“Aar Sunu Kom-Kom” porte la fronde du secteur privé

Commerçants de Touba et patronat montent au créneau pour réclamer la libération de l’homme d’affaires Khadim Bâ, patron de Locafrique, et de l’entrepreneur Dane Sarr, présentés comme des « champions de l’économie sénégalaise ». En toile de fond, un contentieux douanier dont la défense conteste le fondement.
Incarcéré depuis le 4 octobre 2024 pour des infractions à la réglementation douanière et au régime des changes, Khadim Bâ est devenu le visage d’une mobilisation qui dépasse son seul entourage. À ses côtés, l’entrepreneur Dane Sarr fait l’objet du même plaidoyer.
Sous la bannière « Aar Sunu Kom-Kom » — « Protégeons notre économie » —, opérateurs et organisations patronales réclament, à défaut d’un acquittement, une liberté provisoire.
De Touba au patronat
À Touba, des commerçants du marché Ocass ont dénoncé, en conférence de presse, les répercussions de la détention sur le secteur informel à l’approche du Grand Magal. Leur porte-parole, Moustapha Lö, a fait état d’importations durement affectées et d’un rapport d’expertise qui aurait « blanchi » l’intéressé sans lever sa détention. Les commerçants ont interpellé le chef de l’État et le ministre des Finances, Cheikh Diba.
La contestation a gagné le privé organisé : le GSPD et le CNDES, par la voix de Birane Yaya Wane, ont dénoncé une arrestation « injuste », tandis que des collaborateurs de Kaolack invoquaient l’état de santé, le poids économique et des doutes sur la légalité de la détention.
C’est dans ce climat que s’est tenue la conférence de presse du 27 juin 2026 au Cabana Club, à la Patte d’Oie.
Le fond juridique contesté
La défense attaque la solidité du dossier. Lors d’un point de presse le 9 juin, elle a soutenu que Khadim Bâ n’est pas l’importateur, les droits ayant été déclarés et acquittés par la SAR et Total Energies, et invoqué un rapport d’expertise concluant à l’absence de violation douanière.
Elle pointe surtout une faille du code des douanes sénégalais : un juge ne pouvant vérifier la validité d’un PV de la Douane, le placement en détention devient quasi automatique, même sur des constats fragiles.
À ce stade, la justice n’a pas fait droit aux demandes de libération. Entre pression du secteur privé, argumentaire technique de la défense et sensibilité du dossier à l’approche du Magal, l’affaire s’impose comme un test scruté de l’équilibre entre rigueur douanière et préservation des forces vives de l’économie. La suite se jouera devant le juge.
AMADOU FALL






