Publié le 30 Jun 2021 - 02:50
MEURTRE AVEC PRÉMÉDITATION

Bodiel Diop plaide coupable et qualifie son acte de djihad 

 

 
Qualifié de ‘’raté’’ et ‘’d’homosexuel’’ par sa belle-sœur Marième Diop, Bodiel Diop la tue. Après s’être offert trois couteaux neufs, il poignarde sa victime trois fois. Pour sa défense, l’homme assimile son crime au djihad. Le parquet a requis la réclusion à perpétuité contre lui. 
 
 
 Le 9 décembre 2018, la famille Diop, habitant dans le populeux quartier de Grand-Yoff, a vécu un drame sans précédent. Bodiel Diop, assène trois coups de couteau à sa belle-sœur Marième Diop. Malgré son sang qui giclait, la dame est partie se réfugier dans la chambre des domestiques. Celle qui ne souhaitait qu’une chose, rester en vie, a rendu finalement l’âme lors de son évacuation à l’hôpital. Marième a reçu des coups de couteau sous son sein. Et le médecin légiste a conclu à une section musculaire et une mort causée par une hémorragie interne et externe. 
 
Il ressort des éléments du dossier qu’à la veille des faits, Marième, à l’issue d’une altercation, avait traité le frère de son époux de raté, d’homosexuel. Cet affront constitue, selon Bodiel Diop, le mobile du crime. Né en 1967, il déclare devant le juge d’instruction, qu’il a fait le djihad. ‘’Dans le Coran, il est dit qu'il faut mettre fin à la vie d'une personne qui qualifie son prochain d'homosexuel’’, disait-il devant le magistrat instructeur. 
 
Cette nuit-là, l’homme qui ne pouvait plus contenir sa colère est sorti à 3 h du matin, pour acheter un couteau et mettre fin aux jours de celle-ci. Malheureusement, aucun commerce n’était ouvert à cette heure. Au fur et à mesure que les minutes filaient, la colère de Bodiel grandissait. Dès les premières lueurs de l’aube, celui-ci s’est réjoui de pouvoir enfin acheter l’arme du crime. Il s’est offert deux couteaux, de 500 et de 700 F CFA. Ayant des doutes sur la qualité des couteaux, Bodiel s’achète un troisième poignard.
 
Déterminé à en découdre avec Marième, il retrouve celle-ci dans sa chambre, assise sur son lit. Il s’acharne sur elle et lui plante son couteau à trois reprises. 
 
Entendue, la mère de l’accusé affirme que son fils souffre de troubles mentaux. Par contre, elle précise qu’au-delà de sa maladie, son fils est quelqu’un d’indiscipliné et de belliqueux. Il ne parlait à aucun membre de la famille, renseigne la dame. D'après toujours son récit, son fils l’a déjà frappée avec un banc, à l'issue d'une bagarre, la veille du meurtre qu'il avait commis.
 
Témoin des faits, Ndèye Fatou Ndiaye Coulibaly soutient que ce jour-là, alors qu’elle était dans les toilettes, son oncle, qui faisait des va-et-vient, s’est introduit dans la chambre et a tué sa tante. A en croire la demoiselle, elle a été alertée par les cris de cette dernière. 
 
Derrière les barreaux depuis 2018, Bodiel Diop, qui a comparu hier à la barre de la Chambre criminelle du tribunal de grande instance de Dakar, ne regrette pas son crime. Si des doutes sont émis sur sa santé mentale, l’accusé soutient le contraire. ‘’Depuis 1990, je suis malade. C’est en 2006 que j’ai été interné à l'hôpital Fann. J'ai des problèmes mentaux. J'entends des voix qui raisonnent dans ma tête. J'étais à l'étranger, mais c'est après mon retour au pays que la maladie s'est manifestée’’, renseigne-t-il.
 
Réitérant les mêmes propos qu’il avait tenus devant le juge d’instruction, il déclare qu’il avait bel et bien l’intention de tuer Marième Diop. ‘’Je l'ai poignardée à trois reprises et j'avais mûri le dessein de la tuer. Lors de la commission des faits, je n'étais pas malade et je n'avais rien. J’étais conscient de mes actes. Ce que j'ai fait, c'est du djihad. J'ai acheté un couteau de 500 F et un de 700 F. Le troisième, je l'ai acheté pour me protéger. Je ne faisais que du djihad’’, a-t-il reconnu.
 
Accusé de meurtre avec préméditation et détention d’arme de la 5e catégorie sans autorisation, il justifie son acte en affirmant que ses proches ont l’habitude de l’insulter.  ‘’Ma mère ne m'a jamais considéré. Chez moi, ils n'ont pas de doctrine. Et concernant les faits, la veille, je me suis battu avec ma mère à qui j'ai infligé des coups à l’aide d’un banc. La victime, Marième, ne cessait de me provoquer. Elle m'a traité de raté. Elle m'a dit que j'ai raté ma vie et c'est la raison pour laquelle je ne cesse de me battre avec ma mère et mon père’’, a-t-il narré. 
 
La représentante du ministère public a requis la réclusion criminelle à perpétuité. Mais, de l’avis de l’avocat de la défense, la place de son client n’est pas en prison. Selon lui, son client a besoin de soins médicaux.
 
L’affaire mise en délibéré, la chambre criminelle rendra sa décision le 12 juillet prochain.
 
MAGUETTE NDAO

 

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