Publié le 18 Jun 2016 - 04:24
RAMADAN A KOLDA

La glace vendue entre 400 à 600f, le sachet

 

A Kolda, la vente de la glace est un business lucratif, en ce mois du ramadan. Vendeurs et revendeurs de cet ‘’or blanc’’ se frottent les mains et bénissent le ciel. Les consommateurs eux se plaignent de l’inflation sur les prix qui varient entre 400 et 600 francs.

 

10 heures, au quartier Bantanguel, commune de Kolda. Mariama Baldé, Binta Diao et Saly Diamanka, trois femmes aux pagnes mal noués, tenant des sacs de riz vides, sont à la recherche de la glace tant convoitée, en ces temps de canicule et de jeûne, pour la revendre. De maison en maison, ces trois dames dans la quarantaine entrent et ressortent. « Tous les jours, nous sillonnons les concessions pour trouver de la glace. Parce qu’en ce moment, son commerce marche bien. Nous pensons qu’il faut en profiter, pour se tirer d’affaires, au lieu de rester à la maison sans rien faire », explique  Mariama Baldé.

A la question de savoir quel est le prix d’un sachet de glace, Binta Diao répond : « en ce mois béni du ramadan, le prix de la glace a grimpé dans la région de Kolda, prenant au dépourvu les consommateurs et même nous les revendeurs ». En effet, il faut débourser, entre 400 et 600 francs CFA pour se payer un sachet de glace. Moussa Diouf, revendeur de glace assis sur sa moto, confie : « J’achète un sachet de glace dans la ville de Kolda à 200 et 300 francs. Donc, je suis obligé de revendre de 400 à 600 francs dans les communes de Bourouco, de Ndorna et Pata. Sinon, je ne vais pas m’en sortir. Vous voyez comme ma moto est couverte de poussière. Je peux transporter 70 sachets de glace sur ma moto. Je dépense, tous les jours, 10 mille francs CFA pour l’achat de la glace. Après la vente, je peux avoir 20 à 30 mille francs CFA ».

Safiétou Diallo, autre revendeuse basée à Pata, parcourt elle aussi plusieurs kilomètres à la recherche de la denrée précieuse. Une situation qu’elle vit difficilement, surtout en période de la forte canicule et de jeûne. « Je fais le commerce de la glace, pendant le mois de ramadan. Parce qu’après le jeûne, la vente de la glace n’aura plus d’intérêt », dit-t-elle. Avant de souligner que « trouver de la glace est un véritable parcours de combattant. Si tu ne fais pas de commande, tu n’auras rien. Parce que les autres vendeurs le font. On est obligé de suivre le rythme. Nous tous vendons entre 400 à 600 francs. Sinon, pas de bénéfices ».

Les consommateurs se plaignent

Du côté des chefs de familles qui cèdent ces sachets de glace aux revendeurs, on explique les prix pratiqués par « les factures d’électricité qui sont exorbitantes ». « En cette période de ramadan, nous allumons, de jour comme de nuit, les frigos. Sinon la glace ne se forme pas ». Mais du côté des consommateurs, c’est un autre son de cloche. On ne cautionne pas du tout cette flambée des prix des sachets de glace. Unanimement, on souligne que le prix du sachet devrait rester à 100 francs. Car, le ramadan est un mois de générosité.

Assis devant sa maison, Hamady Sabaly, âgé de 80 ans, est de ceux qui pestent contre cette flambée. « Ce n’est pas normal de vendre la glace entre 200 et 600 francs. Le mois de ramadan est un moment de sacrifice. Une période pour solliciter le pardon de nos péchés. Donc, les vendeurs doivent laisser le prix d’un sachet de glace à 100 francs, comme d’habitude. Faire le contraire, en ce mois, est un péché ». Son camarade d’enfance Chérif Diassy, abonde dans le même sens. « Avant, il n’y avait pas ce genre de pratiques, parce que les gens avaient peur de Dieu. Mais, maintenant, les gens cherchent même Dieu pour le tuer. Car, ils n’ont peur de rien. C’est ce qui fait que nous sommes dans un monde du laisser-aller. Chacun fait comme bon lui semble. C’est le consommateur qui trinque », fulmine l’octogénaire.

 Salimou Mansaly, un tailleur installé en plein cœur du centre-ville, remarque lui que la pratique devient récurrente. Depuis des années, c’est la même rengaine, pendant le mois de ramadan. Mais, « tout le monde se tait. Personne ne dit rien ». 

EMMANUEL BOUBA YANGA

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