Publié le 13 Jan 2018 - 23:39
SEMINAIRE SUR L’ESTHETIQUE ET LA PAROLE

La revue de presse en wolof encore pointée du doigt 

 

Le travail des animateurs qui font la revue de presse en wolof dans les médias sénégalais a été passé au crible, hier, au séminaire ouvert à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar sur ‘’L’esthétique et la parole’’.

 

De l’agora grecque en passant par l’arbre à palabres africain et les médias de nos jours, la place de la parole a été revisitée cette semaine à travers les différentes figures historiques et contemporaines de l’espace public. Dans le diagnostic des conférenciers, il est vite apparu la prolifération de la mauvaise parole au sein de l’espace public sénégalais où émerge un certain discours qui n’a rien d’éthique, ni d’esthétique. Parmi les auteurs de ces paroles incriminées, les animateurs dans les médias audiovisuels qui font la revue de presse en wolof. Un exercice compliqué, qui consiste à rendre compte, en langue nationale wolof, un discours écrit ou dit en français pour un public qui, pour l’essentiel, ne comprend pas la langue officielle.

Outre les subjectivités relatives à la durée et au nombre de fois que les journaux sont cités par tel animateur ou par tel autre, l’écrivain et professeur de lettres Massamba Guèye note l’intérêt des hommes politiques pour ces revues de presse et la connivence qui se crée, dès lors, entre ces derniers et les animateurs de ces émissions très popularisées. Le conférencier explique que la plupart des hommes de media sont recrutés non pas pour leurs diplômes, mais pour les manières et les astuces qu’ils ont su développer au cours de leur carrière pour ce genre journalistique (la revue de presse) qu’ils ont réinventé. Il fait savoir également que ces revues de presse en langue nationale cachent de véritables enjeux financiers, notamment liés aux annonces publicitaires. 

Sous ce rapport, le représentant du recteur à cette rencontre, le Pr. Mbaye Thiam, sous un angle plus large, constate que ‘’des mauvaises paroles aussi bien du point de vue de leur forme que du contenu prospèrent dans l’espace public sénégalais. Le plus grand danger, fait-il remarquer, c’est lorsque ces mauvaises paroles cachent des enjeux financiers et économiques importants’’. C’est pourquoi, l’historien estime qu’il est temps que les universitaires sortent de leur réserve pour, justement, alerter sur les risques et dangers liés à certains dérapages langagiers observables dans la société sénégalaise.  Car, explique l’archiviste Atoumane Ndiaye, la parole peut, à la fois, être source de conflit et de rapprochement. Beaucoup de conflits enregistrés au cours de l’histoire ont eu pour antécédents la parole.

Dans les sociétés traditionnelles africaines, la prise de la parole était normée et même institutionnalisée. Tout le monde n’avait pas voix au chapitre. C’est pourquoi, entre la parole prononcée par le roi et le public auquel il s’adressait, il y a le griot qui jouait le rôle de filtre, de tamis. C’est justement conscient du rôle éminemment social de la parole que le comédien Lamine Ndiaye a tenu à rappeler brièvement la légende et la place du griot dans la société mandingue. D’où la remarque du Pr. Thiam qui constate qu’il y a ‘’des gens qui parlent par nécessité comme il y en a d’autres qui sont parleurs par héritage‘’. En société mandingue, les griots, notamment la famille Kouyaté, appelés sacs à parole, sont de véritables dépositaires de connaissances, notamment de la tradition orale, ont-ils remarqué.  

MAMADOU YAYA BALDE

 

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