Publié le 18 Apr 2019 - 21:36
BUDGET SENSIBLE AU GENRE

Comment y arriver

 

L’absence de critères d’arbitrage sensible au genre et de moyens de contrôle de la prise en compte de la question, lors de l’adoption du budget de l’Etat, la disponibilité des données et des outils opérationnels, sont des contraintes notées au Sénégal, dans le processus de mise en œuvre de la budgétisation sensible au genre. C’est ce qu’a souligné, hier, la représentante du ministère sénégalais des Finances, Khady Ndao Diagne, lors d’un atelier sur le sujet.

 

Levier de politique économique, le budget est basé sur des normes et une structuration. Cependant, la représentante du ministère des Finances du Sénégal, Khady Ndao Diagne, précise que la neutralité qu'on veut attribuer au budget ‘’n'est pas exacte’’. Et toutes les opérations budgétaires peuvent aboutir à des impacts différents sur les hommes et les femmes. ‘’Il est utile de comprendre le concept de budgétisation sensible au genre (Bsg). C’est une application du principe de l’égalité des sexes en matière budgétaire. On ne fait pas allusion à un budget séparé pour les hommes et les femmes. On identifie, d'abord, les inégalités existantes dans ce sens pour les corriger’’, explique Mme Diagne. Elle s’exprimait hier, lors d’un atelier de dissémination des résultats du projet de recherche-action sur le sujet.

En effet, ce processus repose sur des normes juridiques et fait intervenir plusieurs acteurs, politiques, techniques et les observateurs. Au Sénégal, le projet du Consortium pour la recherche économique et sociale (Cres) montre qu’il y a des contraintes dans le processus d’élaboration du Bsg. Elles sont notamment liées à l’appropriation de ses enjeux, à la disponibilité des données et des outils opérationnels. ‘’Les acteurs qui sont dans le processus ne lient pas le Bsg à l’égalité des sexes. Or, c'est un droit de l'homme comme celui de vote. Ils ne le voient pas comme un outil de bonne gouvernance. On ne peut pas arriver à un développement économique, si on ne tient pas compte des besoins des populations des deux genres’’, renchérit Mme Mbaye.

Selon elle, le Bsg permet de rendre la gestion budgétaire ‘’plus performante’’. Donc, ce responsable du ministère des Finances estime qu’il est important de prendre en compte ces besoins dans les politiques publiques.

En dehors de ce défi, le cadre juridique n’est pas très pointu sur la budgétisation sensible au genre. Sur ce, Mme Diagne fait savoir qu’il y a une absence de critères d’arbitrage sensible au genre et moyens de contrôle de la prise en compte du genre lors de l’adoption du budget de l’Etat. ‘’Le dispositif de contrôle budgétaire consacré par la loi organique offre des moyens spécifiques de suivi et d’évaluation des progrès en matière d’égalité de genre. Mais la loi organique relative aux lois de finances de 2011 est muette sur le genre et la budgétisation sensible au genre’’, regrette-t-elle.

Des outils d’identification des besoins et disparité de genre ‘’insuffisants’’

Pour ce qui est des outils opérationnels, le constat est que la nomenclature budgétaire, qui a la vocation d’organiser les données budgétaires en recettes et en dépenses aux fins d’identification et de présentation, ‘’ne classe pas’’ les ressources dédiées à l’égalité de genre, ni les dépenses dédiées au genre. Et les services qui interviennent dans la mise en œuvre de l’égalité ne font pas l’objet de classement et de codification. En fait, selon Mme Diagne, les outils  d’identification des besoins et disparité de genre ‘’ne sont pas suffisants’’ et leur mise en œuvre ‘’n’est pas encore systématique’’. En plus, les documents budgétaires annoncent ‘’exceptionnellement’’ des informations relatives à l’égalité des sexes. En plus, leur conception méthodologique ne confère pas encore au genre ‘’une place convenable’’.

‘’Cette situation induit un manque de visibilité et ne rend pas non plus lisible les actions publiques en faveur du genre’’, signale-t-elle. Le directeur exécutif du Cres, Pr. Abdoulaye Diagne, ajoute que beaucoup d’efforts ont été faits au Sénégal en matière de budgétisation sensible au genre. Mais celles-ci ‘’ne sont suffisantes’’ pour s’assurer que les ressources publiques bénéficient de ‘’façon équitable’’ aux hommes et aux femmes. ‘’Certes, la volonté politique existe pour corriger ces inégalités. Mais on ne dispose pas d’instruments adéquats. On ne sait pas réellement où est-ce qu’on doit intervenir pour que le processus d’élaboration de la loi de finances du pays intègre de façon explicite cette question’’, poursuit le Pr. Diagne.

Il faut noter que l’atelier a aussi été une occasion de partager des résultats des travaux par une institution de recherche basée en Ouganda. Et d’après le directeur exécutif du Cres, ils montrent qu’il y a des différences dans les expériences sur certains points. ‘’L’Ouganda a fait des provisions, notamment dans le processus de certification des budgets. Ce qui fait partie des recommandations que nous allons faire au Sénégal pour qu’il ait ce processus pour les budgets des différents ministères, afin de nous assurer que dans leur élaboration, il y a une prise en compte effective de la dimension genre’’, fait-il savoir.

MARIAMA DIEME

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