ne le regardent pas’’, avant d’ajouter, après une relance du journaliste, qu’il n’y est pour rien. ‘’C’est clair. Je crois que j’ai suffisamment à faire que de comploter pour des choses aussi basses’’.

Suffisant pour le leader de Pastef pour sortir de son mutisme sur cette affaire. Silence dans lequel la mise en place de la commission ad hoc de l’Assemblée nationale afin de statuer sur la levée de son immunité parlementaire n’avait pas réussi à le tirer. Même s’il a rendu visite à deux jeunes partisans (à l’hôpital de Grand-Yoff et à l’université Cheikh Anta Diop) blessés lors des affrontements qui ont suivi sa convocation à la Section de recherches. 

‘’Complot. Ça y est, le mot est lâché’’

En l’identifiant comme son pire adversaire, le président Macky Sall vient de reconnaître Ousmane Sonko comme le danger numéro un, face à ses entreprises politiques. L’opposant se fait une fierté de ne répondre qu’aux sorties du président de la République, quelles que soient les invectives de ses ‘’lieutenants’’.

Mais de la réponse du leader de l’APR (parti au pouvoir), c’est le mot ‘’complot’’ que retient celui qui est arrivé troisième lors de la Présidentielle de 2019. Pour dire : ‘’Ça y est. Le mot est lâché, et de la bouche de son principal instigateur : Macky Sall lui-même.’’

Comme dans ‘’Un aveu involontaire’’, publié en 1977 par le dramaturge français Jean Racine. Une tragédie classique d’une vision fataliste de l’être humain victime de ses passions. Un drame opposant l’amour et la raison. Dans cette œuvre, Phèdre dit à son beau-fils Hippolyte qu’elle l’aime. Dans ce cas d’espèce, il faudrait remplacer l’amour par un autre sentiment…  

Dans la tumultueuse réalité politique que traverse le pays, depuis ces accusations contre Ousmane Sonko, ce dernier reste convaincu d’être dans le bon camp. Et que, malgré la ‘’vaste campagne de désinformation et de terreur’’, ‘’Monsieur Macky Sall, vous ne pouvez convaincre aucun Sénégalais. Tous savent que votre seule compétence, c’est le complot politique contre vos adversaires’’.

Un dossier truffé d’incohérences ?

Une vague d’arrestations vise, depuis plusieurs jours, des responsables du Pastef/Les patriotes.  L’administrateur général Birame Soulèye Diop, Abass Fall et le coordonnateur du Pastef-Dakar ont été inculpés hier pour association de malfaiteurs, complicité de diffusion de contenus contraires aux bonnes mœurs, menaces de voie de fait et violence. A cela s’ajoutent les arrestations des activistes Guy Marius Sagna, Clédor Sène et Assane Diouf ayant appelé à l’organisation d’une ‘’résistance face aux dérives démocratiques’’ observées dans le pays ces derniers jours.

Pour étayer sa thèse du complot face aux dénégations de Macky Sall, Ousmane Sonko soulève plusieurs incohérences dans une enquête supposée mener à la manifestation de la vérité : le procès-verbal d’enquête de la gendarmerie étayé par les témoignages, le rapport médical et l’absence de toute preuve d’un présumé viol ; la disparition de la présumée victime dont la famille serait sans nouvelle ; la mention claire dans le même PV de l’implication d’un responsable de la coalition BBY (Benno Bokk Yaakaar, au pouvoir) ; le retrait de l’enquête à la Section de recherches qui s’acheminait vers la piste et la convocation probable dudit responsable de BBY, d’un médecin et d’un avocat cités dans l’affaire.

Autant de faits qui donnent ‘’des pistes claires d’un sombre complot politique, maladroitement ourdi’’, dénonce le leader du Pastef.

Lamine Diouf

 

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