Publié le 10 Aug 2013 - 18:15
PRESIDENTIELLE AU MALI

 Fin d’une morne campagne avant le 2e tour

La campagne pour le second tour de la présidentielle de dimanche au Mali entre Ibrahim Boubacar Keïta et Soumaïla Cissé s’est achevée vendredi, un scrutin à l’issue duquel l’un de ces deux hommes aura à redresser un pays sorti exsangue de 18 mois de crise politico-militaire.

 

Hormis quelques réunions publiques, cette campagne a été terne et peu animée. Les deux candidats ont dû attendre la publication des résultats définitifs du premier tour du 28 juillet par la Cour constitutionnelle, qui n’est intervenue que mercredi. Le lendemain, jeudi, a coïncidé avec l’Aïd el-Fitr, marquant la fin d’un mois de jeûne pour les musulmans, et aucune activité politique ne s’est tenue à Bamako.

Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), 68 ans, ex-Premier ministre, et Soumaïla Cissé, 63 ans, ex-ministre, ont annulé des meetings prévus vendredi à Bamako, leur préférant de petits rassemblements, animations et caravanes sillonnant les rues.

IBK a refusé de participer à un débat télévisé que lui avait proposé son adversaire.

A l’issue d’une rencontre vendredi avec des artisans et commerçants dans un hôtel de Bamako, Soumaïla Cissé a néanmoins affiché sa confiance en la victoire. «Je suis confiant, car il ne s’agit pas de compléter les votes du premier tour, il y aura de nouveaux votes, c’est une nouvelle élection», a affirmé M. Cissé à l’AFP.

Ibrahim Boubacar Keïta s’est aussi déclaré «serein et confiant» en sa victoire dans un entretien avec l’AFP et la Radio-télévision suisse (RTS). «Au vu des résultats affichés au premier tour, il y a une bonne chance que cela se concrétise au second», a-t-il affirmé, souhaitant «que les choses se passent dans l’ordre et l’équité». «Ma première priorité sera la réconciliation du pays. (...) Après le traumatisme qu’il a subi, il faut (pour le Mali) un nouveau départ», a-t-il ajouté.

 

Poursuite des opérations de sécurisation dans le Nord

 

M. Keïta est arrivé en tête du premier tour avec 39,79% des voix, suivi de M. Cissé (19,70%). Tous deux ont, depuis, multiplié les négociations pour obtenir les ralliements des 25 autres candidats éliminés.

Le camp d’IBK affirme avoir obtenu le ralliement de 22 candidats et Soumaïla Cissé celui d’un autre ex-Premier ministre, Modibo Sidibé, arrivé quatrième avec près de 5% des voix, ainsi que celui de Tiébilé Dramé, artisan d’un accord entre le régime de transition à Bamako et des groupes armés touareg.

Sur le papier, IBK apparaît donc largement favori, mais Soumaïla Cissé compte sur une partie de près de 400.000 bulletins déclarés nuls au premier tour et sur une mobilisation des abstentionnistes pour remonter son handicap apparent.

En dépit de craintes d’attentats de la part de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda qui avaient occupé tout le nord du Mali pendant neuf mois en 2012, avant d’en être chassés par une intervention armée internationale initiée par la France, le premier tour s’était déroulé dans le calme et sans incidents majeurs. Vendredi, selon l’état-major de l’armée française, les soldats français poursuivaient la sécurisation de la zone de Kidal (extrême nord-est) et de l’ensemble du nord du Mali au côté de l’armée malienne et de la force de l’ONU, menant «des opérations de fouille» au sol et de survol par des avions de chasse.

Lors du premier tour, des dysfonctionnements ont été constatés sans remettre en cause les résultats, selon les observateurs nationaux et internationaux et la Cour constitutionnelle. Ce premier tour avait fortement mobilisé les Maliens, avec un taux de participation de 48,9% jamais égalé pour ce type de scrutin, signe de leur volonté de tourner la page d’un an et demi de tourmente. Cette sombre période de l’histoire du Mali a débuté en janvier 2012 par une offensive de rebelles touareg dans le nord du pays, suivie le 22 mars 2012 par un coup d’Etat qui a renversé le président élu Amadou Toumani Touré. S’en est suivi la prise de contrôle du Nord par des groupes criminels et des jihadistes qui ont humilié l’armée, commis de nombreuses exactions avant d’être chassés en 2013 par l’intervention militaire de la France aux côtés d’armées africaines.

Ce conflit a entraîné un exode massif de populations - environ 500.000 réfugiés et déplacés internes -, plongé le pays dans la récession, accentué la pauvreté et ravivé les haines entre les différentes communautés du pays, Touareg et Arabes d’un côté assimilés aux rebelles et aux jihadistes, Noirs majoritaires de l’autre.

Le nouveau président aura l’immense mission de redresser le pays, de lui redonner confiance et d’entamer le processus de réconciliation, en particulier avec la minorité Touareg qui vit essentiellement dans le Nord, dont une frange rêve d’indépendance ou au moins d’autonomie.

AFP

 

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