Le mariage, d’une vie à l’autre

Avec « Like Any Others », présentée à OH Gallery jusqu’en février 2027, l’artiste marocaine explore les changements qui jalonnent la vie des femmes. Une quarantaine d’œuvres composent ce parcours, nourri par son histoire familiale entre le Sénégal et le Maroc.
Un palanquin de mariée, avec une petite flèche en néon à l’intérieur. À OH Gallery, cet objet traditionnel occupe une place centrale dans « Like Any Others », l’exposition d’Amina Benbouchta. Il évoque un déplacement qui engage toute une existence. « Quand on se marie, on change de statut, on change de maison, on change de vie », explique l’artiste marocaine. Autour de ce passage, elle déploie une quarantaine d’œuvres mêlant peintures, dessins, sculptures, installations et textiles. Présentée d’octobre 2026 à février 2027, dans le cadre du OFF de la Biennale de Dakar et de la 15e édition du Parcours, l’exposition aborde les liens entre enfance, mémoire familiale et vie adulte.
Le motif du lapin, qui rappelle un jouet dans l’un des tableaux, introduit l’univers de l’enfance. Sa mise en relation avec le palanquin rapproche deux moments de la vie : celui des premières attaches et celui du départ vers un nouveau foyer. Le mariage devient ainsi le point d’entrée d’une réflexion sur la place des femmes, les attentes familiales et les changements qu’impose une nouvelle situation.
Des racines sénégalaises à Fès
Ce parcours possède également une dimension personnelle. Amina Benbouchta rapporte que plusieurs de ses ancêtres étaient originaires du Sénégal avant de s’installer à Fès. Son projet s’inscrit dans cette histoire de circulations entre les deux pays. « On a cherché à monter cette exposition comme une traversée entre le Sénégal et le Maroc, parce que ce sont des pays très proches. On a des cultures communes, une spiritualité commune », explique-t-elle.
Les archives personnelles prennent place aux côtés des créations plastiques. L’artiste y cherche des traces de son histoire familiale, tout en interrogeant les héritages transmis d’une génération à l’autre. Le rapprochement entre le Sénégal et le Maroc trouve ainsi un ancrage dans sa propre filiation.
Une autre installation, intitulée « Carnet de notes », prolonge cette exploration de la mémoire. Réalisée à partir de bois de pirogue, elle prend la forme d’un meuble inspiré des carnets intimes de l’artiste. Devant, un petit banc permet au visiteur de s’agenouiller pour contempler l’œuvre. La disposition donne à ces écrits personnels une présentation proche du recueillement religieux. Les souvenirs quittent le carnet pour occuper un espace dans lequel le visiteur doit lui-même trouver sa position. Après le palanquin, qui évoque le changement de maison et de statut, cette pièce ramène le regard vers ce qui se conserve d’une existence : des notes, des pensées et des traces.
Pour cette deuxième exposition à Dakar, selon la présentation de l’événement, Amina Benbouchta souhaite approfondir sa relation avec le public sénégalais. « Cette exposition, nous l’avons préparée pour être dans ce circuit de la Biennale, qui va être un moment intense à Dakar », indique-t-elle. Du motif enfantin aux carnets intimes, le parcours revient sur ce qui se transmet et se transforme au fil d’une vie. Le palanquin en concentre la tension : objet de cérémonie, il marque aussi le moment où une femme quitte une maison pour en rejoindre une autre.
Fatou Ba






