Publié le 26 May 2025 - 18:23
KAYES SOUS LE FEU

L’alarmante recrudescence des attaques terroristes à la frontière du Sénégal

 

En moins de 48 heures, deux attaques d’envergure ont secoué la région de Kayes, à la frontière du Sénégal. Une société chinoise et une équipe médicale malienne ont été prises pour cibles par des hommes armés affiliés au JNIM. Ces événements, d’une violence inédite, ravivent les craintes d’une expansion du terrorisme vers le Sénégal, que beaucoup jugeaient encore préservé. Au-delà des alertes théoriques, ce sont désormais les faits qui imposent une réponse.

 

Ce ne sont ni les chiffres glaciaux d’un rapport du Timbuktu Institute ni les analyses stratégiques d’experts sécuritaires qui font aujourd’hui klaxonner la sonnette d’alarme à la frontière sénégalo-malienne. Ce sont les faits. Désormais implacables. Deux attaques d’une extrême gravité ont secoué la région de Kayes en moins de 48 heures, révélant une détérioration fulgurante de la situation sécuritaire dans ce corridor stratégique entre le Mali, la Mauritanie et le Sénégal. Et posant de façon directe la question de la vulnérabilité de la frontière est du territoire sénégalais.

La première attaque est d’une violence rare. Le samedi 24 mai 2025, dans la localité de Tirena-Marena (cercle de Yélimané), des hommes armés appartenant à la Katiba locale du JNIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans) ont pris pour cible un convoi de la société chinoise Covec. Celle-ci était engagée dans les travaux d'aménagement de la route nationale n°1, un axe vital pour le commerce entre Bamako, Nouakchott et Dakar.

Selon plusieurs sources concordantes, les assaillants ont incendié au moins deux engins de chantier, un camion-citerne et un bulldozer, provoquant un gigantesque brasier visible à plusieurs kilomètres. Des vidéos d’amateurs circulant sur les réseaux sociaux montrent les engins calcinés, les pneus encore fumants et les restes de bidons d’essence fondus sous l’intensité de l’incendie. La société a depuis suspendu ses activités.

Moins de 24 heures plus tard, c’est un épisode encore plus glaçant qui survient. Sur l’axe Kayes - Sandaré, au niveau de Tringa-Marena, une équipe du district sanitaire de Nioro du Sahel est prise pour cible. À bord d’un véhicule Hilux blanc, le médecin-chef, le directeur de la Promotion de la femme et de la famille, le directeur du Développement social et leur chauffeur sont enlevés en plein jour. Il était 14 h 30. Ils revenaient d’une mission de routine. Leur enlèvement a suscité une vague d’indignation, mais aussi une mobilisation inédite des acteurs de la santé publique de la région, la direction régionale appelant à l’union des prières pour leur libération.

Ces deux actes, aussi distincts qu’ils paraissent, relèvent d’une même stratégie : mettre sous pression l’Ouest malien pour couper les routes d’approvisionnement vitales, fragiliser l’appareil administratif déjà éprouvé et déstabiliser les communautés en s’attaquant à des cibles symboliques et civiles. En ciblant à la fois une entreprise internationale et des agents de santé, les groupes terroristes cherchent à envoyer un signal clair : aucun domaine n’est à l’abri et la guerre se joue aussi sur le terrain psychologique.

Il y a quelques jours, le rapport du Timbuktu Institute alertait pourtant sur la montée en puissance des groupes armés non étatiques dans cette zone frontalière. L’article que ‘’Jeune Afrique’’ avait consacré à ce rapport avait suscité de vives polémiques, poussant certains commentateurs à dénoncer un alarmisme injustifié, voire à accuser l’hebdo de ternir l’image du Sénégal. Ils sont allés même jusqu’à demander son exclusion du Sénégal. Un mois plus tard, les faits rattrapent les démentis : les routes flambent, les blouses blanches disparaissent et la peur s’installe.

La ‘’Route de l’or’’, comme on surnomme la RN1, est bien plus qu’un axe logistique. Elle est un symbole : celui d’une circulation des biens, des hommes, des services, indispensable à l’intégration régionale. Pour beaucoup d’observateurs, sa mise en danger par les groupes terroristes, à quelques kilomètres de la frontière sénégalaise, doit être prise au sérieux. Le JNIM a déjà montré sa capacité d’extension et d’adaptation dans d’autres zones jadis jugées à l’abri. La vigilance ne saurait donc être optionnelle.

Pour eux, la région de Kayes est aujourd’hui sur une ligne de crête. Ses autorités, comme celles de Dakar, doivent activer des mécanismes bilatéraux de surveillance et de prévention. Car ce qui se joue dans le silence des savanes de Yélimané pourrait, demain, ébranler l’ensemble de la zone ouest du bassin sénégalais. Il n’y a plus d’excuses, plus de doutes. Les terroristes sont là. Et ils frappent à nos portes.

 Un effet domino redouté : la frontière sénégalaise dans le viseur des djihadistes

Pour de nombreux observateurs sécuritaires, la situation devient critique. ‘’Une attaque aussi bien coordonnée à 80 km de Kayes et à 180 km de Kidira, ce n’est plus un incident isolé. C’est une démonstration de force, un message clair : la frontière sénégalaise est atteignable’’, analyse Doudou E. Diouf, analyste sécuritaire dans un cabinet à Dakar. Il poursuit que l’absence de pertes humaines n’atténue en rien l’effet psychologique de ces assauts.

Un autre analyste, Victor Nana, y voit un enjeu stratégique de grande ampleur : ‘’Ce que cherche le JNIM, c’est d’asphyxier le Mali en coupant ses veines logistiques, notamment cette RN1 surnommée ‘Route de l’or’. Si elle tombe, c’est toute l’économie d’exportation et d’approvisionnement qui s’effondre. Et si le Sénégal ne réagit pas, il deviendra la prochaine cible évidente.’’

À mesure que les flammes de l’instabilité s’étendent vers l’Ouest, le Sénégal ne peut plus se contenter d’un rôle d’observateur prudent. Les derniers événements aux portes de Kayes rappellent l’urgence d’un réveil stratégique, diplomatique et sécuritaire. À l’heure où le silence des armes se raréfie au Sahel, c’est la cohérence des choix politiques et l’anticipation des menaces qui feront la différence entre résistance résolue et vulnérabilité annoncée.

AMADOU CAMARA GUEYE 

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