Publié le 7 Oct 2014 - 14:35
VIVIANE WADE A PROPOS DE LA DETENTION DE SON FILS KARIM :

 «On veut détruire l'image de Karim et de son père» «Nous allons surmonter cette difficulté»

 

Karim Wade, fils de l'ancien président sénégalais Abdoulaye Wade et plusieurs fois ministre, est en détention préventive depuis avril 2013. Il est au cœur d'un procès d'enrichissement illicite et de biens mal acquis. Selon l'accusation, 178 millions d'euros issus de montages financiers se trouveraient dans des comptes à l'étranger. Le procès se tient devant la Cour de répression de l'enrichissement illicite, à Dakar. RFI a recueilli un témoignage rare et exclusif : celui de sa mère, Viviane Wade.

 

Depuis un an et demi, votre fils Karim Wade est en prison après avoir été interdit de sortie du territoire. Son procès s’est ouvert à Dakar. Quel est votre état d’esprit ?

Viviane Wade: Je ne suis pas quelqu’un qui s’apitoie, je suis quelqu’un qui veut comprendre. Tout d’abord, quand il y a eu cette interdiction de sortie, je me suis dit : « c’est une tracasserie, une petite vengeance ». Puis, quand on a parlé de milliards de milliards de milliards, je me suis quand même inquiétée. En me disant : « On parle de milliards parce que ça fait rêver les gens ». Là, j’ai su que ça devenait très, très sérieux. Et je ne comprenais pas. Les premiers six mois j’ai attendu de voir de quoi on l’accusait. C’était quand même plus sage, et j’ai été stupéfaite. Quand on a renvoyé encore six mois, pour une affaire d’un compte à Singapour, je me suis dit : « On n’a rien trouvé et on invente encore des choses. » J’ai eu très peur.

Aujourd’hui, avez-vous encore peur ?

Non, je n’ai pas peur, je suis très inquiète. La peur vous rend faible, l’inquiétude vous rend attentive et combattante.

Vous ne le pensez pas coupable ?

Non.

Vous rendez visite à Karim Wade en prison. Comment va-t-il ? Quel est son état d’esprit ?

Karim est lucide. Il est déterminé à prouver qu’il est innocent.

Comment vit-il cette détention ?

On n’en parle pas. Il ne m’a jamais dit qu’il souffrait, qu’il était mal. Il s’est installé dans sa prison, dans sa cellule pour vivre le mieux possible et en travaillant pour se défendre.

Depuis le début du procès, on vous voit aux premières loges, vous ne manquez pas une séance. Pourtant, on ne voit pas le père de Karim Wade ?

Il est tout à fait normal que je sois tous les jours auprès de mon fils. Quant au président, je ne le vois vraiment pas assister à ce procès, qui n’est pas un procès, qui est une parodie de procès. Qu’est-ce que cela ajouterait de plus pour Karim ? Reconnaître la Crei [Cour de répression de l'enrichissement illicite] ? Reconnaître cette parodie de justice ? Les avocats ont démontré que la procédure était entachée de fautes graves, de violations graves et d’autres moins graves, mais une quantité… Il n’y a pas de calendrier, tous les co-inculpés n’ont pas été entendus, il n’y a rien.

Est-il vrai qu’Abdoulaye Wade n’a pas été voir son fils en prison ?

Effectivement, le président n’est pas allé voir son fils en prison et il en a fait la demande. Je pense qu’elle a été acceptée mais ça aurait causé vraiment… peut-être un incident. Parce que quand Abdoulaye Wade sort, la foule le suit. Que serait-il arrivé ?

Il n’y a pas de problème entre les deux hommes, entre le père et le fils ?

Il n’y a aucun problème. Aucun.

Pendant les audiences, Karim Wade n’apparaît pas du tout comme quelqu’un d’abattu. Il fait même le « V » de la victoire. Est-ce que cela n’est pas un peu gênant ? Est-ce qu’il ne se donne pas un peu trop facilement le beau rôle ?

Je ne suis pas du tout d’accord avec vous, parce que maintenant, on a la preuve que c’est un montage.

