Publié le 15 Jul 2021 - 20:52
TROISIEME VAGUE

Entre inquiétude et espoir

 

De 1 %, il y a quelques semaines, à 30 % selon les dernières études de l’Institut Pasteur de Dakar, le variant delta continue sa montée en puissance au Sénégal, dans cette troisième vague qui, jusque-là, s’est montrée moins mortelle que les précédentes. Mais si la courbe des cas positifs se poursuit au même rythme, les spécialistes craignent le pire.

 

L’alerte est maximale. L’augmentation exponentielle du nombre de cas positifs au coronavirus inquiète de plus en plus les acteurs de la santé. Mais quelle est l’incidence de cette flambée des cas sur le nombre de décès et de cas graves ? Par rapport aux vagues précédentes, la nouvelle est-elle plus ou moins virulente ? Est-elle plus contagieuse ou plus mortelle que les précédentes ? Les questions se multiplient, mais trouvent peu de réponses chez les autorités du ministère de la Santé et de l’Action sociale injoignables. Pour l’heure, le constat est moins alarmant que ce que l’on pouvait craindre.

Selon le bulletin d’hier, malgré un taux de positivité record de 25,68 %, le Sénégal restait toujours autour des 20 cas graves pris en charge dans les services de réanimation, alors que le nombre de décès est évalué à deux. Au plus fort de la deuxième vague marquée par le variant alpha, alors que le taux de positivité n’a jamais atteint ses niveaux actuels, il arrivait d’enregistrer jusqu’à dix morts ou bien plus parfois. Quant aux cas graves, ils avaient atteint le seuil des 60 cas graves.

Mais, selon les spécialistes, il serait prématuré de tirer des conclusions, car cette nouvelle vague en est juste à ses débuts.

‘’Il ne faut pas tirer de conclusions hâtives’’

Interpellé sur la question, Dr Cheikh Sadibou Sokhna, biologiste, épidémiologiste, précise : ‘’Il est vrai que nous n’avons pas encore noté une forte incidence de cette flambée sur le nombre de cas graves et de décès ; mais il ne faut pas tirer de conclusions hâtives. Qu’est-ce qui l’explique ? Est-ce que cette tendance va continuer ? Il va falloir du temps et des études pour pouvoir se prononcer. Pour le moment, le constat est qu’effectivement, il n’y a pas encore de grande incidence. C’est d’ailleurs la bonne nouvelle.’’ 

Abondant dans le même sens, un autre épidémiologiste explique cette tendance plus ou moins ‘’rassurante’’ pour certains, par le fait que la proportion de jeunes touchés est plus importante que lors des précédentes vagues. ‘’On a dit que 50 à 60 % des cas sont les jeunes. Si c’est des jeunes bien portants, cela va de soi qu’ils vont avoir quelques symptômes pendant un moment, mais ça va passer. Il est connu qu’en Afrique, les jeunes ont un bon système immunitaire. C’est pourquoi il y a beaucoup de cas, mais moins de décès par rapport aux autres vagues. Si cette tendance continue, il n’y aura pas beaucoup de dégâts. Maintenant, avec les mutations, on ne sait jamais. Il faut rester vigilants’’.

Moins mortel jusque-là et moins grave, la nouvelle vague est cependant beaucoup plus contagieuse que les précédentes. En attestent les taux de positivité jusque-là jamais égalés. Hier, le Sénégal a atteint un taux record de plus de 25 %. Ce qui pourrait influer à moyen long terme sur les courbes des cas graves et des décès.

En effet, insistent les spécialistes, plus il y aura de cas, plus le risque d’avoir des formes graves de la maladie et de décès augmente. Pour parer à toute éventualité, ils préconisent un renforcement de la vaccination. Selon notre interlocuteur sous anonymat, l’Etat devrait faire focus sur les personnes vulnérables pour se prémunir contre une possible flambée des cas graves et donc des décès. C’est là où les risques sont vraiment importants, tant qu’il s’agit du coronavirus. Chez les jeunes, l’expérience a montré qu’ils résistent bien au virus.

A ce niveau, le combat est loin d’être gagné. Selon les chiffres rappelés par Dr Sokhna, le Sénégal est très en retard par rapport aux objectifs qu’il s’était lui-même assignés. ‘’Le taux de vaccination, explique le directeur de l’Institut de recherche et de développement, est encore très faible. Selon les derniers chiffres disponibles, on était à un taux de 6 % de couverture vaccinale. Ce n’est même pas le niveau de la population cible prioritaire (personnels soignants, personnes âgées ou vivant avec des comorbidités), qui était évaluée à 20 %. Nous avons vraiment beaucoup d’efforts à faire à ce niveau’’. Malgré les inquiétudes sur l’efficacité des vaccins par rapport aux mutations constantes de la Covid-19, les spécialistes s’accordent à dire que la vaccination reste, à ce jour, le meilleur moyen de lutter contre la pandémie, ses vagues ainsi que ses variants.

La course folle du variant delta

Relativement à ces variants, c’est delta qui inquiète, aujourd’hui, de plus en plus. Selon les dernières estimations, ce variant continue son expansion galopante et pourrait prochainement devenir le variant dominant au Sénégal. Selon des études réalisées par l’Institut Pasteur et disponibles depuis quelques jours, ce nouveau variant qui était, il y a quelques semaines, juste de 1 %, représente maintenant 30 % des cas présents dans le pays. Une augmentation fulgurante qui confirme les différentes études qui soutiennent que le virus est 60 fois plus contagieux que le variant alpha (variant anglais qui avait fait des ravages lors de la deuxième vague) par exemple.

D’où l’inquiétude de Dr Sokhna et de beaucoup de professionnels de la santé. Le collaborateur de Didier Raoult d’affirmer : ‘’On dirait même que c’est désormais prédominant par rapport au variant alpha. Et ça, c’est une mauvaise nouvelle, parce que dans tous les pays européens par exemple, quand les variants sont dominants, il y a saturation dans les hôpitaux et les cas graves se multiplient. Il faut donc faire très attention.’’

Dans l’immédiat, préconise l’expert, il faut mettre un terme aux rassemblements, faire respecter les protocoles dans les marchés, les transports en commun, les lieux de culte et autres lieux de rassemblement.

Avec la multiplication des variants qui ont tendance à surplomber le variant originel, certains spécialistes ont tendance même à parler de nouvelle épidémie, au lieu de nouvelle vague. Docteur Sokhna explique : ‘’C’est ce qui arrive quand, dans le cadre d’une épidémie, les variants arrivent à dominer le virus originel. On ne parle plus de vague, mais on passe d’une épidémie à une autre. C’est toujours la même famille, le coronavirus, mais avec de nouveaux virus.’’

Beaucoup plus contagieuse, moins mortelle pour le moment, la nouvelle vague ou nouvelle épidémie se poursuit avec son lot d’incertitudes. Si l’on se fie aux vagues précédentes, difficile de dire quelle sera sa durée. En effet, alors que la première vague avait duré 7 mois, constate Dr Sokhna, la deuxième n’a duré que 4 mois et a enregistré un nombre plus important de décès.

MOR AMAR

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