Publié le 14 Sep 2026 - 15:53
DETTE DU SÉNÉGAL

Le FMI ne tranche pas entre restructuration et rééchelonnement

 

Le nouveau programme de 2,2 milliards de dollars pourrait être soumis au Conseil d’administration du FMI alors que Dakar discute toujours avec ses créanciers du traitement de sa dette. Le Fonds refuse de préjuger de l’issue des négociations.

 

Le Sénégal pourrait obtenir un nouveau financement du Fonds monétaire international sans attendre que soit réglée la question de sa dette. C’est l’un des principaux enseignements du point de presse tenu jeudi par Julie Kozack, directrice du département de la communication du FMI. Le Fonds et les autorités sénégalaises sont parvenus, le 2 septembre, à un accord de principe sur les grandes lignes d’un nouveau programme de trois ans. D’un montant d’environ 2,2 milliards de dollars, soit plus de 1 200 milliards de francs CFA, le programme doit encore recevoir l’aval de la direction du FMI et de son Conseil d’administration. Mais cette nouvelle enveloppe ne signifie pas que l’épineuse question de la dette est réglée. Bien au contraire. Dakar doit encore s’entendre avec ses créanciers sur le traitement à lui appliquer.

C’est là que se situe la principale clarification apportée par le FMI. Selon Julie Kozack, ses règles permettent au Fonds de soumettre le programme à son Conseil d’administration alors que les discussions entre le Sénégal et ses créanciers sont toujours en cours. En cas d’approbation, les ressources du FMI pourraient ainsi contribuer à couvrir une partie des besoins de financement immédiats du pays, notamment pour les services publics et d’autres dépenses prioritaires. Autrement dit, les deux processus peuvent avancer en parallèle. Le programme du FMI n’est donc pas nécessairement suspendu à la conclusion préalable d’un accord sur la dette. Cette possibilité ne règle cependant rien sur le fond. Interrogée à plusieurs reprises sur la durée et les modalités du traitement de la dette sénégalaise, Julie Kozack s’est montrée prudente. Le FMI, dit-elle, n’est pas en mesure de spéculer sur le calendrier des négociations. La durée et la portée du traitement devront être déterminées par le Sénégal et ses créanciers.

Rééchelonnement ou restructuration : le débat reste ouvert

Le gouvernement sénégalais a fait part de sa volonté de négocier un rééchelonnement de sa dette. Dans le même temps, le FMI a confirmé son soutien à un traitement de la dette extérieure dans le cadre commun du G20. Mais le recours à ce mécanisme ne signifie pas automatiquement que les créanciers devront consentir une réduction de leurs créances. Julie Kozack a tenu à lever cette ambiguïté : le Cadre commun sert avant tout à améliorer la coordination entre créanciers et débiteurs et à organiser le traitement de la dette. Il peut accompagner différents types de restructuration et n’impose pas, à lui seul, une modalité particulière. La question la plus sensible reste donc entière : quel effort les créanciers devront-ils consentir pour ramener la dette sénégalaise à un niveau jugé soutenable ? Sur ce point, le FMI renvoie aux négociations en cours et à l’analyse de viabilité de la dette qui doit accompagner le programme.

L’arrivée des recettes pétrolières ne suffit pas non plus à faire disparaître les tensions sur les finances publiques. Le FMI relève notamment que la hausse des cours mondiaux du pétrole alourdit la facture des subventions énergétiques non ciblées maintenues par le Sénégal. Lorsque les prix augmentent, les dépenses consacrées à ces subventions progressent également, ce qui accroît la pression sur le budget. Le nouveau programme doit notamment permettre de dégager davantage de marges pour les dépenses prioritaires, de renforcer les mécanismes de protection sociale ciblés et d’améliorer l’environnement des affaires, avec l’objectif de soutenir la diversification de l’économie.

Le FMI veut donc avancer sur son programme tout en laissant les négociations sur la dette suivre leur cours. Une configuration qui donne à Dakar un peu d’oxygène sur ses besoins immédiats de financement, mais qui ne préjuge en rien de l’issue du dossier le plus sensible. Car derrière les 2,2 milliards de dollars annoncés se trouve une équation plus difficile : combien le Sénégal devra-t-il réellement consacrer au service de sa dette et quelle marge lui restera-t-il pour financer ses politiques publiques ? Le Fonds rappelle d’ailleurs que son objectif est de rétablir la viabilité des finances publiques tout en protégeant les ménages les plus vulnérables. Pour l’heure, une chose est acquise : le financement peut avancer. Pour la dette, en revanche, rien n’est encore définitivement arrêté.

-------------------------------------------------------------------------------------

ACCORD SÉNÉGAL-FMI

Le front syndical pose ses lignes rouges

Le Front syndical pour la défense du travail (FSDT) accueille avec prudence le nouvel accord conclu entre le Sénégal et le FMI. Tout en reconnaissant la nécessité du redressement des finances publiques, la centrale syndicale refuse que l’effort repose principalement sur les travailleurs et les populations.

