Ady Aïdara honoré de son vivant

Le Dialawaly Festival a rendu hommage à un artiste plasticien qui consacre depuis plusieurs décennies son travail à la culture et au patrimoine de Dagana.
Au matin du 9 août, à quelques heures de la clôture du Dialawaly Festival, Dagana a pris le temps de célébrer l’un de ses fils. Ady Aïdara, artiste plasticien et figure de la vie culturelle locale, a été honoré en présence de sa famille, de ses amis, de ses voisins, d’acteurs culturels et de nombreux habitants. Les témoignages ont retracé le parcours d’un homme qui contribue, depuis plusieurs décennies, à la préservation et à la valorisation du patrimoine de Dagana. Une cérémonie chargée d’émotion, pensée comme un acte de reconnaissance envers une œuvre toujours vivante.
À travers cette initiative, Moustapha Naham, manager du Dialawaly Festival, a voulu rompre avec une pratique encore courante : attendre la disparition d’une personnalité avant de saluer son parcours. « Il ne faut pas attendre qu’une personne soit morte et enterrée pour la célébrer », a-t-il souligné. Le festival a ainsi voulu permettre à l’artiste d’entendre, de son vivant, les mots de gratitude de sa communauté. Un geste qui rappelle que les bâtisseurs de la culture doivent être reconnus au présent.
Artiste plasticien, Ady Aïdara a consacré une grande partie de son existence à la création, à la réflexion sur l’art et à la sauvegarde du patrimoine. Son engagement dépasse cependant le seul domaine artistique. Il s’inscrit dans une démarche plus large de construction et de transmission de la mémoire culturelle de Dagana. Au cours de la cérémonie, il est revenu sur plusieurs décennies de travail et sur son implication dans l’aménagement d’un espace culturel et de son musée. Il affirme avoir planté des arbres sur le site il y a 47 ans, preuve, selon lui, d’une vision inscrite dans la durée. « J’avais foi en ce que je faisais », a-t-il déclaré en évoquant cette longue trajectoire faite de recherches, de créations et de transmission. Pour Ady Aïdara, l’hommage du Dialawaly Festival représente une reconnaissance espérée, mais jamais réclamée. « C’est un jour que j’attendais, d’une manière ou d’une autre. Évidemment, je ne l’ai pas provoqué. C’est venu pratiquement naturellement », a-t-il confié.
L’artiste a également partagé une partie de ses recherches sur l’histoire de l’art, notamment autour de Léonard de Vinci. Il dit avoir consacré plusieurs années à l’étude de l’une des œuvres du maître italien, en s’appuyant sur des documents historiques, artistiques, philosophiques, littéraires et scientifiques. « J’ai tout clarifié, avec des preuves et des arguments », soutient-il. Ady Aïdara situe une étape déterminante de cette réflexion dans la nuit du 13 mai 1995. Son interprétation, qui fait notamment référence à la Vierge Marie, à la Trinité et à l’Église, relève de ses recherches personnelles. Elle témoigne d’un univers intellectuel dans lequel la peinture, l’histoire, la religion et la philosophie se rencontrent.
Dagana au cœur de son engagement
Au-delà de ses recherches sur l’art occidental, Dagana demeure au centre de la pensée et de l’engagement d’Ady Aïdara. Pour lui, la culture constitue le socle sur lequel une communauté construit et préserve son identité. « Le Dialawaly Festival, c’est la culture. Nous, nous sommes la culture », a-t-il lancé. L’artiste établit également des liens entre l’histoire de Dagana et celle de l’ancien Empire du Ghana. Il évoque notamment Kumbi Saleh, ancienne capitale de cet empire, pour développer sa lecture des origines du nom de la ville et de l’installation de ses populations. Une démarche qui rejoint l’esprit du Dialawaly Festival : faire de la culture un outil de mémoire, de transmission et de valorisation du territoire.
La cérémonie du 9 août ne s’est donc pas limitée à un hommage protocolaire. Elle a été un moment intime, au cours duquel Ady Aïdara a pu entendre les témoignages de ceux qui connaissent son parcours et son engagement. En choisissant de l’honorer de son vivant, Moustapha Naham et son équipe ont placé la reconnaissance au présent. À travers Ady Aïdara, c’est aussi toute une génération d’artistes, de créateurs et de passeurs de mémoire que Dagana a saluée. Entouré des siens, l’artiste a reçu ce que beaucoup ne reçoivent qu’après leur disparition : la gratitude de leur communauté.
