Le rappel à l’ordre du khalife

Le porte-parole du khalife général des mourides, Serigne Bassirou Abdou Khadir, a demandé aux autorités de mettre fin aux courses de chevaux et d’ânes organisées dans les quartiers de Touba. Il a également apporté des précisions sur la polémique autour des passeports diplomatiques.
CHEIKH THIAM
Les courses de chevaux et d’ânes n’ont plus droit de cité à Touba. C’est en substance le message délivré hier par le porte-parole du khalife général des mourides, Serigne Bassirou Abdou Khadir, qui a demandé aux autorités de prendre les dispositions nécessaires pour mettre un terme à ces pratiques dans la cité religieuse. Dans sa déclaration, il a dénoncé l’utilisation de chevaux et d’ânes pour organiser des courses dans les quartiers, mais aussi les charges jugées excessives imposées à ces animaux. Il a rappelé que ces derniers sont des créatures de Dieu et que les faire souffrir constitue, selon lui, une forme d’injustice grave, proscrite par la religion. Le porte-parole du khalife a également pointé les dérives qui accompagneraient certaines de ces manifestations. Il a notamment évoqué la consommation de substances illicites, les bagarres et les agressions, estimant que ces pratiques portent atteinte aux valeurs morales et à l’éducation des jeunes. Face à cette situation, Serigne Bassirou Abdou Khadir a interpellé directement les autorités administratives et sécuritaires. Préfet, maire, police et gendarmerie ont été invités à prendre leurs responsabilités. Il leur a transmis le « ndigël » du khalife général des mourides, Serigne Mountakha Bassirou Mbacké, demandant l’application ferme des règles et la préservation de la sacralité de Touba.
Passeports diplomatiques : Serigne Bassirou Abdou Khadir se défend
La déclaration a également été l’occasion pour le porte-parole du khalife de revenir sur la polémique autour des passeports diplomatiques. Il affirme être régulièrement sollicité par des personnes qui pensent que ses relations avec l’État lui permettraient d’intervenir dans l’attribution de ces documents. Serigne Bassirou Abdou Khadir a tenu à préciser qu’il ne dispose d’aucune prérogative en la matière. Il a expliqué que, dans le principe, le passeport diplomatique est destiné aux diplomates de profession, tout en rappelant l’existence, au Sénégal, d’une pratique dérogatoire ayant permis à certaines personnalités religieuses d’en bénéficier.
Selon son récit, cette pratique aurait été maintenue sous les présidents Léopold Sédar Senghor et Abdou Diouf. Il situe un tournant à partir de 1998, sous le magistère de Jacques Baudin au ministère des Affaires étrangères, avant une accélération sous Abdoulaye Wade. Il affirme également qu’à son arrivée au pouvoir, Macky Sall avait procédé à une annulation et à un réexamen des passeports diplomatiques, avant que leur attribution ne reprenne à partir de 2014. Il évoque ensuite de nouvelles difficultés à partir de 2019, qu’il attribue notamment à des considérations politiques. Face aux personnes qui le sollicitaient, il dit avoir parfois rédigé des lettres de recommandation, sans tenir compte de leur appartenance politique. « Moi, je ne regarde pas l’appartenance politique des gens ; je suis le serviteur de Serigne Touba pour tous », a-t-il déclaré.
Évoquant enfin l’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye, Serigne Bassirou Abdou Khadir estime qu’il convient de lui laisser le temps de prendre la mesure de ses nouvelles responsabilités. Il rappelle toutefois avoir évoqué avec le chef de l’État, lors d’une rencontre à laquelle il avait été envoyé par Serigne Mountakha Bassirou Mbacké, la nécessité de traiter les différentes familles religieuses sur un pied d’égalité. Selon lui, le président avait déclaré que les familles religieuses et leurs disciples constituaient sa propre famille et qu’il ne devait pas faire de distinction entre elles. Un principe dont il souhaite, à ses yeux, la traduction dans les actes.






