Publié le 9 Feb 2026 - 13:01
TOURNÉE GUINGUINÉO - CAMPAGNE AGRICOLE, CRISE UNIVERSITAIRE...

Ousmane Sonko et le pari de la “vérité directe”

 

Le Premier ministre Ousmane Sonko a consacré un weekend intense au département de Guinguinéo, marquant une étape clé de sa tournée nationale. Pour le président du Pastef, cette étape n'est que le grand lancement ; les 45 autres départements devraient suivre pour aller parler de choses qui concernent la nation et d'autres destinées uniquement à ses partisans.

 

Tournée politique ou campagne électorale déguisée, c'est selon où l'on se situe. Le président du Pastef a été à Guinguinéo ce weekend, l'étape initiale d'une série de visites dans les 46 départements. Dans cette partie du centre-sud du pays, entre les communes de Khelcom Biram, Ngathie Naoudé et Mbadakhoune, le leader de PASTEF a déployé une stratégie de proximité, mêlant dans ses prises de parole la gestion des crises sociales, les ambitions économiques pour le monde rural et une fermeté absolue quant à la cohésion de son parti.

Déjà le premier jour de sa tournée, à l’étape de la commune de Khelcom Birane, où sont installés les locaux de l’Université du Sine Saloum El Hadji Ibrahima Niass (USSEIN), le Premier ministre a été accueilli par des étudiants en plein mouvement de protestation. Adoptant une posture assez ferme, il a cherché à dissiper les malentendus sur les bourses qui secouent présentement l'université sénégalaise. « Aux étudiants, vous êtes nos enfants. Peut-être que vous ne le saviez pas, mais nous avons de grandes ambitions pour votre bien-être. J’ai toujours demandé aux ministres de payer les bourses à temps », a-t-il déclaré.

Soutien à l'appui, il a assuré qu’il n’existe techniquement ni arriérés ni retards ; il attribue le malaise à une mauvaise interprétation des rappels de paiement. Invitant les étudiants à regagner les amphithéâtres, il a promis de détailler cette question tout au long de son périple. Il faudra redoubler d’arguments, car les étudiants soutiennent tout à fait le contraire de ses propos à travers leurs voies de communication.

Souveraineté alimentaire : la question de l'arachide

En plein bassin arachidier, le Premier ministre ne pouvait ignorer les enjeux de la campagne agricole. À Ngathie Naoudé, il a défendu le bilan du gouvernement avec des chiffres records : « Pour la campagne agricole, certes, il y a des difficultés pour la commercialisation de l’arachide et nous l’admettons, mais nous avons produit cette année 960 000 tonnes. Ce qui constitue un exploit », a-t-il souligné.

Pour Ousmane Sonko, la solution au malaise paysan ne réside pas seulement dans la collecte, mais dans la transformation locale. Il a exposé une vision de souveraineté visant à réduire la dépendance aux importations : « Le ministre de l’Agriculture, Mabouba Diagne, fait tout son possible pour réduire au maximum les importations de certaines denrées. Ce sont des efforts que le Gouvernement compte consolider et, dans quelques années, nous voulons atteindre l’autosuffisance alimentaire. Cela permettra d’économiser de l’argent sur les importations qui servira à financer nos agriculteurs, industriels et commerçants. »

Il a notamment annoncé un plan de modernisation pour le fleuron industriel national : « Nous allons renouveler toutes les unités industrielles de la Sonacos afin que nous puissions transformer nous-mêmes notre production arachidière et exporter notre huile. C’est cela notre vision et nos ambitions pour l’agriculture. »

Mais là encore, concernant la question de l'arachide, juste un mois auparavant, dans cette même région de Kaolack, le chef du gouvernement prédisait l'atténuation de la souffrance des agriculteurs : « J’ai instruit la Sonacos d’acheter 450 000 tonnes au lieu de 250 000 », avait-il déclaré, ce lundi 5 janvier 2026.

Lors de sa tournée, plus précisément à Fass Barigo, Sonko a aussi fait du Ousmane. Cette fois-ci, il n’a pas pointé uniquement les manquements de l'ancien régime, mais plus de 60 ans de gouvernance entre le PS, le PDS et l'APR. « Nous sommes dans une grande commune qui, de 1960 à 2026, soit 66 ans, manque de tout : un manque d’eau, des infrastructures sanitaires, bref, des infrastructures sociales de base. Donc, où étaient ceux qui nous gouvernaient, nos dirigeants de 1960 à nos jours ? Ce sont ces gens-là qui sont sur les plateaux de télévision, dans les radios, pour vous faire croire que le nouveau régime peut régler tous ces maux en deux ans. Leur seul objectif, c’est de détruire ce qu’on a commencé pour mettre le pays sur les rails. »

Le discours politique et les mises en garde du chef de parti

L’après-midi à Mbadakhoune et Ngathie Naoudé, le samedi, a été marqué par un discours politique musclé. Face à la ferveur des militants, mais aussi aux ambitions personnelles qui commencent à poindre en vue des locales de 2026, le Premier ministre a laissé la place au chef de parti. En effet, le Président de PASTEF a rappelé que l'intérêt collectif primait sur les carrières individuelles.

Interpellé sur les investitures, il a prévenu ceux qui seraient tentés de faire cavalier seul : « Les élections, il pourra continuer avec sa liste, mais il se confirmera alors comme un démissionnaire du parti », a-t-il tranché sans détour.

Enfin, toujours par rapport à ce chapitre politique, devant une foule enthousiaste, il a rappelé la singularité de son mouvement, insistant sur le fait que le pouvoir appartient au peuple et non aux dirigeants. « Pastef est le seul parti politique au sein duquel on se dit la vérité en face. Nous n’avons pas peur des désaccords, encore moins d’entendre les citoyens exprimer leur insatisfaction. Le jour où les Sénégalais, qui nous ont confié le pouvoir, diront qu’ils ne sont pas satisfaits, nous leur remettrons ce pouvoir dans la paix et la concorde. »

Cette étape à Guinguinéo aura permis à Ousmane Sonko de réaffirmer les trois piliers de son action : l'écoute sociale, la transformation économique structurelle et la rigueur militante. En quittant le département, le Premier ministre a exprimé sa satisfaction, rappelant son souhait d'étendre cette dynamique de "vérité directe" aux 46 départements du Sénégal.

MAMADOU DIOP

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