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CLAP DE FIN
Le Dialawaly Festival s’achève au rythme du tama
Ibra Tama, Walo Tama et Tex LBK ont animé la dernière soirée de la manifestation, devant un public venu célébrer la diversité culturelle du Walo.
Après plusieurs jours consacrés à la culture, à la transmission et au vivre-ensemble, le Dialawaly Festival a refermé ses portes, dans la soirée du 9 août, sur une note populaire et festive. Pour cette dernière nuit, Dagana a vibré au rythme des percussions de Walo Tama, emmené notamment par Ibra Tama, et de la musique de Tex LBK, venu de Saint-Louis. Sur scène, les deux univers se sont rencontrés pour offrir au festival une clôture fidèle à son ambition : faire de la culture un espace de dialogue entre les générations et les communautés. Au fil de la soirée, les percussions ont entraîné le public dans une danse collective. Jeunes et moins jeunes se sont retrouvés autour d’une même célébration de l’identité culturelle du Walo. Pour Ibra Tama, cette participation était chargée d’une double fierté : celle de l’artiste et celle du représentant de Richard-Toll. Percussionniste au sein de l’orchestre du chanteur sénégalais Amadeus, il ne cachait pas son plaisir de prendre part à l’événement.
« Je m’appelle Ibrahima Fall, mais mon nom d’artiste est Ibra Tama. Je suis percussionniste de tama et musicien dans l’orchestre d’Amadeus », s’est-il présenté. « Je suis très heureux de participer à ce festival organisé par Moustapha Naham à Dagana. Je suis ravi d’y jouer et de représenter ma commune, Richard-Toll. » Entré dans le métier en 2019, le musicien dit avancer avec persévérance. Avec Walo Tama, il défend une pratique musicale profondément enracinée dans le patrimoine local. « Notre groupe s’appelle Walo Tama. Nous sommes tous des percussionnistes spécialisés dans le tama, ces petits tambours qui font beaucoup de bruit », explique-t-il avec le sourire. Installée dans la zone du Walo et présente également à Dakar, la formation se produit, selon lui, dans plusieurs pays. Sur la scène du Dialawaly Festival, sa musique a ainsi servi de trait d’union entre Dagana, Richard-Toll, Saint-Louis et les différents territoires où la culture du Walo continue de vivre et de circuler.
Un festival qui réunit les générations
Autre voix de cette soirée de clôture, Tex LBK participait au Dialawaly Festival pour la deuxième fois. Membre du groupe LBK de Saint-Louis, l’artiste dit entretenir un rapport particulier avec la manifestation et avec Dagana. « C’est la deuxième fois que je viens au Dialawaly Festival et cela me fait vraiment plaisir. Dagana est une ville très riche sur le plan culturel. Le Walo me parle et je suis heureux de faire partie de cet événement », confie-t-il. Pour le musicien saint-louisien, l’une des principales forces du festival réside dans sa capacité à réunir des publics différents. « Le festival rassemble les jeunes, les personnes âgées, tout le monde », relève-t-il. Une dimension intergénérationnelle qui fait de la manifestation non seulement un lieu de spectacle, mais aussi un espace de transmission et de dialogue.
Tex LBK garde d’ailleurs un souvenir marquant de sa première participation. « La première fois que nous sommes venus, j’avais été impressionné de voir que tout le monde nous attendait. Cette année encore, le public a répondu présent », témoigne-t-il. L’artiste souligne également la diversité humaine et culturelle de Dagana. « Ce qui me plaît surtout ici, c’est la richesse des communautés. Il y a des Peuls, des Maures, des Wolofs. Cette diversité me fait plaisir », affirme-t-il. Avec Walo Tama et Tex LBK, la soirée du 9 août a donc offert au Dialawaly Festival une clôture musicale profondément ancrée dans son territoire. Les percussions d’Ibra Tama ont fait vibrer la foule, tandis que Tex LBK a prolongé la fête par sa voix et son énergie.
Pendant plusieurs jours, Dagana aura vécu au rythme de la valorisation du patrimoine, des rencontres artistiques, des initiatives citoyennes et des concerts. Cette dernière soirée a surtout rappelé la capacité de la musique à réunir les générations et les communautés. Le Dialawaly Festival s’est ainsi achevé dans le bruit des percussions et les applaudissements du public, avec l’ambition de s’imposer durablement comme un rendez-vous culturel majeur et une vitrine pour les talents du Walo.
FATOU BA






