Ina Thiam donne leur place aux sportives sénégalaises

À l’Institut français, la photographe et vidéaste expose des images de sportives saisies en compétition et dans leur environnement. Présentée jusqu’au 15 novembre dans le cadre de Sen Sensations - Édition spéciale JOJ, la série montre l’effort, la transmission et les conditions de pratique de disciplines encore peu médiatisées.
Une joueuse de basket cherche une ouverture. Une boxeuse se prépare à l’affrontement. Sur le sable, des joueuses de rugby s’élancent, tandis que deux pratiquantes de viet vo dao ajustent leur équipement. Dans les photographies d’Ina Thiam exposées à l’Institut français, les regards sont concentrés et les gestes précis. L’attention se porte sur l’action, au plus près des athlètes. Intitulée « En mouvement, en lumière », cette série consacrée aux sportives sénégalaises est présentée jusqu’au 15 novembre dans le cadre de Sen Sensations, Édition spéciale JOJ.
À l’approche des Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026, elle fait découvrir des femmes dont la pratique sportive reste souvent peu visible. « L’idée aujourd’hui, c’était de montrer des athlètes dans leur environnement, où il n’y a aucune mise en scène, en pleine compétition », explique la photographe et vidéaste. Réalisées à Dakar, Thiès, Mbour et Guédiawaye, les images témoignent de la diversité des disciplines et des lieux de pratique. Du basketball à la boxe, en passant par le rugby et le viet vo dao, Ina Thiam s’intéresse aux gestes autant qu’aux espaces dans lesquels ils s’accomplissent. Les terrains, les équipements et les personnes qui entourent les sportives participent au récit.
Un regard nourri par le basket
Ancienne basketteuse, Ina Thiam connaît les exigences du sport pour les avoir vécues avant de les photographier. Le basket a été son premier terrain de travail derrière l’objectif. « J’ai été basketteuse, donc aujourd’hui devenue photographe, j’ai commencé à faire des photos de basket », raconte-t-elle. Son travail s’est ensuite élargi à d’autres disciplines, notamment aux sports de combat et au rugby. Cette diversité répond à une même préoccupation : rendre davantage visibles les femmes qui occupent les terrains et les salles de sport.
« L’objectif que j’ai envie d’atteindre, c’est de mettre en lumière les femmes dans le sport », affirme-t-elle. Dans la série, les athlètes apparaissent parmi leurs coéquipières, leurs entraîneuses et leurs adversaires. Ces présences permettent de saisir ce qui se construit autour de la pratique : le travail d’équipe, l’accompagnement et l’apprentissage. La concentration d’une sportive ou un échange au bord du terrain prennent ainsi leur place aux côtés des images d’action.
De la pratique à la transmission
Une photographie montre notamment des femmes devenues entraîneuses de viet vo dao auprès de jeunes filles qu’elles accompagnent. Elle ouvre une autre perspective sur les parcours sportifs : après la pratique, certaines poursuivent leur engagement en formant une nouvelle génération. Pour Ina Thiam, cette transmission est l’un des messages de l’exposition. La présence d’anciennes athlètes dans l’encadrement offre aux plus jeunes des exemples de parcours possibles. Elle montre aussi comment les femmes continuent à exercer des responsabilités dans leur discipline.
L’image donne à voir cette relation entre celles qui ont acquis une expérience et celles qui apprennent. À travers les postures, les gestes et la proximité entre les participantes, le sport apparaît comme un savoir qui se partage. Cette attention à l’entourage des athlètes traverse l’ensemble de la série. Ina Thiam photographie les relations entre les personnes aussi bien que les mouvements des corps.
Une équipe, une entraîneuse ou une adversaire contribuent à situer chaque sportive dans une pratique collective. L’exposition montre également les conditions matérielles dans lesquelles évoluent certaines athlètes. Une vue en plongée de deux jeunes filles attire ainsi l’attention sur l’état du terrain. Le cadrage permet d’observer à la fois les sportives et l’espace dans lequel elles pratiquent. « Mon objectif, c’est de montrer un environnement et ses athlètes aussi », explique Ina Thiam.
Ce choix donne aux photographies une valeur documentaire. L’état des surfaces, les équipements disponibles et l’aménagement des lieux renseignent sur le quotidien des sportives. Ils permettent de comprendre les contraintes qui accompagnent leur engagement.
La détermination des athlètes prend alors un relief particulier. Leurs gestes témoignent d’un travail répété, mais les images rappellent aussi que ce travail dépend de conditions concrètes. Un terrain entre dans la photographie avec ses limites et ses possibilités. En accordant une place à ces détails, Ina Thiam élargit le regard porté sur le sport féminin. L’exposition donne accès à des moments et à des lieux qui trouvent rarement leur place dans la couverture d’une compétition : la préparation, la concentration, les échanges entre coéquipières ou l’apprentissage d’un geste.
Profiter de la visibilité des JOJ
À l’approche des Jeux olympiques de la jeunesse, cette série s’inscrit dans une période où le sport sénégalais doit bénéficier d’une attention internationale. Ina Thiam souhaite que cette exposition serve aussi les athlètes qui restent éloignées des circuits les plus médiatisés. « Le message que je lance, c’est d’utiliser cette plateforme pour vendre la destination du Sénégal, et vendre aussi ces athlètes-là qui ne sont pas forcément ou pas du tout au-devant de la scène », souligne-t-elle.
Les disciplines réunies dans l’exposition illustrent la diversité du sport féminin. Elles se pratiquent dans les clubs, les salles, sur les terrains de quartier et sur le sable. En allant à la rencontre des athlètes dans ces différents espaces, la photographe rend compte d’une activité qui existe toute l’année, au-delà des grands rendez-vous.
La visibilité offerte par les JOJ représente, à ses yeux, une occasion à saisir par les institutions comme par les sportives. « Pour moi, c’est une plateforme qui donne beaucoup d’opportunités, autant aux athlètes qu’aux institutions. Après, pour moi, il faut savoir exploiter cette opportunité-là en faveur des athlètes surtout », estime-t-elle. L’exposition participe à cette démarche en faisant connaître des disciplines et des parcours à un public plus large que celui des habitués des compétitions. Elle invite aussi à regarder les femmes dans la durée : lorsqu’elles apprennent, lorsqu’elles concourent et lorsqu’elles transmettent leur expérience.
Des gestes qui gardent une trace
Le mouvement occupe une place centrale dans les photographies. Les corps courent, frappent, sautent ou esquivent. Les expressions et les postures donnent à percevoir l’intensité de l’effort, tandis que le cadrage maintient les athlètes dans leur environnement. D’une image à l’autre se dessinent plusieurs étapes de la vie sportive : une jeune fille qui s’entraîne, une athlète engagée dans une compétition, une ancienne pratiquante devenue entraîneuse.
Leur rapprochement compose une mémoire visuelle du sport féminin sénégalais, faite de performances, d’apprentissages et de transmission. Sur les murs de l’Institut français, la joueuse qui cherche une ouverture et l’entraîneuse qui accompagne une débutante trouvent ainsi leur place dans un même récit. Celui de femmes qui font vivre leur discipline, sur le terrain comme auprès de celles qui leur succéderont.
Fatou Ba






