Publié le 10 Mar 2015 - 12:29
PROCES EN APPEL POUR ABUS DE CONFIANCE

La journaliste ne veut pas payer les 40 millions

 

Condamnée en première instance pour abus de confiance au préjudice de son ex-copain modou-modou, la journaliste Hadiatou Kamara a comparu devant la Cour d’appel de Dakar. Si la Cour suit les réquisitoires du parquet, la prévenue, épouse d’un magistrat, sera relaxée.

 

En 2005, Mountaga Amadou Hann et Hadiatou Kamara ont vécu une liaison amoureuse. Comme une princesse, la jeune dame qui vivait à Paris était choyée par son amant qui la couvrait de cadeaux. Mais au bout de quelques mois, en janvier 2006 précisément, Melle Kamara convola en noces avec un magistrat au détriment du modou-modou établi en Italie. Cette trahison aurait-elle poussé Mountaga A. Hann à intenter une action judiciaire contre la journaliste, comme l’ont affirmé les avocats de la dame ?  L’émigré jure la main sur le cœur qu’il n’en est rien.

Il a affirmé hier, à la barre de la Cour d’appel, que son ex-copine a abusé de sa confiance, en le dépouillant de toutes ses économies récoltées, après plusieurs années d’émigration en Italie. Tout a commencé, lors d’une visite que Cheikh Aguibou Soumaré a effectuée en Italie en juin 2005, en tant que Premier ministre. Selon la partie civile, Hadidiatou Kamara qui faisait partie de la délégation, en tant que chargée de communication, l’a approchée pour lui soumettre un projet dénommé ‘’Indépendant Groupe multimédia’’. Il portait sur la création d’une chaîne de télévision, d’une radio et d’une imprimerie.

Pots-de-vin

Mais le projet n’a jamais vu le jour. Or, l’émigré dit avoir versé plus de 45 millions de francs CFA à son ex-partenaire et copine. La partie civile soutient que la dame lui faisait croire que les divers montants avaient servi à verser des pots-de-vin à des autorités pour les papiers afférents au projet et aux frais de voyage Paris-Dakar-Paris pour les démarches et autres. Selon toujours M. Hann, la dame lui avait même fait croire qu’un site avait été retenu dans la zone du Technopole. Pour étayer ses propos, l’émigré a versé plusieurs reçus d’envoi, mais aussi une décharge dans laquelle la prévenue reconnaît lui devoir de l’argent.

Autant de preuves qui ont fait que la dame, après avoir passé deux mois en détention préventive, a été condamnée le 11 août 2009, à six mois assortis du sursis. Hadiatou Kamara a aussi été condamnée à des dommages et intérêts d’un montant de 40 millions de francs CFA. Une décision confirmée en appel. Mais l’affaire est revenue devant la cour d’appel sur opposition. Parce que la prévenue estime avoir été condamnée sur la base de faux documents. Même si l’ingénieur en informatique a confirmé que la signature de la dame portant sur la reconnaissance de dette n’est pas scannée comme le soutient cette dernière.

La dame confondue par l’expertise

‘’Tous les documents sont faux, car je n’ai jamais signé de reconnaissance de dette. Tout ce qu’il m’a offert, c’était dans le cadre d’une relation amoureuse’’, a déclaré la jeune dame, tout en indiquant que son amant d’alors ne lui a offert que ‘’quelques modiques sommes  de 100 à 250 euros’’. Tout en pleurs, elle a expliqué que son ex-copain agit par pure vengeance, car il n’a pas supporté qu’elle ait épousé un autre. ‘’Je ne suis pas une marchandise. Je me marie avec qui je veux’’, a-t-elle asséné à la partie civile. ‘’Calmez-vous madame’’, a tenté de la raisonner le président de la Cour.

‘’Cela fait neuf ans qu’il me torture. Je n’en peux plus. Il fait tout pour casser mon ménage, car lorsque je me suis mariée, il m’a dit : ‘’Tu t’es mariée avec un magistrat, mais moi ce sont des procureurs qui me tiennent mes valises’’. Sur les faits, la dame a nié avoir discuté un quelconque projet avec la partie civile. ‘’J’avais des partenaires espagnols. Comment je peux espérer un financement avec une personne qui vendait à la sauvette ou qui vendait sous la neige ?’’, a-t-elle lancé avec mépris. ‘’Comment une étudiante entretenue par un élève magistrat peut-elle faire Paris-Dakar à plusieurs reprises, en l’espace de trois mois ?’’ a répliqué pour sa part la partie civile, en soutenant que c’est la mère de la prévenue qui a suggéré l’idée du mariage. Et tout ce qu’il a offert, comme cadeau à Hadiatou, c’est une chaîne et des boucles d’oreille en or et un sac.

La thèse de la vengeance avancée

La défense a soutenu qu’il en a offert plus, mais veut se venger de la trahison. A défaut d’une infirmation, Mes Baba Diop et Ciré Clédor Ly ont demandé la désignation d’un graphologue pour expertiser la reconnaissance de dette. Pour la représentante du parquet général, Catherine Aïssata Bâ, il n’y a pas d’abus de confiance et que la relaxe s’impose. Me Baboucar Cissé a estimé que la parquetière ‘’est tombée dans le piège de la prévenue qui faisait du cinéma en pleurant’’. Il a demandé à la Cour de déclarer irrecevable l’opposition, car celle-ci n’a pas été faite par la prévenue et n’a pas été communiquée à la partie civile. A défaut de l’irrecevabilité, jugée non fondée par ses confrères, Me Cissé a plaidé la confirmation du jugement de première instance.

Délibéré le 13 avril prochain. 

FATOU SY

 
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