Publié le 4 Jan 2017 - 18:44
3 QUESTIONS A...MAURICE SOUDIECK DIONE, (DOCTEUR EN SCIENCES POLITIQUES)

‘’Aujourd’hui, le peuple sénégalais est difficilement manipulable au plan politique’’  

 

Le nombre de députés est officiellement passé à 165 dont 15 pour les Sénégalais de l’Extérieur, alors qu’il était prévu de leur consacrer un quota de 10 parlementaires.  Cette nouvelle donne ne risque-t-elle pas de compliquer davantage les relations entre Macky Sall et son opposition ?

Il faut dire qu’il y a eu par rapport à cette question une rupture unilatérale sur un point d’accord dégagé lors de la rencontre du 1er décembre 2016 entre le Président Sall et la délégation de Manko Wattu Senegaal. Cela est regrettable, car le consensus sur les règles électorales est un gage de stabilisation et de pacification du jeu politique. Le président de la République devrait en ce sens, dans l’intérêt national, s’élever au-dessus des contingences politiques, car il est le premier garant du fonctionnement régulier des institutions au double plan constitutionnel et politique, en raison de la nature du système politique sénégalais qui fait du chef de l’Etat la matrice essentielle du jeu.

Naturellement, ce revirement va susciter davantage un sentiment de méfiance entre le Président et l’opposition. En effet, la promesse de réduire le mandat de 7 à 5 ans n’a pas été respectée, l’accord sur le nombre des députés et la part dévolue aux Sénégalais de l’extérieur n’ont pas été finalement respectés. Dans cette lancée, il risque d’y avoir une perte de confiance en la parole présidentielle, ce qui est de nature à compromettre le dialogue, car si on revient sur ce qui a été décidé ensemble pour des intérêts personnels et partisans, l’opposition peut se dire à quoi bon continuer à négocier ; d’où il peut naître des crispations de part et d’autre, pouvant générer des situations de crises politiques.

 Le nombre d’élus et de nommés dans les institutions (Assemblée nationale, Haut conseil des collectivités territoriales, Conseil économique, social et environnemental, Commission nationale pour le dialogue des territoires) est disproportionné par rapport à la population. Comment expliquer le choix des autorités sénégalaises sur ces questions ?

C’est un phénomène lié aux impératifs de reproduction des coteries dirigeantes. Il faut dire à cet égard que la distinction entre élus et nommés doit être relativisée, en ce sens que par le biais du phénomène politique majoritaire au service exclusif du Président, ceux qui sont élus le sont, pour une bonne part, par la volonté de ce dernier qui est en même temps chef de parti, l’Alliance pour la République, et chef de la coalition Benno Bokk Yaakaar. En plus de cela, le Président nomme tous les membres du Conseil économique, social et environnemental, de la Commission nationale pour le dialogue des territoires, et 70 des 150 membres du Haut conseil des collectivités territoriales.

En réalité, la création de toutes ces institutions semble plus obéir à une rationalité politique clientéliste pour augmenter les soutiens du régime en place, qu’à une rationalité d’efficacité et d’efficience tendue vers une représentation juste et judicieuse des Sénégalais et une gouvernance techniquement et démocratiquement de qualité. Par exemple, le HCCT a des compétences qui se résument à émettre des avis et vœux sur la politique de décentralisation, l’aménagement et le développement du territoire (article 1 et 2 de la loi organique 2016-24 du 14 juillet 2016 relative au HCCT), alors même qu’il existe un ministère de la Gouvernance locale, du développement et de l’aménagement du territoire, une Agence nationale de l’aménagement du territoire, une Agence de développement municipal, une Agence de développement local, et une Commission nationale du dialogue des territoires ! C’est pourquoi le référendum organisé dernièrement, le 20 mars 2016, aurait pu être dans son principe une occasion cruciale pour instaurer un débat fructueux sur les institutions, afin de dégager un consensus fort, pour que les acteurs puissent s’entendre sur celles dont le Sénégal a réellement besoin, et définir ensemble les modalités de leur fonctionnement. Cela aurait eu l’avantage d’élever les institutions au-delà des lubies politiciennes de manipulation à des fins personnelles et partisanes, indignes des démocraties qui se respectent. Malheureusement, ce fut une occasion manquée.   

A travers cette augmentation du nombre de députés, Macky Sall ne prête-t-il pas le flanc dans un contexte d’ébullition du front social ?

Bien entendu. Car pour conserver le pouvoir par des dépenses clientélistes, on ne lésine jamais sur les moyens, alors que pour des dépenses plus légitimes liées au fonctionnement normal de services publics vitaux comme la santé et l’éducation par exemple, on fait preuve de beaucoup moins de sollicitude. Les logiques politiques électoralistes semblent donc avoir tendance, pernicieusement, à primer sur la prise en charge des préoccupations réelles des populations. Car tout porte à croire que le pouvoir est déterminé à mettre de son côté toutes les chances d’avoir encore une majorité à l’Assemblée, et conjurer ainsi le spectre de la cohabitation, ce qui pourrait expliquer, en partie, l’augmentation du nombre des députés. Mais on oublie que la maturité démocratique du peuple sénégalais est telle qu’il est aujourd’hui difficilement manipulable au plan politique. 

HABIBATOU TRAORE

 

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