Le plaidoyer du ministre Cheikh T. Dieye

La coopération transfrontalière en matière d'eau en Afrique ne devrait être ni politique encore moins diplomatique, mais une nécessité stratégique, selon le ministre de l'Hydraulique et de l'Assainissement, Dr Cheikh T. Dièye, qui prend part au symposium Africain sur le leadership en matière de système d'eau et d'assainissement, à Kigali.
« Garantir un approvisionnement durable en eau et des systèmes d'assainissement sûrs pour atteindre les objectifs de l'Agenda 2063 » est le thème du symposium Africain sur le leadership en matière de système d'eau et d'assainissement qui se tient à Kigali au Rwanda. Le ministre de l'Hydraulique et de l'Assainissement et par ailleurs président du Conseil des Ministres africains en charge de l'Eau (AMCOW), souligne que ce thème montre que l'eau et l'assainissement ne peuvent plus être considérés comme de simples secteurs techniques.
En effet, selon Dr Cheikh T. Dièye, l'eau est, avant tout, un impératif de développement, une question de santé publique, de sécurité alimentaire, d'énergie, de résilience climatique, de paix et de stabilité. En somme, un enjeu de souveraineté. Ainsi, pour faire face aux enjeux multiformes du secteur de l'eau et de l'assainissement, il préconise d’attirer davantage de capitaux publics et privés, structurer des mécanismes innovants de financement, mais aussi renforcer les institutions africaines de financement du développement.
« Nous devons tous comprendre, et le faire comprendre à nos partenaires internationaux, que financer l'eau n'est pas une dépense : c'est un investissement dans le développement, la santé, la productivité et la stabilité de l'Afrique. Je voudrais aborder une autre dimension de notre politique commune. C'est celle de la coopération. C'est un enjeu sur notre continent. C'est aussi une responsabilité. L'eau ignore les frontières ; les fleuves les ignorent, les nappes phréatiques les ignorent, les écosystèmes les ignorent et les défis climatiques les ignorent tout autant », indique Dr Dieye. Qui est d’avis que la coopération transfrontalière n'est pas un choix diplomatique ou politique facultatif, « c'est une nécessité stratégique ».
« L'eau doit rapprocher les peuples africains »
Il convoque les données qui indiquent qu'environ 90 % des eaux de surface de l'Afrique sont transfrontalières et assurent la survie et les moyens de subsistance d'au moins 75 % de la population africaine. Elles soulignent également que plus de 40 % de la population africaine dépend d'aquifères transfrontaliers, en particulier dans les régions arides et sujettes à la sécheresse, ce qui nécessite des approches collaboratives pour garantir des solutions équitables et durables en matière d'eau et d'assainissement.
« Nous devons faire de nos bassins transfrontaliers non pas des espaces de compétition, mais des espaces de coopération, d'intégration et de prospérité partagée. L'eau doit rapprocher les peuples africains. Elle ne doit jamais les diviser », dit-il.
Dans ce sens, il a rappelé à l’assemblée que, du 8 au 10 décembre, le Sénégal aura l'honneur et la responsabilité de co-organiser, avec les Émirats Arabes Unis, la Conférence des Nations Unies sur l'Eau. Cette conférence, renseigne le ministre sénégalais, ne doit pas être seulement la conférence du Sénégal et des Émirats arabes unis. Mais elle doit être un moment important pour toute la communauté internationale, mais surtout un moment important pour l'Afrique.
« C'est pourquoi, depuis Dakar, nous avons voulu placer la préparation de cette conférence sous le signe du dialogue, de la mobilisation et de l'action. À Abu Dhabi, l'Afrique doit parler d'une seule voix. Nous devons y arriver avec une position africaine forte, des priorités clairement identifiées, des engagements crédibles, des propositions concrètes sur le financement, une ambition forte pour l'accès universel à l'eau et à l'assainissement, ainsi qu'une vision claire sur le climat, la coopération transfrontalière, les infrastructures, la gouvernance et l'innovation.
Nous ne devons pas arriver à Abu Dhabi comme une addition de pays africains. Nous devons y arriver comme un continent : Un continent qui sait ce qu'il veut, qui connaît ses défis mais n'attend pas toute la responsabilité de leur résolution des autres », martèle Dr Cheikh T. Dieye.






