Publié le 12 Oct 2012 - 14:17
WADE-SARKOZY VS MACKY-HOLLANDE

Du duo d'enfer au couple apaisé

 

 

Sortis de la fusée Wade-Sarkozy, nous voici en plein dans le navire Sall-Hollande. Deux philosophies de la pratique politique diamétralement opposées, entre instinct et prudence.

 

Nicolas Sarkozy et Abdoulaye Wade, malgré un écart d'âge d'environ trente ans, avaient développé de troublantes similitudes dans leur mode de gouvernance, en France et au Sénégal. Loin des sentiers balisés du système «énarchique», l'un et l'autre ont su trouver dans leur instinct politique et une perspicacité diabolique les moyens de bouleverser les hiérarchies établies qui mènent au pouvoir suprême, en France et au Sénégal. Spadassin infatigable, Sarkozy avait su dépasser les déboires d'une enfance à problèmes pour infliger des leçons d'efficacité politique à tout un système plutôt engoncé dans le normatif. Parvenu au pouvoir, il ne pouvait que gouverner de manière atypique, bousculant les habitudes de ses compatriotes par un volontarisme débridé qui exposa sa vie conjugale au cœur de la République française. Sa défaite à la présidentielle du 6 mai dernier ne fut que pâle surprise après un quinquennat controversé. Nicolas Sarkozy était grandement détesté en France, il n'en est pas mort, mais il est parti, dignement. Sans histoires.

 

Wade ? C'est un système à lui seul ! Revenu sur terre après des semaines d'errance existentielle faisant suite à sa débâcle du 25 mars, il s'est rendu à l'évidence que la réalité est bien plus puissante que sa seule volonté. A ses premières heures de gloire, il s'est inculqué l'idée qu'il était un roi après une intronisation à grandes pompes où il massacra consciencieusement des symboles de la République. L'ordre le dégoûte, mais il ne l'a aimé que pour lui et pour ses intérêts alors que, au fond, il fut pendant douze ans en tête du Guiness Book des Sénégalais les plus indisciplinés.

 

L'un et l'autre avocat, Nicolas Sarkozy et Abdoulaye Wade ont des rapports plus que compliqués avec l'argent, qu'ils adorent viscéralement. Le pouvoir à leurs pieds, ils ont cette «générosité» de savoir servir leurs amis et leurs intérêts, sans s'oublier eux-mêmes, à travers un système digne du brigandage. Le premier l'a fait avec tous ses amis milliardaires (Dassault, Bouygues, etc.), en y mettant les formes (comme avec Bernard Tapie). Le second, lui, ne s'est jamais embarrassé de procédures car, en vrai président africain, il a été inarrêtable sur ce plan... Dommage que la justice sénégalaise ait décidé de le laisser tranquille dans son repaire d'exil, Versailles.

 

Wade et Sarkozy ont fait rêver, ils ont fini dans le mur. Macky Sall et François Hollande font plutôt ronron ! Et ce n'est pas négatif. Physique à peu près identique, réfléchis et prudents jusqu'à susciter l'énervement, ces deux rondeurs à la tête du Sénégal et de la France pour les cinq prochaines années sont les héritiers malchanceux de bilans jugés de part et d'autre carabinés. En politique, ils ne sont pas des professionnels du risque, ni de la rhétorique, encore moins des coups d'éclat. En cinq mois de présidence, Hollande a convaincu sur un point : il ne fera rien de sensationnel si ce n'est de respecter le maximum de promesses électorales que la reine crise lui autorisera. Chez Macky Sall, c'est encore plus simple : son impuissance à agir sur les événements a déjà été décrétée par son porte-parole. Il arrivera donc ce qui arrivera !

 

Sortis vainqueurs de deux «référendums» dans un intervalle de huit semaines, le Corrézien et le Fatickois relèvent tous deux de la modération en politique. Produits de deux systèmes aux philosophies diamétralement opposées, ils semblent pourtant avoir opté pour une certaine variante de la pédagogie dialectique, celle qui emporte l'adhésion par l'explication, la répétition, le rabâchage. Mais quand cette prudence de sioux impacte sur les espoirs populaires, cela fait désordre. C'est tellement vrai que, en France et au Sénégal, les opinions publiques sont unanimes, à l'heure actuelle, à regretter le rythme lent de la mise en œuvre des réformes et engagements promis par les ex-candidats devenus chef d'Etat. Résultat des courses : Hollande est en chute libre dans les sondages, à un niveau inquiétant. Sall, lui, subit les critiques de plus en plus audibles d'une frange de l'opinion qui lui fait pourtant encore confiance...

 

Momar DIENG

 

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