Publié le 23 Jan 2022 - 10:20
CAMPAGNE ÉLECTORALE

Quand la violence gâche la fête

 

Durant les deux semaines de campagne en vue des élections municipales, des scènes de violence sont venues biaiser le jeu. Cette situation était prévisible, selon bon nombre d'observateurs.

 

Un peu dans la logique de la campagne présidentielle de 2019, de la tournée économique du président de la République, l'année dernière, et dans une échelle plus grande, des différentes sorties des hommes politiques, la violence s'est invitée à la campagne des Locales. Les voyants étaient déjà au rouge.

Keur Massar, Yeumbeul, Médina, Dagana, etc., des scènes de violence ont émaillé cette campagne électorale. À Malika et à la Médina, par exemple, des affrontements dignes des Intifadas ont été relevés. Des voitures et des maisons caillassées, saccagées. À Keur Massar, le bouchon a été poussé un peu plus loin, avec deux individus brûlés vifs, dans un supposé règlement de compte politique.

Dans cette folie qui ne dit pas son nom, des jeunes, parfois "manipulés", selon le colonel Alioune Ndiaye, ont leur place au banc des accusés. Sur cette tribune peu louable, les nervis s'assoient également avec aisance. "Nous sommes devenus une société de violence, pour ne pas dire violente", admet le colonel, avant de poursuivre son argumentaire, en évoquant la responsabilité de l'État. "Les forces régaliennes semblent avoir perdu le contrôle d'une situation qui ne cesse de dégénérer. En outre, ceux qui devaient aller à l'encontre de ce fléau sont ceux qui le soutiennent. Le pouvoir d'abord, mais aussi l'opposition ; tout le monde est coupable. Même nos guides religieux ne sont pas exempts de reproche", peint-il un tableau sombre de la situation.

Le colonel Ndiaye suggère, en résumé, une analyse globale de ce phénomène. Car la campagne "aura certes été un terreau favorable pour que cette violence s'exprime plus librement, mais le problème est beaucoup plus profond. Nous avons beaucoup laissé faire et aujourd'hui, ça nous explose à la figure", regrette le colonel Alioune Ndiaye.

Pour limiter la casse, Alioune Ndiaye propose de repartir à zéro. "La stratégie et la philosophie de lutte contre la violence doivent être revues. Quels sacrifices sommes-nous prêts à faire ? Voilà le genre de question que l'on doit se poser. En outre, et c'est le plus important, les forces régaliennes doivent être remises au centre du dispositif sécuritaire. Elles ont été longtemps décriées, mais, par moments, elles doivent obligatoirement recourir à la force pour sortir de certains traquenards", défend ce haut gradé.

Il plaide également pour que les garants de la sécurité des personnes et des biens soient mieux équipés et que leur nombre soit revu considérablement à la hausse. Unique moyen, selon lui, pour que les "nervis", "milices" et autres regroupements "non conventionnels" ne se substituent plus à leurs rôles.

Selon le sociologue Ousmane Ba, cette situation de violence était "prévisible"

Le sociologue Ousmane Ba explique la prolifération des rixes par le rajeunissement de la classe politique sénégalaise, avec de nouveaux types de leaders". "La nature de notre charte constitutionnelle", également, à en croire M. Ba, a favorisé la recrudescence de la violence. "Si le président avait précisé sa non-participation à l'élection présidentielle de 2024, les tensions auraient pu s'apaiser. Car le climat de méfiance est aussi maintenu par cette question qui tarde à être définitivement évacuée", pense l'analyste.

 Les reports éternels des élections ne favoriseraient pas le calme dans la sphère politique. "Ces échéances municipales devaient se tenir depuis 2019 et voici qu'elles coïncident avec les Législatives. Cela alourdit le calendrier et, de surcroit, favorise des tensions, car qui dit élection, dit forcément campagne encore une fois", commente-t-il.

Sortant du jargon politique, le sociologue pense que ces soucis rencontrés notamment lors de cette campagne, sont dus à la "cassure de notre système social". Il soutient d'ailleurs que les choses auraient pu empirer, si le rempart religieux n'existait pas. "Nous l'avons vécu, lors des évènements de mars. L'apport de nos guides religieux a été décisif pour mettre fin aux violences", déclare-t-il.

MAMADOU DIOP (STAGIAIRE)

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