Mais vous savez bien qu’il y a des Sénégalais qui sont contents que Karim Wade soit jugé, qu’il réponde enfin...

Nous sommes dans un procès politique, il a pris une attitude politique.

Vous avez accompagné votre époux dans son combat quant il était opposant, puis comme première dame, vous avez toujours été à ses côtés. Aujourd’hui, il y a toutes ces affaires de détournement, ces scandales. Avez-vous des regrets ? Est-ce que vous n’en avez pas un peu trop fait avec votre fils ?

Mais non ! C’est vrai qu’il a eu cinq ministères et qu'on l’appelait ironiquement « le ministre de la Terre et du Ciel ». Mais a-t-il commis des fautes ? Est-il poursuivi pour un détournement quelconque ? Non. On lui attribue des banques, on lui attribue des immeubles, on lui attribue des sociétés qui appartiennent à d’autres. On en conclut donc que c’est un procès politique. On veut probablement détruire son image et celle du père à travers lui.

Mais laisser penser aux Sénégalais qu’il allait lui succéder... Est-ce qu’il n’y a pas une erreur ? Est-ce que vous n’en avez pas trop fait ?

Ah ! Je n’ai jamais entendu qu’il était là pour succéder à son père. Il n’en a jamais été question. Après les élections, que le président a d’ailleurs reconnues dans les trois heures où il a compris qu’il avait perdu - il a félicité le futur président Macky Sall -, Karim repartait dans sa banque, rejoindre sa famille.

Vous n'avez donc aucun regret ?

On ne peut pas passer sa vie à avoir des regrets, autrement on passe sa vie à surmonter. Cette longue vie avec Abdoulaye Wade, plus de 50 ans de vie commune, m’a appris que l’on réussit sa vie que lorsqu’on a surmonté les difficultés. Et je pense que nous allons surmonter aussi cette difficulté.

Rfi.fr

 

Section: 
CODE ÉLECTORAL Tafsir Thioye charge la majorité
SONKO À L’HÉMICYCLE VENDREDI : Le bras de fer avec Diomaye en toile de fond
18 MAIRESSES SUR 558 COMMUNES, 13% TÊTES LISTES LORS DES DERNIÈRES LÉGISLATIVES… Le Sénégal face au recul de la représentation féminine
LE DIALOGUE NATIONAL CHANGE DE VISAGE : Que cherche réellement Diomaye ?
Préparatifs du congrès Pastef
POLITIQUE, ÉLECTIONS MUNICIPALES : Pastef et Coalition Diomaye Président, la campagne avant l’heure
LINGUERE Tening Faye nommée première femme préfet du département de Linguère
MEETING “SARGAL” À MBOUR : Serigne Gueye Diop met en avant “l’ancrage populaire” de la coalition au pouvoir
Cadres Jambaars
PASTEF : La guerre des clans se poursuit
CONSEIL COMMUNAL DE LA JEUNESSE : L’APR se réjouit et annonce la reconquête
MATAM : Farba Ngom, en seigneur au Fouta
LINGUÈRE - MEETING DE LA COALITION DIOMAYE PRÉSIDENT Djiby Sara Ndiaye annonce sa candidature à la mairie
L’ACTE DE NAISSANCE DE « TAXAWU SENEGAAL » Khalifa Sall trace la voie d'un nouveau contrat social
CODE ÉLECTORAL – LE PARLEMENT CONFIRME LE TEXTE EN SECONDE LECTURE : La balle est dans le camp de Diomaye Faye
MEETING SARGAL DIOMAYE : Le Président mobilise et fait faux bond aux militants !
ELECTIONS LOCALES 2027 : Le FDR veut unifier l’opposition
FONDS POLITIQUES – ACCÈS À LINFORMATION : Le règne de l’opacité
ENTRE TENSIONS SOCIALES ET IMPÉRATIFS ÉCONOMIQUES : L’État ajuste ses priorités
CENTENAIRE DU PRESIDENT ABDOULAYE WADE : Une célébration en grande pompe les 4 et 5 juin