Le nouvel accord conclu entre le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI) suscite déjà des réactions dans les rangs syndicaux. Dans un communiqué publié le 7 septembre, le Front syndical pour la défense du travail (FSDT) dit prendre acte de l’accord conclu le 1er septembre entre l’État du Sénégal et l’institution financière internationale. Cet accord ouvre la perspective d’un nouveau programme de financement d’une durée de 36 mois, pour un montant d’environ 2,2 milliards de dollars, soit près de 1 245 milliards de francs CFA, sous réserve de l’approbation des instances dirigeantes du FMI. Pour le FSDT, ce nouveau programme intervient dans un contexte particulièrement difficile pour les finances publiques, marqué notamment par une forte pression sur la dette et la nécessité, pour l’État, de restaurer sa crédibilité financière. Le syndicat reconnaît ainsi la nécessité d’un redressement des comptes publics, mais pose d’emblée une limite : celui-ci ne doit pas se traduire par une austérité supportée principalement par les travailleurs et les populations.

La centrale syndicale demande que les mesures de consolidation budgétaire soient socialement justes et équitablement réparties. Elle insiste particulièrement sur la préservation du pouvoir d’achat, de l’emploi et des services publics essentiels. Le FSDT relève par ailleurs que le programme annoncé prévoit, parallèlement aux objectifs de stabilité macroéconomique et de soutenabilité de la dette, une hausse des dépenses sociales et un soutien à une croissance durable portée par le secteur privé. Pour les syndicats, ces engagements doivent désormais se traduire concrètement dans les politiques publiques et les budgets. Éducation, santé, protection sociale, assainissement, logement social, emploi et pouvoir d’achat : autant de secteurs sur lesquels le FSDT demande au gouvernement de maintenir ses efforts.

Les syndicats réclament de la transparence

Au-delà du contenu social du programme, le FSDT réclame davantage de transparence sur les mesures et les conditionnalités liées au nouvel accord avec le FMI. Il souhaite également être régulièrement informé de sa mise en œuvre. Pour la centrale syndicale, les travailleurs ne doivent pas être tenus à l’écart des décisions susceptibles d’avoir des répercussions directes sur leurs conditions de vie et de travail. Le FSDT appelle ainsi à faire du dialogue social un élément central de la consolidation des finances publiques, conformément, rappelle-t-il, aux engagements pris par l’État dans le cadre du Pacte national de stabilité sociale. La vigilance syndicale sera particulièrement forte sur les mesures qui pourraient toucher les salaires, l’emploi, les pensions de retraite, les subventions sur les denrées de première nécessité et les produits de grande consommation, mais également les services publics et les droits sociaux.

Tout en affichant sa disponibilité à participer à la recherche de solutions durables à la crise économique et financière, le FSDT prévient qu’il n’acceptera pas que les travailleurs supportent l’essentiel du coût du redressement. La centrale syndicale veut ainsi peser dans les discussions à venir autour de la mise en œuvre du programme. Son message au gouvernement est clair : la consolidation des finances publiques doit aller de pair avec la protection sociale et le dialogue avec les partenaires sociaux. Pour le FSDT, le redressement du Sénégal ne peut être uniquement comptable. Il doit être à la fois économique, financier, socialement juste et équilibré.

Fatou Ba

Section: 
DIPLOMATIE, SOUVERAINETÉ ET OUVERTURE INTERNATIONALE : Le nouveau tournant diplomatique de Diomaye
Balance commerciale au mois de juillet
YAKAAR-TERANGA / RETRAIT DE KOSMOS ENERGY : L’Ofnac appelé à enquêter sur les 55 millions de dollars évoqués par le PM
PRIX DU PAIN : Les boulangers réclament la baguette à 210 F
FONDATION SÉNÉGAL SOLIDAIRE : Les 500 millions qui font débat
RESTRUCTURATION DETTE SÉNÉGALAISE : Les cadres de la majorité présidentielle répondent aux 191 universitaires
INCLUSION DES PERSONNES HANDICAPEES : La GIZ et l'APJAS renforcent les capacités des acteurs locaux à Thiès
RESTRUCTURATION DE LA DETTE : Pastef réclame la vérité et prévient sur la facture
LE CNP AU PALAIS DE LA RÉPUBLIQUE : Le patronat met ses priorités sur la table
Le CIS salue l’aboutissement des négociations avec le FMI
DETTES CACHÉES : La face visible de l'iceberg
SÉNÉGAL – FMI : Un accord, mille questions
Entrepreneuriat féminin
NON-SATISFACTION DE LEURS REVENDICATIONS “LÉGITIMES” : Le Sames va paralyser le système les 8 et 9 septembre prochain
Le gel des importations d’oignons levé
LANCEMENT DE JIGIYASO : Une plateforme pour mieux accompagner les enfants à besoins spécifiques
MOODY’S CAA2 : Le coût économique de la dégradation
RAPPORT UMOA 2025 - AVEC UN RÉSULTAT NET DE 1 252,1 MILLIARDS : Le secteur bancaire est resté rentable
JOJ DAKAR 2026 : Les travaux du terrain du Terminus 54 à l’arrêt
MANSOUR SOW, DG DE CACO, INGÉNIEUR EN GÉNIE CIVIL “Depuis deux ans, nous n’exécutons aucun marché de la CDC, qui fournissait, avec l’AGEROUTE, 91 % de notre chiffre d’affaires”