Publié le 13 Jul 2013 - 12:45
DEFILE DES TROUPES AFRICAINES A PARIS

 Françafrique, un nouveau visage ?

 

Les troupes tchadiennes et togolaises, qui ont participé à l’intervention militaire au Mali, défileront ce 14 juillet sur les champs Elysées, à l’occasion de la fête nationale de la France. Un défilé qui fait polémique. L’association "Survie" dénonce un moyen pour Paris de célébrer "les couleurs de la Françafrique" et légitimer le chef d’Etat tchadien, Idriss Deby, qui a déployé 2.000 hommes qui ont combattu aux côtés des soldats français, sur le sol malien.

 

Ce 14 juillet aura un goût particulier. Pour célébrer l’opération militaire « Serval » au Mali, l’Elysée a décidé de convier les troupes tchadiennes et togolaises à défiler aux champs Elysées, à l’occasion de la fête nationale de la France. Un moyen pour Paris de rendre hommage à la force togolaise qui a été la première à se rendre sur le territoire malien et la force tchadienne, composée au départ de 2.000 hommes, qui a combattu auprès des militaires français dans le massif des Ifoghas, au nord-malien, où les islamistes se sont retranchés.

Une initiative loin de faire l’unanimité. L’association « Survie », qui milite contre la Françafrique, relations occultes et connivences entre les chefs d’Etat français et africains, dénonce un défilé qui a été soigneusement « ficelé pour les couleurs de la Françafrique » et légitimer le maintien des troupes françaises au Mali. Ces dernières ont été déployées le 10 janvier dernier dans le pays. Au nombre de 4.000 au départ, l’effectif a été peu à peu réduit jusqu’à 1.000 hommes.

Alors que l’opération « Serval » a été considérée comme un succès en France, y compris par les médias, « Survie », qui a organisé une conférence de presse ce jeudi 11 juillet, estime pour sa part qu’il s’agit d’un échec. « Malgré les indépendances des Etats africains, c’est toujours la France qui tient le stylo pour rédiger les résolutions, notamment celle de la crise malienne. C’est aussi elle qui a fixé la date de l’élection présidentielle, qui est le calendrier de Paris et non de Bamako », note David Mauger, porte-parole de l’organisation. « François Hollande qui avait promis, lors de sa campagne présidentielle, de rompre avec la Françafrique n’a « pas respecté ses promesses et endosse parfaitement son rôle dans la nouvelle famille recomposée de la Françafrique », renchérit Fabrice Tarrit, président de l’ONG. Par conséquent, Paris a profité de l’intervention militaire au Mali « pour légitimer à nouveau sa présence en Afrique, régulièrement critiquée », note pour sa part, Patrick Farbiaz, porte-parole de l’association « Sortir du colonialisme ».

 

Parades de l’Elysée

 

En conviant les troupes tchadiennes et togolaises, Paris légitime aussi les chefs d’Etat de ces pays qui bafouent régulièrement les droits de leurs citoyens, argue l’association. « La parade d’une armée qui opprime les uns et libérerait les autres sur la plus célèbre avenue du Pays des Libertés annonce de sombres augures », dénonce l’activiste et militant des Droits de l’Homme tchadien, Abdelkerim Yacoub Koundougoumi. Ce dernier fait référence à l’armée tchadienne, pointée du doigt pour de nombreuses exactions. « Ce défilé ne doit pas être utilisé pour légitimer un Président qui a tout fait pour se maintenir au pouvoir », fustige-t-il. « Aujourd’hui la confiance qui a été placée en François Hollande est perdue », puisqu’il a préféré faire « appel à des dictateurs » pour le soutenir dans son engagement au Mali, au lieu de s’adresser à des démocrates. Selon l’activiste tchadien, « les victimes principales de la présence des troupes tchadiennes au Mali, c’est la société civile. A cause de l’intervention des forces tchadiennes au Mali, les crimes de Idriss Deby sont passés sous silence ».

Le Président tchadien a en effet profité de l’envoi de ses troupes au Mali pour redorer son image et renforcer sa position sur le continent, d’après un ex-colonel de l’armée française. Mais si Idriss Deby a pu tirer son épingle du jeu dans la crise malienne c’est en partie grâce à la France qui a contribué à légitimer son pouvoir, explique Abdelkerim Yacoub Koundougoumi. « Pendant que les troupes tchadiennes se sont engagées au Mali, Idriss Deby a changé la Constitution sans que personne n’en parle. Aujourd’hui, le Tchad détient certainement un triste record en Afrique Sub-saharienne, celui d’avoir le plus grand nombre de dissidents politiques concentrés dans des camps de la mort qui ne disent pas leur nom ».

« Depuis l’élection de François Hollande, l’Elysée n’a cessé de trouver des parades pour montrer qu’elle a renoncé à la Françafrique. En réalité, il n’y a jamais eu de rupture », assure « Survie ». « La bonne vieille Françafrique est toujours là. Sauf que désormais elle a pris un nouveau visage », dénonce l’association.

AFRIK.COM

 

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