Publié le 21 Jun 2024 - 12:36
RAPPORT SUR L’ÉMIGRATION IRRÉGULIÈRE, ENTRE JANVIER ET MAI 2024

Les terribles chiffres de l’hécatombe

 

Le collectif Ca-Minando Fronteras a rendu public son rapport sur le suivi des victimes à la frontière, du 1er janvier au 31 mai de cette année. Au total, 5 054 personnes sont mortes ou disparues (dont 154 femmes et 50 enfants), à la frontière occidentale euro-africaine au cours des cinq premiers mois de 2024, soit une moyenne de 33 personnes par jour. Ce chiffre est bien plus élevé que celui enregistré l’année dernière à la même époque.

 

Le collectif Ca-Minando Fronteras a présenté les terribles chiffres du suivi des victimes à la frontière du 1er janvier au 31 mai de cette année, à travers un rapport.

 Au total, d’après ce document, ils ont dénombré 5 054 personnes mortes ou disparues, dont 154 femmes et 50 enfants. Soit 33 victimes en moyenne par jour. Ce chiffre est bien plus élevé que celui enregistré l’année dernière à la même époque.

Cette augmentation alarmante de la létalité des frontières, selon la même source, montre clairement les effets d’une politique plus préoccupée par le contrôle des migrations que par la défense du droit à la vie. Les données qui ont été recueillies au cours de ces cinq mois, sur la base de sources primaires, des communautés de migrants, des membres des familles, des victimes et des organisations sociales sur le terrain, sont variées et diverses. En sus des 5 054 personnes mortes ou disparues, il y a eu 47 bateaux disparus avec toutes les personnes à bord.

Chaque mois, depuis le début de l’année 2024, selon la même source, on dénombre plus de 800 victimes. Des personnes issues de 17 pays sont mortes dans leur tentative d’atteindre les côtes espagnoles. La route Atlantique, a indiqué le document, reste la plus meurtrière avec un total de 4 808 morts, soit 95 % de l’ensemble des victimes enregistrées au cours de ces premiers mois.

‘’Vu le caractère mortel de cette route, nous avons distingué trois zones de départ principales dans le rapport. La zone côtière entre Guelmin et Dakhla, avec 249 victimes. La route du Sénégal, avec 959 victimes, où, selon nos observations, les départs ont diminué de manière significative. La route de la Mauritanie, la plus meurtrière de toutes, qui a fait 3 600 victimes au cours de cette période. Pour leur part, les routes méditerranéennes ont fait 246 victimes, la route algérienne de la Méditerranée occidentale étant la deuxième la plus meurtrière après la route Atlantique’’, a précisé le rapport.

Le mois d’avril a été le plus meurtrier, avec près de 1 200 victimes. Mais sur l’ensemble de la période analysée, les chiffres sont restés relativement stables chaque mois, avec plus de 800 décès. Pour les autres, il y a février (1 090 victimes), janvier (970 victimes), mars (915 victimes) et mai (882 victimes).

Dans le détroit de Gibraltar, tous les décès ont été enregistrés lors de traversées à la nage vers la ville de Ceuta, une méthode à haut risque qui, plusieurs fois, a été effectuée dans des conditions météorologiques épouvantables.

Parmi les causes de cette augmentation notable, le rapport a trouvé les accords bilatéraux signés entre la Mauritanie et l'Espagne en février 2024. ‘’Ces accords se concentrent uniquement sur le contrôle migratoire pour empêcher le départ d’embarcations des côtes mauritaniennes, mais n'ont pas établi de protocoles de collaboration pour défendre la vie des personnes en danger. Le manque de ressources de recherche et de sauvetage lorsque l'on alerte sur des bateaux disparus a été un facteur clé dans l'augmentation du nombre de victimes au cours de cette période. La route mauritanienne est restée très active pendant les mois les plus froids de l'hiver. Les années précédentes, une réduction des départs de bateaux pouvait être observée, mais ces derniers mois les départs ont continué même dans les pires conditions météorologiques’’, renseigne le document.

En général, dénonce le collectif Ca-Minando Fronteras, l'activation des ressources de recherche et de sauvetage est retardée à cause des négociations entre les pays axées sur les migrations et non sur la défense du droit à la vie. Il y a également une mauvaise coordination entre les États responsables de l'activation des services de secours lorsqu'il s'agit de personnes migrantes. L'activation des services de secours et le choix des moyens à mettre en place pour sauver la vie des personnes en déplacement se font de manière très arbitraire, souligne le rapport.

‘’Les chiffres partagés dans ce rapport sont essentiels pour défendre les droits des victimes et de leurs familles’’

Pire, dit-on, les moyens de recherche et de sauvetage nécessaires ne sont pas activés, bien que l'on connaisse la position exacte d'un naufrage. Le rapport note, ainsi, une augmentation des méthodes de recherche passive (alerter les navires dans la zone pour qu'ils signalent s'ils voient un navire en détresse), avec peu d'efficacité, au détriment des recherches actives (mettre en place tous les mécanismes aériens et maritimes disponibles pour sauver les personnes en mer). ‘’Les services de sauvetage interprètent les obligations et les recommandations des conventions internationales de manière unilatérale et discriminatoire à l'égard des navires sur lesquels se trouvent des personnes migrantes’’, constate le collectif.

De ce fait, dans certains cas, les moyens de recherche maritime sont insuffisants et les moyens aériens peu impliqués. Selon le rapport, ‘’des accidents ont été signalés au moment du départ, car des bateaux sont surchargés. Les bateaux sont utilisés même avec de mauvaises conditions de sécurité nautique. Alors qu’ils doivent parcourir de longues distances avec des moyens insuffisants (...) À cela s’ajoute le fait que les routes sont restées actives même dans de mauvaises conditions météorologiques et avec des embarcations très précaires. Par ailleurs, la performance des services de sauvetage reste très faible, avec des pratiques arbitraires, des moyens insuffisants et l’utilisation excessive de la méthode de recherche passive’’.

Helena Maleno, la coordinatrice de cette recherche, souligne : ‘’Nous ne pouvons pas normaliser ces chiffres et c’est pourquoi nous devons exiger des différents pays qu’ils placent les protocoles de sauvetage en mer et la défense du droit à la vie au-dessus des mesures de contrôle migratoire. Et ce n’est pas si compliqué ; il s’agit simplement de ne pas laisser mourir les gens aux frontières et de mettre tous les moyens en place pour sauver la vie des personnes en danger.’’

Le rapport fournit également des données sur les victimes à la frontière occidentale euro-africaine au cours des cinq premiers mois de l'année 2024. Ces chiffres ont été obtenus dans le cadre du travail de l'Observatoire des Droits de l'homme du Colectivo Caminando Fronteras, qui surveille l'impact des politiques de contrôle migratoire sur les personnes depuis plus de vingt ans.

‘’Avec cette recherche, notre organisation montre le coût en vies humaines des routes du détroit de Gibraltar, d'Alboran, d'Algérie, de la Méditerranée occidentale et de l'Atlantique vers les îles Canaries ainsi que celles qui se rendent par mer et par terre à Ceuta et Melilla. Les informations présentées ont été obtenues à partir de sources primaires en appliquant une méthodologie d'action participative avec une approche féministe et une mise en œuvre transnationale. Les chiffres partagés dans ce rapport sont essentiels pour défendre les droits des victimes et de leurs familles. Face au déni et à l'invisibilisation par les États de l'impact de leurs politiques frontalières sur les Droits de l'homme, les données présentées dans ces pages constituent, encore une fois, un acte de réparation et de mémoire’’, soulignent les rédacteurs du rapport.

CHEIKH THIAM

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